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Bouclier: La Pologne a signé

Publié le 20 août 2008 à 15h58 par Marie DESNOS

Après un an et demi de négociations, la Pologne et les Etats-Unis ont signé, mercredi, un accord sur l'installation de dix missiles intercepteurs américains sur le sol polonais d'ici 2013. Et ce malgré l'ire de Moscou, qui se sent menacée par ce projet. Washington affirme au contraire que ce bouclier antimissile sert à protéger sa nation et l'Europe d'éventuelles attaques d'"Etats voyous".

Condoleezza Rice et son homologue polonais ont signé le projet de bouclier antimissile. - Reuters
Condoleezza Rice et son homologue polonais ont signé le projet de bouclier antimissile. (Reuters)


En dépit des multiples mises en garde de la Russie, les Etats-Unis et la Pologne ont signé mardi un accord portant sur le projet américain de bouclier antimissile. Le texte, qui doit encore être ratifié par le parlement polonais, a été signé à Varsovie par la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, et son homologue polonais Radoslaw Sikorski, en présence du Premier ministre polonais, Donald Tusk, et du président Lech Kaczynski.

"Cet accord va établir un site de missiles de défense en Pologne, qui nous aidera à affronter les nouvelles menaces du XXIe siècle, celles des missiles à longue portée (...) venant de pays comme l'Iran ou la Corée du Nord", a déclaré Rice. Concrètement, Washington projette de déployer dix missiles intercepteurs en Pologne, d'ici 2013 au plus tard. En échange, les Etats-Unis ont accepté de renforcer leur coopération militaire avec Varsovie. Le plan prévoit également l'installation d'une très grande station radar en République tchèque, sous réserve du feu vert du parlement de Prague, a priori acquis.

Protéger l'Europe d'"Etats voyous"

Selon Washington, les boucliers antimissiles serviront à protéger son pays, mais aussi l'Europe, d'éventuelles attaques d'"Etats voyous" – de missiles à longue portée lancés par l'Iran par exemple - ou de groupes terroristes comme Al-Qaïda. Moscou ne l'entend évidemment pas de cette oreille. "Dans cette affaire, la Russie va devoir réagir et pas seulement par des protestations diplomatiques", dit un communiqué diffusé par le minisrère russe des Affaires étrangères sur son site internet. Qui déplore également "l'ensemble extrêmement dangereux des projets militaires américains auxquels appartient le développement unilatéral d'un bouclier antimissile mondial". Le ministère juge en outre que les missiles américains qui seront déployés en Pologne n'apporteront aucune protection contre un "danger iranien imaginaire" mais que cet arsenal vise avant tout la Russie. Selon Dmitri Medvedev, ce projet menace la sécurité de la Russie et "l'équilibre des forces en Europe".

Il estime également que la Pologne et les Etats-Unis ont abrégé leurs négociations en réponse à l'incursion russe en Géorgie. Une thèse que semble appuyer un sondage publié lundi, alors que la Russie occupait la Géorgie. Il révèle en effet qu'environ 50% des Polonais soutiennent ce projet, tandis qu'avant la crise caucasienne une majorité de Polonais y étaient hostiles. Cela "montre que ce système de défense antimissiles ne sera pas déployé contre l'Iran, mais contre le potentiel stratégique de la Russie", a déclaré le représentant permanent de la Russie auprès de l'Otan, Dmitri Rogozine.

La Russie brandit la menace nucléaire

La France, qui assure ce semestre la présidence tournante de l'Union européenne, a tenté mercredi de dissiper les craintes de Moscou. Ce projet "ne nous semble pas pouvoir menacer la Russie ni affecter les équilibres russo-américains", a affirmé un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Mais la Russie campe sur ses positions depuis un an et demi (le temps des négociations américano-polonaises), et a même utilisé la menace pour tenter de dissuader les Américains. Dimanche dernier, le général Anatoli Nogovitsyne, numéro deux de l'état-major interarmes russe a ainsi évoqué l'hypothèse d'une attaque nucléaire contre la Pologne. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a qualifié de "paroles creuses" cette tentative d'intimidation.

Moscou garantit aussi ses arrières. Mardi, le Kremlin a annoncé que la Russie signerait dans l'année un accord avec la Biélorussie – également hostile au projet de bouclier - sur la mise au point d'un système de défense aérienne conjoint. Malgré tout, ce projet américain, d'un budget de 3,5 milliards de dollars, est sur les rails. De plus, les Etats-Unis, qui disposent déjà de missiles intercepteurs en Alaska et en Californie, pourraient ne pas s'arrêter là. Ils draguent notamment les pays de l'Est les uns après les autres. Samedi, l'Ukraine s'est dite prête à coopérer avec les Occidentaux en matière de défense.

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