Bangkok: L'opposition gronde
Publié le 26 août 2008 à 8h33 par Benjamin BONNEAU
Le fantôme de Thaksin Shinawatra continue de planer sur la Thaïlande. Si l'ancien Premier ministre a officiellement quitté la vie politique, il est accusé par l'opposition thaïlandaise de diriger en sous main. Mardi, alors qu'une grande manifestation est organisée contre le gouvernement, une chaîne de télévision nationale a été prise d'assaut par plus de 5000 manifestants.

Les rues de Bangkok résonnent de chants contre le gouvernement. (Reuters)
Même à des milliers de kilomètres, Thaksin Shinawatra agite la coulisse politique de son pays. Poursuivi avec sa femme pour corruption, évasion fiscale, et abus de pouvoir par la Cour suprême, l'ancien Premier ministre thaïlandais s'est exilé en août à Londres pour échapper à la justice de son pays. Et annonçait dans le même temps son retrait de la politique. Mais en décembre 2007, c'est Samak Sundaravej, un homme issu du Parti du Pouvoir du peuple (PPP), le parti de Shinawatra, qui prenait le pouvoir. Un homme de paille pour l'opposition, persuadée que l'ancien Premier ministre dirige toujours en sous-main depuis Londres. L'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) a donc décidé de faire connaître son mécontentement. Et ce mardi, les rues de Bangkok sont assaillies.
La menace du coup d'état écartée
"Des centaines de milliers de personnes" sont en effet annoncées par l'ALD, groupe hétéroclite réunissant des royalistes et des militaristes. Mais avant même le début de la manifestation, des opposants au gouvernement ont décidé de frapper un grand coup. Mardi en début de journée, les locaux de la chaîne de télévision nationale NBT, à Bangkok, ont été pris d'assaut. Les journalistes ont dû quitter les lieux dans la précipitation pour se réfugier au siège de la police de la circulation. C'est là qu'ils ont pu reprendre la diffusion de leurs programmes après une heure d'interruption. "Nous ne pouvons pas diffuser depuis notre siège de Vibhavadi puisqu'il y a 5 000 manifestants dans les locaux", a indiqué le directeur de NBT, Suriyong Hoonthasarn. "Ils nous criaient sans cesse 'dehors, dehors'. Ils ont rassemblé toute la rédaction, 150 personnes, avant que la police arrive et parvienne à les convaincre de redescendre au rez-de-chaussée", a rapporté le présentateur Soifah Osukonthip. Un peu plus tard, une centaine de manifestants ont escaladé la clôture du siège du gouvernement, avant que la police, contrainte et forcée, n'ouvre les grillles et les laisse ainsi pénétrer librement dans les lieux.
Avant même ces deux intrusions, la police avait arrêté 80 personnes armées de deux pistolets, de clubs de golf, de frondes et d'armes blanches, qui avaient tenté une première invasion des studios de NBT. Pour le moment, la situation reste floue, mais le pire semble être écarté. Car si l'ALD a bien l'intention de faire chuter la coalition gouvernementale au pouvoir depuis sept mois, l'armée n'a pas l'intention de l'appuyer. A trois semaines du deuxième anniversaire du coup d'état militaire contre l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, le 19 septembre 2006, le chef d'état-major, le général Anupong Paochinda, a en effet tenu à préciser que l'armée n'interviendrait pas pour restaurer l'ordre. "L'armée ne lancera pas de coup d'état, le peuple peut en être assuré", a-t-il déclaré. Le gouvernement, lui, a de quoi s'inquiéter.
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