Ajax-loader-form

Cambodge: Temple de la discorde

Publié le 27 juillet 2008 à 17h23 par

La crise frontalière entre la Thaïlande et le Cambodge prend une tournure délicate, alors que la population khmère se rend aux urnes dimanche. Le temple de Preah Vihear, récemment classé au Patrimoine mondial, pourrait devenir le dossier prioritaire du Conseil de sécurité de l'ONU. Les deux pays d'Asie du sud-est sont prêts à une guerre pour la possession d'un trésor de l'Histoire en ruines.

L'armée cambodgienne s'est installée dans le temple de Preah Vihear, pour prévenir toute éventuelle attaque. - Reuters
L'armée cambodgienne s'est installée dans le temple de Preah Vihear, pour prévenir toute éventuelle attaque. (Reuters)


Les JO de Pékin dominent pour l'heure l'actualité dans toute l'Asie, mais il pourrait bien en être autrement dans les semaines à venir. Depuis un mois, la Thaïlande et le Cambodge s'échauffent autour d'une zone frontalière de 4,6 km². L'affaire remonte à 1962, année où la Cour pénale internationale a attribué définitivement un demi-hectare au Cambodge. Sur cette parcelle forestière contestée, se trouve un joyau de la période angkorienne, le sanctuaire perché de Preah Vihear. A moitié détruit par les Khmers rouges, une sorte de statu quo s'était instauré pour permettre aux pèlerins thaïlandais d'y accéder après la chute de Pol Pot. Le 7 juillet dernier, l'Unesco a eu la bonne idée d'inscrire le site au Patrimoine mondial. Une candidature faite par le Cambodge et acceptée grâce à l'intervention... du ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Noppadon Pattama.

Un vrai traumatisme pour les Thaïlandais, qui considère le temple de Preah Vihear comme leur Mont-Saint-Michel. Bangkok a rapidement réagi, et par le biais de la cour constitutionnelle, a démis Pattama de ses fonctions. L'affaire est très sérieuse: plusieurs ministres parlent de "climat de guerre". En cinquante ans, les deux pays ne sont jamais entrés en conflit, mais des deux côtés de la frontière, des troupes armées sont prêtes à une éventuelle intervention. Sous l'influence de l'Asean –la zone de libre-échange économique qui englobe tous les pays d'Asie du sud-est–, l'exécutif thaïlandais a remplacé son chef de la diplomatie par une valeur sûre: Tej Bunnag, un vieux routard anciennement en poste en Chine et en France. En exercice depuis samedi, il doit rencontrer lundi son homologue cambodgien pour trouver une solution express. Alors que Phnom Phen veut saisir le Conseil de sécurité de l'ONU, Tej Bunnag veut privilégier la négociation directe, pour éviter "toute implication étrangère nuisible".

Des élections factices

Etant donné la ferveur nationaliste autour des ruines sacrées, les risques d'engagement militaire sont réels, surtout si le Cambodge refuse toute négociation et saisit l'ONU. Cependant, le pays khmer devra attendre lundi le résultat final des élections législatives pour pouvoir prendre une décision. Les Cambodgiens se sont en effet rendus aux urnes dimanche: ils devraient reconduire sans surprise le Premier ministre Hun Sen, ancien Khmer rouge reconverti en chef du gouvernement au pouvoir depuis 23 ans. Le procédé démocratique n'est pas particulièrement rodé puisqu'un quart des habitants de Phnom Phen, la capitale, ne sont pas inscrits sur les listes électorales. L'opposition devrait donc être écartée du pouvoir pour cinq ans.

Malgré cette mascarade électorale, Hun Sen jouit d'une réelle popularité grâce à un taux de croissance économique proche de 10% par an, depuis une décennie. A en croire des études étrangères effectués pour l'ONU, les quelques 14 millions de Cambodgiens vivent dans un pays plus stable et sécurisé. Une paix sociale qui n'a pas empêché l'assassinat de six personnalités politiques en juin dernier. Si Hun Sen se dit "confiant" du sérieux des discussions avec la Thaïlande –qui s'engageront à partir de lundi au temple d'Angkor– Bangkok reste réaliste: "Les chances de trouver une solution sont minces en raison de la complexité du dossier", a déclaré leorte-parole du gouvernement thaïlandais. Ce dernier est critiqué par une forte opposition politique, soutenue par une population affamée. Les émeutes de la faim et la hausse vertigineuse des prix du pétrole sont encore dans tous les esprits. Mais l'idée d'une guerre, sur fond de défense d'un trésor national, pourrait aider le Premier ministre thaïlandais à faire oublier les problèmes économiques.

Copyright 2008 © leJDD.fr


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.