Bain de sang en Afghanistan
Publié le 06 novembre 2007 à 16h57 par
L'Afghanistan à feu et à sang. Un kamikaze a profité d'une visite de la commission économique parlementaire pour actionner ses charges explosives dans une usine de sucre. Cet attentat-suicide, le plus sanglant depuis la chute du régime des taliban en 2001, aurait fait au moins cent morts, dont le porte-parole de l'opposition. Mais le bilan devrait s'alourdir.

Mostafa Kazemi, député de l'opposition afghane, a trouvé la mort dans un attentat-suicide. (Reuters)
Après le sanglant attentat ayant visé Benazir Bhutto, figure de l'opposition pakistanaise, c'est le voisin afghan qui a subi mardi la foudre d'un kamikaze. Et là encore, c'est l'opposition qui était visée. Si le bilan est encore loin d'être définitif, on sait déjà que le porte-parole de l'opposition, Mostafa Kazemi fait partie des quelque cent personnes tuées dans ce qui constitue l'attentat le plus meurtrier depuis 2001.
"C'est un cauchemar". Mohammad Rahim, un habitant du quartier touché, a vécu de trop près cet attentat. Il a en effet perdu deux petites cousines dans l'explosion. La visite de la commission économique parlementaire dans une raffinerie de sucre de la province de Baghnan, une région qui avait pourtant connu un calme relatif depuis 2001 et la chute du régime des taliban, avait attiré du monde. Les écoliers se pressaient de toutes parts. Nombre d'entre eux auraient péri selon les premières informations recueillies. "J'ai aperçu des corps gisant dans la rue et des individus dérober les armes de militaires tués", poursuit Mohammad Rahim. "Le kamikaze s'est approché très près de la délégation alors qu'elle était accueillie. Il est venu tout près de Mostafa Kazemi et s'est fait exploser. Il portait une quantité énorme d'explosifs", a expliqué le chef de la sécurité de la province de Baghlan, Abdurrahman Sayedkhail.
Cent morts... pour le moment
Si les autorités afghanes ne font pour l'instant état "que" de 64 morts, d'autres sources font preuve de davantage de pessimisme: "Les corps de 90 personnes ont jusqu'ici été transférés à l'hôpital et l'on compte 50 blessés", a ainsi déclaré le directeur de l'établissement, le docteur Khalilullah. Des responsables locaux de la sécurité ont par ailleurs fait savoir qu'il était extrêmement délicat de dresser un bilan certain compte tenu du très grand nombre de blessés. A l'heure actuelle, le chiffre de cent tués semble être un minimum.
En attendant de connaître le bilan exact de cet attentat, une information est avérée: six députés de l'opposition y ont trouvé la mort. Parmi eux figure notamment l'ancien ministre du Commerce et actuel porte-parole de l'opposition, Mustafa Kazimi. Sur la délégation d'une vingtaine de parlementaires, "au moins trois autres ont été blessés", affirme un député, Daoud Sultanzay. Depuis le début de l'année 2007, pas moins de 120 attentats-suicide ont été attribué aux taliban, pour deux cent morts au moins. Faire d'eux les auteurs de ce dernier apparaissait donc comme une évidence. Mais ils ont immédiatement nié toute implication par la voix d'un de leurs porte-parole, Zabihullah Mujahed. "Cela a pu être commis par leurs rivaux au Parlement", a avancé Zabiullah Mujahed. "Ces députés étaient tous des moudjahidine autrefois et ils ont tué de nombreux civils. Peut-être que quelqu'un a voulu se venger", s'interroge-t-il. Le président Hamid Karzaï, lui, a fermement condamné cette attaque.
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