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Flou sur l'opération au Darfour

Publié le 26 octobre 2007 à 9h09 par

A mesure que le voile se lève sur l'opération de l'Arche de Zoé – destinée à rapatrier 103 enfants du Tchad – le mystère s'épaissit. Les neufs Français arrêtés sont accusés de "trafics d'enfants" par N'Djamena tandis qu'eux évoquent "un sauvetage humanitaire". Les conditions de l'opération restent floues, des familles ayant versé de l'agent. Le Quai d'Orsay "réprouve".

Les familles attendaient les enfants du Darfour à l'aéroport de Reims. - Maxppp
Les familles attendaient les enfants du Darfour à l'aéroport de Reims. (Maxppp)
A mesure que le voile se lève sur l'opération de l'Arche de Zoé – destinée à rapatrier 103 enfants du Tchad – le mystère s'épaissit. Les neufs Français arrêtés sont accusés de "trafics d'enfants" par N'Djamena tandis qu'eux évoquent "un sauvetage humanitaire". Les conditions de l'opération restent floues, des familles ayant versé de l'agent. Le Quai d'Orsay "réprouve".

"Les responsables de cette association devront rendre des comptes", tonne Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme dans Le Parisien de ce vendredi. Si elle refuse de qualifier l'action des humanitaires de "trafic d'enfants", elle souligne qu'"il y a des risques. C'est pourquoi j'ai saisi jeudi matin la justice pour déterminer toutes les responsabilités dans cette opération", explique-t-elle. Les neufs Français ont été arrêtés jeudi matin au moment où ils s'apprêtaient à quitter le Tchad, à l'aéroport d'Abéché, en compagnie de 103 enfants, âgés de 1 à 9 ans. Selon la version de l'ONG, les enfants "orphelins de père, de mère et de famille" lui ont été confiés par des chefs de village au Darfour.

S'ils ont été "rapatriés sur le territoire tchadien avec l'autorisation du gouvernement tchadien", l'association admet avoir omis "de recueillir l'autorisation du gouvernement tchadien d'évacuer ces enfants". Dans Le Parisien, Stéphanie Lefebvre, la secrétaire générale de l'association se défend: "Juridiquement, nous sommes blindés", tant en France qu'au Tchad. Selon un communiqué diffusé dans la nuit de jeudi à vendredi par l'association, "aucune procédure d'adoption n'était prévue". "Notre démarche était simple: nous voulions juste les sauver de la mort", explique Lefebvre.

"Désobéissance civile" pour l'association

Mais du côté du Tchad, la version diverge fortement. D'emblée, Ahmat Mahamat Bachir, le ministre tchadien de l'Intérieur, a assuré: "Ils n'avaient aucune autorisation officielle. Nous avons ouvert une enquête". Les neufs Français – dont un journaliste de l'agence CAPA - sont toujours retenus par la police tchadienne. Ils sont non seulement soupçonnés de "trafic d'enfants", mais qui plus est sur des gamins qui ne sont pas orphelins, selon les autorités locales. Des sources diplomatiques tchadiennes et françaises convergent pour affirmer que le but de l'association était bien de faire adopter ces enfants par des familles françaises, qui avaient déboursé entre 2800 et 6000 euros, selon des sources diplomatiques. Une somme destinée à couvrir les frais de l'opération, selon l'association. "Le moins qu'on puisse dire c'est que les gens d'Arche de Zoé étaient très loin de ne pas savoir que ce qu'ils envisageaient était d'abord fortement déconseillé, et éventuellement, s'il s'agissait d'adoption, illégal", ajoutait la source diplomatique. L'Unicef, qui prend actuellement soin des enfants sur place estime que la plupart des enfants ne sont pas orphelins. "Les premiers entretiens qu'on a eus avec ces enfants, et ce n'est pas très facile avec des enfants qui ont cet âge-là, laissent supposer qu'il y peu d'orphelins dans cette population d'une centaine d'enfants", a indiqué Jacques Hintzy, le président français de l'association sur France 2.

"Le Tchad comme le Soudan, dont ces enfants pourraient être originaires, sont des Etats souverains qui n'autorisent pas l'adoption. Il est aujourd'hui impossible pour une famille française de lancer une procédure d'adoption d'un enfant tchadien ou soudanais", a déclaré officiellement le Quai d'Orsay. "Le terme de 'trafic d'enfants' dénature totalement la nature de l'association et celui de 'mercenaires' porte atteinte aux responsables bénévoles dont on peut dire tout au plus qu'ils ont fait preuve d'une 'désobéissance civile'", réagit de son côté l'ONG, qui demande l'appui des autorités françaises pour permettre la libération de son équipe.

Yade: "Les enlever comme cela est de mon point de vue illégal et irresponsable"

Un appui qui pourrait tarder à arriver, tant la France, par la voie de Rama Yade, semble agacée par cette histoire, préparée depuis au moins cinq mois. Le Quai d'Orsay avait été alerté et tenté de dissuader l'association d'agir. "Aujourd'hui on ne sait rien des conditions de regroupement de ces enfants. On ne connaît rien de leurs origines, de leur nationalité et de la réalité de leur situation familiale et communautaire", déclare-t-elle dans le Parisien. "Les enlever comme cela est de mon point de vue illégal et irresponsable", continue-t-elle. "On réprouve totalement cette opération", a-t-elle réaffirmé sur I>télé ce vendredi matin.

Des zones d'ombres persistent dans cette opération, apparemment menée avec un certain amateurisme. Selon Le Figaro, les deux pilotes belges recrutés par l'association pour rapatrier les enfants savaient que leur action se déroulait "à l'insu des autorités tchadiennes ". "Les responsables m'ont dit qu'ils avaient le soutien de l'Élysée", révèle un des pilotes dans le quotidien. Bon sentiments humanitaires qui achoppent sur le droit international ou opération barbouze qui a mal tourné ? Toujours est-il que cette action jette le discrédit sur les ONG qui travaillent au Darfour, une région déchirée par la guerre civile, dans des conditions périlleuses.


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