Chavez renvoie un "yankee"
Publié le 12 septembre 2008 à 10h58 par Marianne ENAULT
Chavez vs Washington, énième épisode. Jeudi, le président du Venezuela a ordonné l'expulsion de l'ambassadeur américain à Caracas. Un geste de soutien à la Bolivie, qui a elle-même expulsé un diplomate américain. Hugo Chavez reproche aux Etats-Unis d'alimenter la crise politique en cours chez son voisin andin. Disant craindre une "agression américaine" - son leitmotiv -, il brandit l'arme du pétrole.

Le président vénézuélien, Hugo Chavez, s'est lancé dans une nouvelle diatribe anti-américaine. Sa préférée. (Reuters)
"Allez au diable, yankees de merde. Ici, il y a un peuple digne, yankees de merde. Allez au diable 100 fois." Chavez parle le Chavez. Jeudi, le président vénézuélien a livré une nouvelle bataille contre son ennemi juré, Washington. Lors d'une réunion publique, il a annoncé avoir ordonné l'expulsion sous 72 heures de l'ambassadeur américain à Caracas. "A partir de ce moment, l'ambassadeur yankee à Caracas a 72 heures pour quitter le Venezuela, en solidarité avec la Bolivie", a-t-il expliqué.
L'ambassadeur de Caracas aux Etats-Unis a également été rappelé. "Faite rentrer notre ambassadeur avant qu'ils ne le mettent à la porte. Qu'il revienne dans sa patrie", a-t-il lancé. Le Venezuela renverra un ambassadeur à Washington "quand il y aura un nouveau gouvernement aux Etats-Unis", mais pas tant que le président George W. Bush – qu'il surnomme "el diablo" - sera au pouvoir, a-t-il précisé. Réponse de Washington: "Les Etats-Unis n'ont pas été informés par les canaux diplomatiques appropriés."
Violents heurts en Bolivie
Une fois de plus, Hugo Chavez accuse la Maison blanche de fomenter un coup d'Etat à son encontre, évoquant un "nouvel assaut impérialiste". Voire des plans d'assassinat. Et de brandir l'arme du pétrole. En cas d'agression américaine, "il n'y aura plus de pétrole pour le peuple des Etats-Unis", a-t-il averti. Une menace que ne peut ignorer Washington, le Venezuela étant son cinquième fournisseur de brut. "Nous voulons être libres quoi qu'il se passe et quel qu'en soit le coût", a-t-il lancé. Quitte pour cela à se priver de son premier client.
Dans son bras de fer avec l'Amérique, Hugo Chavez s'est trouvé un allié, en la personne du président bolivien, Evo Morales. "La Bolivie n'est plus seule", a-t-il lancé jeudi. Le Venezuela accuse les Etats-Unis d'alimenter la crise politique en cours en Bolivie. Pour Chavez, Washington, "qui est derrière toutes les manoeuvres" de déstabilisation en Amérique latine, est responsable des tensions actuelles dans le pays andin. La Paz a d'ailleurs elle aussi expulsé le représentant américain en poste sur son territoire mercredi. La réponse américaine n'a pas tardé. Jeudi, les Etats-Unis ont expulsé l'ambassadeur de Bolivie à Washington.
Depuis plusieurs mois, la Bolivie est en proie à une crise profonde, qui divise fortement le pays, régions riches de la plaine d'un côté, population indigène de l'altiplano de l'autre. Le référendum du 11 août dernier, lors duquel Evo Morales a remis son mandat en jeu, n'a pas permis de sortir de la crise. Le président bolivien avait pourtant été plébiscité par plus de 60% des électeurs. Mais les préfets de cinq provinces – les plus riches, sur les neuf que compte le pays – ont lancé une vaste campagne de blocage de routes pour protester contre le pouvoir central et obtenir un statut de large autonomie. Des heurts violents ont éclaté en début de semaine dans les régions tenues par l'opposition. Ces affrontements entre pro et anti-Morales ont fait au moins huit morts dans le nord du pays.
Hugo Chavez y voit la main de Washington. Certains observateurs voient dans les déclarations du président vénézuélien sur la Bolivie une volonté de détourner l'attention, en pleine campagne pour les élections régionales. Par ailleurs, un tribunal de Miami enquête actuellement sur un transfert de fonds entre le Venezuela et l'Argentine – 800 000 dollars – qui aurait en fait servi à financer la campagne de l'actuelle présidente Cristina Fernández de Kirchner. D'autres ressortent l'idée d'un front latino-américain contre les Etats-Unis, avec Caracas, Quito et La Paz. Auquel s'ajouterait désormais... la Russie. En pleine guerre des mots entre Washington et Moscou au sujet de la crise géorgienne, Caracas réactive ses accords de coopération militaire avec la Russie. Deux bombardiers russes sont récemment arrivés au Venezuela pour participer à des manoeuvres communes. Et ce n'est qu'un début, prévient Chavez: "D'autres vont arriver. Ce n'est qu'un avant goût. Quand la flotte russe va venir par ici, ils vont devenir fous!"
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