Coup d'Etat en Mauritanie
Publié le 06 août 2008 à 12h26 par
Les militaires se révoltent à Nouakchott. Le bataillon de la garde présidentielle a pris le contrôle du palais présidentiel mauritanien ce mercredi, où il retient le président, ainsi que deux ministres. Le bâtiment de la télévision d'Etat est encerclé. Selon la fille de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ce coup d'Etat fait suite au limogeage par son père, des hauts responsables militaires du pays.

Le président mauritanien est retenu dans son palais par des militaires. (Reuters)
Putsch en Mauritanie. Le chef de la garde présidentielle n'a pas digéré le limogeage des hauts responsables militaires du pays. Le président, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, a en effet récemment remplacé les chefs de l'état-major de l'armée, de la gendarmerie, de la garde nationale et de l'état-major particulier de la présidence. Ce mercredi, le général Abdelaziz a donc décidé de passer à l'action.
"Les agents de sécurité du BASEP (Bataillon de la sécurité présidentielle) sont venus chez nous vers 09h20 GMT et ont emmené mon père", raconte la fille du président, Amal Mint Cheikh Abdallahi. Le président, mais aussi le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf et le ministre de l'Intérieur ont été emmenés vers une destination inconnue, et les militaires ont encerclé le palais présidentiel situé dans la capitale du pays, Nouakchott.
Un conseil d'Etat mis en place
"Ils sont venus à la demande du chef du BASEP, le général Abdelaziz. Nous sommes séquestrés chez nous, avec interdiction de sortir, il y a des sentinelles dans notre cuisine, dans nos chambres et nos douches!", poursuit Amal Mint Cheikh Abdallahi. Pour elle, "c'est sûr": plus qu'une révolte, il s'agit d'un coup d'Etat.
Les militaires ont mis en place un conseil d'Etat, dont le général Mohamed Ould Abdelaziz a pris la tête. Le premier communiqué qu'ils ont émis présente Abdallahi comme "l'ancien président". Ils ont également pris le contrôle du bâtiment de la télévision d'Etat, dont le personnel a été mis à la porte. La télévision qui a par conséquent cessé d'émettre, tout comme la radio. Et selon Amal Mint Cheikh Abdallahi, "le standard de la présidence a été coupé".
Une démocratie vitale mais fragile
Ce coup d'Etat intervient à peine un an après l'élection de Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi, 70 ans, quand les militaires avaient transféré le pouvoir aux civils. Et seulement un mois après que le gouvernement avait du présenter sa démission suite à la décision du parlement de voter une motion de défiance à son encontre. Le Premier ministre avait alors été confirmé mais il avait dû se doter d'une nouvelle équipe, formée à la mi-juillet après deux semaines de crise.
Fin-juillet, le président mauritanien se targuait encore, lors de son passage à Madrid, d'être le premier dirigeant mauritanien à avoir été démocratiquement élu, depuis l'indépendance de la Mauritanie il y a presque un demi-siècle, et d'être à la tête d'une "société ouverte et tolérante". Mais son pouvoir reste apparemment très fragile.
"Nous ne voulons donner de leçon à personne, ni nous présenter comme un modèle, mais il est vital que la démocratie existe pour trois raisons: nous sommes pauvres, nous somme musulmans et nous somme multiethniques", confiait-il alors à El Pais. Et d'avouer: "Il y a des compatriotes qui supportent mal les manifestations, les critiques et les insultes, qui, lamentablement, découlent parfois de la démocratie. La réponse à ses réticences est de faire triompher la démocratie." Le pays arabe souvent considéré comme le plus démocratique a pourtant encore du chemin à faire...
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