ADZ: Le Tchad veut être juge
Publié le 06 novembre 2007 à 7h48 par
Dans Le Parisien mardi, le ministre de l'Intérieur tchadien estime qu'un procès en France pour les six membres de L'Arche de Zoé serait "une insulte pour le peuple tchadien". En marge d'une visite aux pêcheurs bretons, Nicolas Sarkozy a toutefois assuré qu'il irait "chercher tous ceux qui restent quoi qu'ils aient fait". Au Tchad, les six inculpés risquent jusqu'à vingt ans de travaux forcés.

Eric Breteau et ses cinq compagnons pourraient être jugés au Tchad. (Maxppp)
"Qu'ils goûtent à nos prisons". Dans un entretien accordé au Parisien mardi, le ministre tchadien de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Ahmat Mahamat Bachir, ne mâche pas ses mots. Le ministre juge que l'hypothèse d'un procès en France des six membres de l'association Arche de Zoé, inculpés au Tchad pour enlèvement d'enfants, constituerait "une insulte pour le peuple tchadien".
Pour le ministre, le raisonnement est simple: "Les faits ont été commis au Tchad. C'est pourquoi ces bandits doivent être jugés et condamnés ici." Et de s'interroger : "Pourquoi vouloir les juger en France ? Il n'y a pas de justice ici peut être ? Quand nos délinquants se font arrêter chez vous, ils ne sont pas amenés ici." Alors que dimanche les trois journalistes français et les quatre hôtesses de l'air espagnoles ont été libérés et rapatriés en Europe, le sort des six humanitaires Français, des trois autres membres d'équipage espagnols, dont le commandant de bord, et du pilote belge, demeure encore très incertain mardi. Leurs auditions devant la justice tchadienne doivent se poursuivre.
"Documents à charge"
Alors qu'on croyait à une libération rapide des autres membres du personnel navigant, la justice tchadienne a confirmé lundi leur inculpation pour complicité d'enlèvement d'enfants. Dans les colonnes du Parisien, le ministre de l'Intérieur tchadien estime que "le commandant de bord et le copilote de l'avion étaient au courant des réelles intentions de Children Rescue [le nom pris par L'Arche de Zoé au Tchad, ndlr]". Quant au pilote belge, âgé de 74 ans, des sources diplomatiques au Tchad avaient dans un premier temps fait savoir qu'il serait libéré pour "raisons humanitaires". Mais selon Ahmat Mahamat Bachir, "il existe des documents à charge contre lui prouvant qu'il travaillait bien avec les gens de Children Rescue". Le mécanicien devrait en revanche être "rapidement libéré", précise le ministre, car, comme les hôtesses et les journalistes, il n'a "rien à voir dans le dossier".
Le Tchad évoque toutefois la possibilité de demander l'extradition de certaines des sept personnes libérées dimanche si l'enquête établit qu'elles sont "impliquées". Une référence au cas particulier de la journaliste de France 3, Marie-Agnès Peleran. Lundi, elle a précisé être allée au Tchad pour des "raisons personnelles" - elle avait demandé un congé humanitaire et était famille d'accueil - et "professionnelles" – France 3 lui avait prêté une caméra. Elle s'est dit "tout-à -fait prête bien sûr à être jugée en France et à être entendue par la justice et à répondre de ces actes-là ".
En France, depuis la libération des trois journalistes, plusieurs voix se sont élevées pour demander la tenue d'un procès sur le territoire national. Les familles des six humanitaires français et des proches de l'association Arche de Zoé ont manifesté en ce sens dimanche. En marge d'une visite aux pêcheurs bretons mardi, Nicolas Sarkozy a réitéré sa volonté de rapatrier les Français, assurant qu'il irait "chercher tous ceux qui restent quoi qu'ils aient fait". Dimanche, depuis le tarmac de Madrid où il venait de déposer les hôtesses de l'air espagnoles, le président français s'était déjà dit favorable à ce scénario. "Il faut que tout le monde rentre à la maison", avait-il déclaré, précisant que cela devait se faire dans le "respect de la souveraineté du Tchad et de l'indépendance de la justice tchadienne". Sur le fond, la tenue d'un procès en France est possible, les accords signés en 1976 entre les deux pays le permettent. Sur la forme, les diplomates sont à l'oeuvre afin de trouver un compromis entre les justices tchadienne et française afin de ne froisser aucune susceptibilité.
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