Annapolis, entre espoirs et doutes
Publié le 22 novembre 2007 à 12h45 par
Alors que s'ouvrira le 27 novembre la conférence internationale sur la paix au Proche-Orient, à Annapolis, aux Etats-Unis, un fossé persiste entre les positions des deux camps. C'est ce que révèle le projet de programme des négociations élaboré par Israël et l'Autorité palestinienne le 17 novembre dernier, dont le quotidien israélien Haaretz s'est procuré une copie jeudi.

Condoleezza Rice et George W. Bush ont fait du Proche-Orient une priorité tardive de leur mandature. (Reuters)
"Le fossé demeure alors que se rapproche la conférence d'Annapolis". C'est le constat fait par le quotidien israélien de centre-gauche Haaretz, qui publie jeudi une copie du projet de compromis élaboré le 17 novembre dernier par l'Autorité palestinienne et Israël, à quelques jours de l'ouverture de la conférence sur la paix au Proche-Orient, aux Etats-Unis, le 27 novembre. Ce texte doit servir de base aux discussions censées relancer les négociations israélo-palestiniennes, au point mort depuis 2001.
Sur la forme, l'appellation même du texte fait débat au sein des délégations. Les Palestiniens préfèrent ainsi parler de "document commun" quand Israël évoque une "déclaration commune". Le calendrier est également l'objet de discussions tendues. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, souhaite qu'un traité de paix soit conclu avant la fin du mandat du président américain, George W. Bush, en janvier 2009. Mais l'Etat hébreu n'est pas prêt à fixer un calendrier aussi précis. "Pas d'accord sur le calendrier", indique ainsi une annotation ajoutée à la main par la délégation israélienne sur ce document.
La question des réfugiés palestiniens
Sur le fond, la pierre d'achoppement reste "les termes de référence" des futures négociations. Autrement dit, Palestiniens et Israéliens ne sont pas d'accord sur le contenu même des négociations. L'Autorité palestinienne souhaite par exemple inclure dans les discussions les éléments de l'initiative de paix arabe, mise en place en 2002 et réactivée en mars dernier. Ce document, élaboré par l'Arabie saoudite, prévoit la normalisation des relations avec l'Etat hébreu en échange d'un retrait total des territoires arabes occupés depuis 1967, de la création d'un Etat palestinien et d'une solution au problème des réfugiés palestiniens.
Ce dernier point est le plus sensible. Mahmoud Abbas entend régler la question du retour des réfugiés palestiniens poussés à l'exil par la situation dans les Territoires au lendemain de la création d'Israël en 1948. Ce que refuse Israël, qui voudrait que le texte fasse référence à l'Etat hébreu comme étant "la patrie du peuple juif". Une déclaration qui reviendrait à renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens, estime l'Autorité palestinienne. Ce qu'elle n'envisage pas.
Mais en dépit de ces divergences, les Etats-Unis comptent bien réussir à relancer le processus de paix au Proche-Orient. George W. Bush a en fait un objectif tardif de sa mandature. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a effectué pas moins de huit voyages dans la région ces dernières semaines. L'administration Bush aimerait bien obtenir un grand succès diplomatique, avant le départ du président de la Maison blanche. Pour ce faire, Washington a fait savoir qu'il comptait sur la présence de délégations de haut niveau des principaux pays arabes à la conférence d'Annapolis.
Scepticisme des pays arabes
Mais du côté des pays arabes, le scepticisme demeure quant à ce soudain regain d'intérêt pour la région. L'Arabie saoudite refusait toujours mercredi de dire si elle participerait ou non à la conférence. Même son de cloche du côté de Damas. Avant de se prononcer, Riyad attend un engagement de toutes les parties sur le fait que les sujets les plus sensibles, tels que les frontières du futur Etat palestinien, le statut de Jérusalem-Est et le sort des millions des réfugiés, feront bien l'objet de négociations. Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe devraient adopter une position commune vendredi lors d'une réunion extraordinaire, où chacun dira si son pays se rendra, ou non, à Annapolis. L'Egypte semble plus encline à bâtir un consensus arabe autour de la conférence d'Annapolis. Son président, Hosni Moubarak, devait recevoir jeudi les dirigeants jordaniens et palestiniens à Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge. Le Caire demande toutefois un engagement clair sur le calendrier.
Face aux réticences des uns et des autres, l'Etat hébreu s'est engagé à traiter toutes les questions clés du processus de paix. Souhaitant donner des gages de sa bonne volonté, le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a fait un geste mercredi envers les Palestiniens, autorisant la livraison de matériel militaire en Cisjordanie ainsi que des exportations de fleurs et de fraises de la bande de Gaza, afin d'améliorer la situation économique des quelque 1,5 million de Palestiniens vivant dans le territoire.
Reste un grand absent dans ces négociations : le Hamas. Considéré par Washington comme un mouvement terroriste, le groupe radical n'a pas été invité à Annapolis. L'évolution du processus de paix au Proche-Orient, et de surcroît la création d'un Etat palestinien, semblent pourtant compromises tant que l'unité des Territoires, divisés depuis le mois de juin dernier - la Cisjordanie au Fatah de Mahmoud Abbas, la bande de Gaza aux islamistes du Hamas - ne sera pas garantie.
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