Angola: Réconciliation express
Publié le 23 mai 2008 à 10h57 par
Visite éclair de Nicolas Sarkozy en Angola ce vendredi. Objectif, "rétablir la confiance" entre les deux pays, à cinq mois de l'ouverture du procès de l'Angolagate. Pendant dix ans, l'affaire de vente d'armes a brouillé les relations entre Paris et Luanda. Le président français veut désormais tourner la page. Et mieux profiter de la manne pétrolière que représente l'ancienne colonie portugaise.

Nicolas Sarkozy a quatre heures pour ''rétablir la confiance'' entre la France et l'Angola. (Reuters)
C'est bien connu, Nicolas Sarkozy aime les "premières". Nouvel exemple vendredi avec sa visite en Angola, la première du genre depuis 1998, date à laquelle les relations entre les deux pays se sont détériorées avec le scandale de l'Angolagate, une affaire de vente d'armes au profit du régime du président Dos Santos.
Mais depuis son accession à la présidence, Nicolas Sarkozy tente de réchauffer les liens avec Luanda. Premier acte de cette réconciliation, la rencontre entre le chef de l'Etat français et son homologue angolais, Eduardo Dos Santos, en septembre dernier à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. "Je crois pouvoir dire qu'une page est définitivement tournée", avait alors déclaré le président de la République. Deuxième étape: un voyage à Luanda en novembre dernier de Jean-Marie Bockel, à l'époque encore secrétaire d'Etat à la Coopération. Troisième étape, ce vendredi, avec une visite express de quatre heures. L'objectif, explique-t-on à l'Elysée, est de "solder un certain nombre de contentieux dont nous avons hérité".
Total, Bolloré and co
Tourner la page, donc. Les contrats ne sont pas loin. L'Angola, premier producteur de pétrole en Afrique noire, sera, d'ici trois ans, le premier réservoir de pétrole au monde. Difficile de s'en passer, surtout en pleine envolée des cours du brut. Le pétrolier Total y est d'ores et déjà bien implanté. Le groupe s'intéresse également au gaz, "nouveau champ de coopération entre les deux pays", selon les propos tenus par Nicolas Sarkozy dans le quotidien Jornal de Angola. Le nouveau secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, le disait lui-même au JDD.fr mardi, "l'implantation des entreprises françaises en Afrique est l'une de [ses] priorités".
La composition de la délégation qui accompagne Nicolas Sarkozy le confirme. Seront présents le directeur général de Total, Christophe de Margerie et Vincent Bolloré. "L'Angola est le principal objectif en Afrique de Vincent Bolloré", a estime Olivier Thimonier, secrétaire général de l'ONG Survie, interrogé par leJDD.fr. Areva, qui s'intéresse aux gisements d'uranium, sera également de la partie. Thalès devrait signer un contrat prévoyant la fourniture d'un système de communications sécurisées à Luanda pour un montant de 150 millions d'euros.
Angolagate
Oublié l'Angolagate? A Paris, non. Le procès, qui implique 45 personnes, dont Charles Pasqua, Pierre Falcone, Jean-Christophe Mitterrand ou Arcadi Gaydamak, doit s'ouvrir à l'automne. Les principaux protagonistes sont soupçonnés d'avoir vendu de 1993 à 2000, sans l'accord du gouvernement français, pour 791 millions de dollars d'armes au régime angolais du président Eduardo Dos Santos, en guerre contre l'Unita (Union nationale pour l'indépendance totale d'Angola).
A Luanda, peut être. Le président Dos Santos a d'ores et déjà obtenu de ne pas être directement impliqué. "Ce dossier est de nature totalement judiciaire. L'instruction est bouclée" et "aucun ressortissant angolais n'est poursuivi", précise-t-on ainsi à l'Elysée. Une position confirmée par Nicolas Sarkozy dans les colonnes du Jornal de Angola: "Cette affaire concerne un citoyen français poursuivi (...) pour ne pas avoir respecté des dispositions légales françaises." Une allusion à l'homme d'affaires Pierre Falcone, nommé en 2003 par Dos Santos ministre plénipotentiaire, représentant de l'Angola à l'Unesco.
Comme en fin avril, le président français entend louer un pays qui "s'engage maintenant sur le chemin de la démocratie", après trente années de guerre civile. Le régime angolais, connu pour ses méthodes brutales, est pourtant classé parmi les plus corrompus de la planète – 174e sur 179 pays selon l'ONG Transparency International. Pour Survie, à défaut d'avoir rompu avec la Françafrique, comme il l'avait promis lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy en est tout simplement devenu "son président".
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