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G8-Climat: "C'est scandaleux"

Publié le 08 juillet 2008 à 18h23 par

Les membres du G8 réunis sur l'île d'Hokkaido, au Japon, se sont engagés à réduire de moitié les gaz à effet de serre (GES) d'ici 2050. Un voeu pieux selon de nombreuses organisations non gouvernementales qui dénoncent un rideau de fumée. Morgane Creach, responsable relations internationales au sein du Réseau Action Climat-France (RAC-F) répond au JDD.fr.

Le G8 a statué sur le réchauffement climatique. De nombreuses associations dénoncent le vide de sens du communiqué final. - Maxppp
Le G8 a statué sur le réchauffement climatique. De nombreuses associations dénoncent le vide de sens du communiqué final. (Maxppp)


Des engagements ont été pris par les membres du G8 afin de coopérer aux négociations menées par l'ONU pour réduire de moitié les GES d'ici 2050. Quelle nouveauté par rapport au sommet du G8 d'Heiligendamm l'an passé?
Aucune! Le sommet se réduit à une simple concertation. Et encore une fois, il n'y a pas d'année de référence. Le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuada, a évoqué 2005 ou 2008 comme année de référence. Or depuis 1990, année qui aurait dû être choisie, le Japon a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre de 7. Il n'y a rien de concret dans le communiqué final du G8 sur le climat: pas d'année de référence donc, pas d'objectifs chiffrés intermédiaires non plus et aucune considération de la fourchette du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, Ndr), à savoir une réduction de 25 à 40% des GES d'ici à 2020 au regard de l'année 1990. Pas d'entente non plus sur la limitation du réchauffement climatique fixée à 2° Celsius.

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a estimé que le G8 était un succès et "un signal fort adressé aux citoyens du monde entier"...
C'est proprement scandaleux. Tout comme le fonds de la Banque mondiale. Le G8 a endossé la création d'un nouveau fonds alors qu'un fonds existe déjà dans le protocole de Kyoto. L'initiative vient en fait du Japon, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis et fait clairement concurrence au protocole. Mais surtout, les six milliards alloués sont considérés comme de l'aide au développement. C'est un scandale et cela va directement à l'encontre de l'additionnalité* des financements pour lutter contre les changement climatiques**.

"L'Europe doit afficher un leadership"

Beaucoup comptaient sur des objectifs chiffrés intermédiaires...
Oui, c'est ce qui compte le plus pour faire avancer les négociations internationales. Les pays émergents attendaient ces objectifs pour s'engager eux-mêmes sur les changements climatiques.

Les Etats-Unis se sont pour la première fois engagés. C'est une avancée?
C'est de la poudre aux yeux. C'est juste une subtilité. D'une part, ils refusent de s'astreindre à des objectifs contraignants s'ils ne s'appliquent également à la Chine et à l'Inde, et d'autre part, ils peuvent appliquer la clause "des circonstances nationales différentes" élaborée lors de la conférence de Bali l'année dernière. C'est un nuage de fumée.

Le WWF a déploré une absence pathétique de progrès...
On partage cette position. C'est une stagnation, voire une régression. Il y a une absence de progrès mais surtout une absence totale de volonté politique. Le communiqué final du G8 sur le climat est totalement vide de sens. Il y a pourtant un défi de taille devant nous avec l'accélération du phénomène des changements climatiques. Le GIEC a réalisé un travail important, on a tous les outils entre nos mains pour faire avancer les choses. Il y a deux espoirs cependant: la sensibilisation accrue des populations et la changement prochain de l'administration américaine qui, quelle qu'elle soit, ne pourra être pire que l'administration Bush. Il faut instaurer un climat de confiance. L'Europe doit afficher un leadership en la matière et trouver des alliances avec les pays émergents.

* Ce principe signifie que les crédits ne doivent pas amener les Etats à réduire leurs propres dépenses. Ils doivent agir en complémentarité avec les crédits nationaux et régionaux pour permettre une plus-value aux dispositifs existants.
** En d'autres termes, les pays pourront comptabiliser dans leur Aide publique au développement l'argent versé au nom de la lutte contre les réchauffements climatiques.

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