Cible facile en Cisjordanie
Publié le 21 juillet 2008 à 12h07 par
La vidéo a fait le tour du monde. Celle d'un soldat israélien tirant une balle en caoutchouc à bout portant dans le pied d'un manifestant palestinien opposé à la poursuite de la "clôture de sécurité" entre l'Etat hébreu et la Cisjordanie près du village de Nilin. La scène s'est déroulée le 7 juillet dernier mais n'a été révélée que ce week-end. L'armée a diligenté une enquête.

Un extrait de la vidéo montrant un soldat israélien tirer à bout portant sur un Palestinien. (Reuters)
Nilin. Un petit village de 5000 âmes en Cisjordanie, théâtre depuis plusieurs semaines d'affrontements quasi-quotidiens entre les Palestiniens et les soldats israéliens qui encadrent la poursuite de la construction de la "clôture de sécurité", séparant l'Etat hébreu de la Cisjordanie. Le 7 juillet dernier, une énième manifestation serait sans doute passée inaperçue sans la présence sur place d'une adolescente de 14 ans armée... d'une caméra.
Un manifestant est appréhendé par l'armée israélienne. L'homme, les yeux bandés, est éloigné du groupe des manifestants et amené près d'une jeep. Un officier le tient par le bras tandis que le soldat, posté à un mètre cinquante de sa "cible", le met en joue puis fait feu en direction des jambes. Ashraf Abu Rahma s'écroule. La vidéo s'arrête avant de reprendre. Sur les images, on voit le jeune homme incapable de se relever. L'association B'tselem a reçu la vidéo dimanche matin et l'a aussitôt diffusée dans ses réseaux ainsi qu'à l'Unité d'enquête militaire.
Selon les propres déclarations d'Ashraf Abu Rahma, la balle était en caoutchouc et a touché son orteil. Il a ensuite été soigné par l'armée israélienne puis libéré. L'armée s'est saisie du dossier et, lundi, le soldat responsable du tir a été arrêté puis interrogé. Une enquête a été diligentée, l'armée qualifiant les faits de "graves" et "contraires aux valeurs et principes de l'armée". "Les règlementations de l'armée interdisent d'infliger des blessures à des détenus et obligent les soldats à leur montrer du respect et à garantir leur sécurité. Les incidents où des détenus sont blessés sont transmis à la police militaire pour enquête", a ainsi expliqué un porte-parole de l'armée qui néanmoins s'interroge. Pourquoi la vidéo est-elle hachée? Pourquoi est-elle parvenue si tardivement aux médias? Que montrent les séquences manquantes? Instrumentalisation des images? Propagande? Des qualités sans doute partagées des deux côtés. L'enquête apportera peut-être quelques éléments de réponse...
La vidéo:
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