Caucase: Sarkozy joue gros
Publié le 14 août 2008 à 21h21 par Marie DESNOS
Nicolas Sarkozy, qui assure la présidence tournante de l'UE, joue les funambules dans le dossier du conflit caucasien. Si le succès de sa médiation lui permettrait de dorer son blason sur la scène internationale, l'inverse risque de lui faire perdre l'allié économique de poids qu'est la Russie. Pour l'heure, Sarkozy est confiant, et satisfait de sa rencontre avec la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice.

Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice se sont réjouis de leur convergence de point de vue dans le dossier caucasien. (Reuters)
Obtenir le retrait des forces militaires russes de la Géorgie et la reconnaissance par Moscou de la souveraineté, et surtout de l'intégrité territoriale de Tbilissi. Si Nicolas Sarkozy a réussi mardi à mettre d'accord les deux pays sur un plan de paix – pas encore signé - il est loin d'avoir gagné la partie dans le dossier de la crise caucasienne. Car l'inscription de ces deux points dans le protocole de paix reste une condition sine qua non pour que la Géorgie le signe. La tâche est on ne peut plus délicate pour Nicolas Sarkozy qui devra, pour parvenir à ses fins, remplir les engagements qu'il a pris envers Tbilissi sans toutefois risquer de froisser la puissante Russie, par ailleurs partenaire commercial d'importance, notamment dans le secteur énergétique. Pour l'instant, le président semble satisfait de sa médiation.
Ce jeudi, après avoir reçu la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, au fort de Brégançon (Var), Nicolas Sarkozy s'est félicité de la "très grande identité de vue entre [leurs] deux pays". Ils ont tous deux réaffirmé leur "volonté d'obtenir la paix, le retrait des forces militaires russes de la Géorgie et le respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité de la Géorgie", et le chef de l'Etat a tenu à remercier "les Etats-Unis de soutenir les efforts de médiation français".
Rice en Géorgie vendredi
Concernant la trêve négociée la veille par la présidence française de l'Union européenne, des témoignages venus de toutes parts semblent prouver qu'elle a été violée par Moscou, comme le dénonce d'ailleurs Tbilissi. Si la Russie dément ces accusations, des mouvements de troupes russes ont en effet été constatés jeudi dans et autour de trois villes géorgiennes, notamment Gori. Mais là aussi, Nicolas Sarkozy est optimiste. "Vous me dites 'le cessez-le-feu sur le terrain est fragile', on le sait, mais je préfère que vous me posiez la question d'un cessez-le-feu fragile que d'une guerre qui continuerait à se déchaîner", a-t-il déclaré. "On n'arrête pas comme ça les choses, sur le terrain ça va mieux (...) La situation s'améliore progressivement."
"Si demain M. Saakachvili signe le document que nous avons négocié avec (le président russe) M. Medvedev, alors pourra s'amorcer le retrait des troupes russes. C'est ce qui est en cause", a-t-il ajouté. Il a par ailleurs fait savoir que Condoleezza Rice se rendrait vendredi en Géorgie afin d'y rencontrer le président, Mikhaïl Saakachvili. "Elle sera porteuse d'un certain nombre de documents qui permettront de consolider le cessez-le-feu", a-t-il précisé.
"Ce n'est pas à l'Oncle Sam de décider"
Reste que de leur côté, les provinces sécessionnistes géorgiennes ne semblent pas décidées à "faire la paix" avec Tbilissi. Et encore moins à renoncer à leur volonté d'indépendance, bien au contraire. "Avant l'agression de la Géorgie, des discussions avec la Géorgie étaient possibles (...) mais maintenant il n'y aura aucune discussion avec la Géorgie", a déclaré jeudi Sergueï Bagapch, le dirigeant de l'Abkhazie. "Ce n'est pas à l'Oncle Sam de décider sur cette question, ni à l'Europe, mais aux peuples eux-mêmes", a-t-il ajouté. "En dépit de l'attaque de la population d'Ossétie du Sud, notre volonté et notre désir de parvenir à l'indépendance n'ont pas changé", a renchéri son homologue ossète, Edouard Kokoïty.
Seule "vraie" bonne nouvelle, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé avoir obtenu le feu vert des autorités pour venir en aide à la population civile en Ossétie du Sud. Le CICR évalue à plusieurs dizaines de milliers le nombre de civils ayant besoin d'aide. Quant au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il estime que le conflit a fait quelque 115 000 déplacés. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est dit très préoccupé par la situation humanitaire dans la région.
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