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Europe: La diplomatie du gaz

Publié le 04 mars 2008 à 16h31 par

Nouvel épisode de la guerre qui oppose Gazprom à l'Ukraine. Lundi, le géant russe a décidé de réduire ses approvisionnements en gaz à Kiev. Et menace d'opérer une nouvelle baisse dès mardi. Réponse de Naftogaz: la compagnie ukrainienne pourrait détourner une partie du gaz qui transite par son territoire vers l'Europe. Inquiète, l'UE appelle à trouver une "solution définitive" à ce différend.

Le géant russe Gazprom a réduit ses livraisons en Ukraine. En retour, Kiev menace de détourner une partie du gaz destiné à l'Europe. - Reuters
Le géant russe Gazprom a réduit ses livraisons en Ukraine. En retour, Kiev menace de détourner une partie du gaz destiné à l'Europe. (Reuters)


Kiev et Moscou jouent-elles un remake de la "guerre du gaz" de la fin de l'année 2005? Peut-être, au vu des derniers événements. Lundi soir, Gazprom décidait de réduire d'un peu plus d'un tiers son approvisionnement en gaz à l'Ukraine. Et menaçait d'une baisse supplémentaire de 25% si Kiev ne s'acquitte pas de sa dette et ne signe pas les contrats régissant les livraisons futures d'ici mardi, 18 heures. Selon le géant russe, l'Ukraine ne lui a pas réglé une facture de 395 millions d'euros.

La réponse ukrainienne n'a pas tardé. Mardi, la compagnie gazière Naftogaz a prévenu qu'elle détournerait une partie du gaz qui transite par son territoire à destination de l'Europe occidentale si Moscou poursuivait sa politique de restriction d'approvisionnement. "Naftogaz déclare qu'il peut garantir le transit ininterrompu du gaz vers les consommateurs européens jusqu'au moment où la sécurité énergétique de l'Ukraine sera menacée", a prévenu son porte-parole, Dimitro Marounich.

"Une solution rapide et définitive à ce différend commercial"

Kiev reproche à Moscou d'enfreindre les accords signés entre les deux parties, notamment lors d'une visite de Viktor Iouchtchenko à Moscou le 12 février dernier. Si seul un quart du gaz importé par l'Ukraine est d'origine russe - le reste venant du Turkménistan et du Kazakhstan – la totalité des approvisionnements passe par des gazoducs de Gazprom. Ainsi, en réduisant ses provisions de plus d'un quart, le géant russe diminuerait de fait les livraisons en provenance d'Asie centrale. Ce que Kiev considère comme illégal. "Cela enfreint de manière grossière les accords techniques entre les deux compagnies", relève ainsi Dimitro Marounich.

Depuis le début de la crise, déclenchée en juin 2005 quand Gazprom décide d'augmenter les prix des livraisons à l'Ukraine, le géant russe a toujours soutenu que le conflit portait uniquement sur des enjeux commerciaux. Mais de nombreux analystes s'accordent à dire que la Russie utilise le gaz comme une arme diplomatique dans ses relations avec son voisin ukrainien, ancienne république soviétique passée dans le giron pro-occidental depuis la révolution orange de 2004 et l'élection de Viktor Iouchtchenko à la présidence. Un biais politique renforcé par l'élection de Dmitri Medvedev à la tête de la Russie: le dirigeant est également président du Conseil d'administration de Gazprom.

Face à ces nouvelles tensions, l'Union européenne (UE) est inquiète. La majeure partie du gaz qu'elle achète à la Russie transite en effet par l'Ukraine. Gazprom s'est toutefois montrée rassurante, promettant que ce conflit n'affecterait pas ses partenaires européens. L'UE a appelé les deux parties à "trouver une solution rapide et définitive à ce différend commercial". Fin 2005, le premier épisode de la guerre du Gaz, avec l'interruption totale des livraisons vers l'Ukraine le 1er janvier 2006, avait perturbé les livraisons vers l'UE et mis au jour la dépendance énergétique de l'Europe occidentale.


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