Etat d'urgence au Pakistan
Publié le 03 novembre 2007 à 15h03 par
Confronté à de nouvelles violences durant le week-end, le président pakistanais Pervez Musharraf a décrété samedi l'état d'urgence. Il s'est exprimé devant le pays dans la soirée. Musharraf, qui attend la décision de la Cour suprême quant à sa réélection, était soupçonné d'avoir cette initiative en tête. Benazir Bhutto, en visite à Dubaï, est rentrée d'urgence.

Le président Pervez Musharraf a justifié sa décision par la lutte contre le terrorisme. (Reuters)
L'instabilité s'inscrit comme un mal chronique au Pakistan. Alors que le retour de l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, après huit ans d'exil, avait laissé entrevoir une éclaircie démocratique au Pakistan, la situation s'est sérieusement détériorée samedi. Le président Pervez Musharraf, réélu il y a peu par le Parlement, mais dans l'attente de la validation du scrutin par la Cour suprême, a décrété l'état d'urgence dans le pays. Dans son décret, il justifie la décision par "l'augmentation visible des activités d'extrémistes et des attaques terroristes, y compris des attentats suicides". Depuis plusieurs mois, la violence s'est accrue dans le pays, notamment dans le nord-ouest, frontalier de l'Afghanistan et refuge des taliban afghans. Musharraf s'en est expliqué dans une allocution télévisée, dans laquelle il a mis en garde contre le danger que court l'unité du pays et a assuré vouloir préserver la transition démocratique. Selon les règles de l'état d'urgence, les droits et libertés fondamentaux sont ainsi suspendus, l'armée dispose d'un pouvoir renforcé et le mandat de l'actuelle Assemblée peut être prolongé d'un an. Sur le terrain, les forces militaires s'amassaient déjà autour de la Cour suprême et dans les locaux de la radio-télévision d'Etat à Islamabad, la capitale. L'avenue de la Constitution, où se situent les principaux bâtiments politiques, a été bouclée. Les télévisions privées ne peuvent plus diffuser, et les communications ont été coupées.
Bhutto veut rétablir la Constitution
Aussitôt après, un membre du parti de Bhutto, qui est en visite à Dubaï, aux Emirats arabes unis, pour voir sa famille, a affirmé que la chef de file de l'opposition ne reviendra pas lundi, comme prévu. Mais l'information a été démentie par l'époux de Bhutto, qui a annoncé son départ d'urgence pour son pays d'origine. "Elle rentre ce soir, bien sûr", a dit Ali Zardari à l'agence Reuters. "Ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle. Nous espérons bâtir des institutions, pas les détruire." Selon certaines informations, Bhutto serait bloquée dans son avion, attendant de connaître son sort: autorisation, expulsion ou interpellation. Sky News rapportait cependant que Bhutto souhaitait s'entretenir avec les dirigeants du pays pour discuter des moyens de rétablir la Constitution. "Les gens veulent une autorité. Je suis revenue dans le pays pour pouvoir encourager la population, soutenir son moral. J'ai l'intention de rencontrer d'autrres dirigeants de partis politiques et de discuter avec eux de la conduite à tenir pour revenir sur la suspension de la Constitution", a-t-elle dit. Dans son fief de Karachi, des coups de feu ont été entendus dans la soirée.
Les Etats-Unis "profondément troublés"
Depuis plusieurs semaines, des observateurs prêtaient à Musharraf l'intention de décréter l'état d'urgence ou la loi martiale. Le général a dû renoncer à ses galons de chef des armées pour rester à la tête du pays, mais sa réélection n'a pas encore été officialisée, notamment parce qu'il n'avait pas quitté l'armée avant l'élection, tenue le 6 octobre. La Cour suprême a même avancé la date de sa décision d'une semaine, parce qu'elle était accusée d'aggraver la situation dans le pays. En mars, le président avait suspendu le président de la Cour suprême, Iftikhar Chaudhry. Soutenu par les avocats et magistrats, celui-ci avait été rétabli dans ses fonctions en juillet, la cote de popularité de Musharraf s'effondrant. Mais ce samedi, Chaudhry a de nouveau été démis de ses fonctions et assigné à résidence, comme plusieurs autres opposants. L'avocat de Chaudhry a accusé Musharraf de "prendre le pays en otage". Depuis Londres, un représentant de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, qui vit en exil depuis que l'actuel dirigeant l'a renversé en 1999, a estimé qu'il s'agissait "d'une tentative désespérée d'un dictateur déchu". "Il pense que la Cour suprême ne l'autorisera pas à rester président, c'est pour cela qu'il a pris cette décision."
Si le retour de Bhutto avait à la fois attisé l'espoir de la transition démocratique et les craintes quant à une recrudescence de violences déjà importantes – son cortège avait été frappé par l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du pays -, le processus électoral a du plomb dans l'aile. Les législatives prévues pour janvier, qui auraient pu faire de Benazir Bhutto la nouvelle chef du gouvernement, devraient être ajournées, du fait de la prolongation du mandat parlementaire. Un fait qui n'est pas du goût des Etats-Unis. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza, avait déjà adressé une mise en garde samedi matin contre toute initiative autoritaire. Dans la journée, elle a qualifié la décision de Musharraf de "profondément regrettable", alors que le porte-parole du département d'Etat a fait part du "trouble" de la Maison blanche face à ce recul de la démocratie. Tous deux ont exhorté le président pakistanais a tenir sa promesse d'élections législatives libres en janvier. Une perspective qui paraît plus loitaine que jamais.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.