Géorgie et Russie vers la guerre?
Le conflit Géorgie-Russie au sujet de la province indépendantiste d'Ossétie du Sud a pris une nouvelle tournure avec l'incursion de troupes russes dans la région. Tbilissi assure qu'une colonne militaire russe est entrée sur son territoire, parle d'"agression militaire directe" et en appelle à la communauté internationale. Moscou dit vouloir repousser l'assaut géorgien. Quelque 1400 personnes seraient mortes dans les combats.

Des avions de combats russes ont pilonné des positions géorgiennes en Ossétie du Sud vendredi après-midi. La Géorgie dénonce une 'agression'. (Reuters)
"Les positions des soldats géorgiens qui tiraient sur Tskhinvali et sur les soldats de la paix ont été supprimées par l'artillerie et les chars de la 58e armée, qui sont devant la capitale de l'Ossétie du Sud", a déclaré en fin d'après-midi le colonel russe Igor Konachenkov à la chaîne de télévision Vesti-24. "Dans l'avenir, les tirs dans la zone des soldats de la paix russes seront fermement réprimés", a ajouté l'officier. Il s'agit de la première confirmation côté russe d'affrontements directs avec les soldats géorgiens en Ossétie du Sud.
C'est l'escalade. La guerre n'est pas encore ouverte entre la Russie et la Géorgie, mais vendredi, les deux pays en sont "très proches" selon les termes d'un haut responsable du conseil national de sécurité géorgien. Les combats entre les forces géorgiennes et les séparatistes ossètes se sont intensifiés vendredi et l'implication de troupes russes est venue durcir la situation. Très tôt ce matin, l'armée géorgienne a en effet lancé une opération militaire d'envergure pour reprendre le contrôle de la région et mettre fin aux bombardements de villes géorgiennes par les séparatistes ossètes. Il était question de reprendre, du moins de "libérer" la capitale de la région Tskhinvali, à coups de bombardements et d'affrontements sanglants. Mais à quel prix?
Selon le commandant de la force de paix russe sur place, Mala Koulakhmetov, la ville a été "presque entièrement détruite". Au moins dix de ses soldats ont par ailleurs été tués dans l'offensive. Et les civils payent, comme toujours, un lourd tribut. "Nous sommes très inquiets sur la situation humanitaire (...). Les ambulances sont bloquées, les hôpitaux sont submergés et des opérations chirugicales sont menées dans des couloirs", s'alarmait vendredi à Genève une porte-parole du CICR, qui réclamait un corridor humanitaire.
Une "incursion flagrante sur le territoire d'un pays étranger"
Mais c'est a priori la mort des soldats russes de la paix qui a déclenché la riposte. Dès lors, la Russie s'est impliquée à son tour dans ce conflit intra-géorgien. Moscou, depuis de longues années, entretient les velléités séparatistes de l'Ossétie du Sud, qui a déclaré son indépendance en 1989, mais n'est reconnu que par un seul pays: la Russie. "En vertu de la constitution et de la loi fédérale, je dois protéger la vie et la dignité des citoyens russes, où qu'ils se trouvent. Nous ne laisserons pas leur mort impunie. Les responsables seront punis comme ils le méritent", a alors déclaré Dmitri Medvedev. Martial, le président russe a donné le ton de la journée. Selon l'agence de presse moscovite RIA, des blindés russes sont en effet entrés dans Tskhinvali. Le ministère russe a confirmé cette information, mais, assure qu'il ne s'agit que de renforts envoyés aux soldats de la paix russes en Ossétie, afin de les aider à "mettre fin au bain de sang".
Le son de cloche est bien différent du côté géorgien. Sur la chaîne d'information américaine CNN, Mikhaïl Saakachvili a accusé la Russie de mener une guerre ouverte contre son pays et dénoncé des attaques russes sur son territoire, notamment le bombardement de la base aérienne de Vaziani, à 25 km de Tbilissi, par l'aviation russe. Le président géorgien a également annoncé que deux avions russes avaient été abattus, dont l'un "attaquait délibérément et sans raison un hôpital civil, blessant des médecins et des patients". Il a affirmé par ailleurs que 150 chars et véhicules blindés russes étaient entrés en Ossétie du Sud. Une "incursion flagrante sur le territoire d'un pays étranger (...) Nous avons des chars russes sur notre territoire et des avions au-dessus de notre territoire, en pleine lumière", a-t-il martelé. Il a donc appelé la Communauté internationale à réagir. Si la Russie n'est pas punie, "le monde entier aura des problèmes".
Des scènes de "nettoyage ethnique"?
Les combats "acharnés" selon Moscou, font toujours rage. Entre les tirs de roquettes géorgiens sur les séparatistes et le bombardement russe de positions géorgiennes, les affrontements de vendredi ont fait officiellement trente morts dans le camp géorgien et douze dans le camps russe. Sur place, la situation est bien évidemment confuse et les informations contradictoires arrivent au compte-goutte. La Géorgie dit contrôler la quasi-totalité de la province, à l'exception de la ville de la ville de Djava. La Russie accuse l'armée géorgienne de "nettoyage ethnique". Mais les séparatistes ont assuré peu après régner en maître sur la capitale ossète.
Le sort des civils, pris entre plusieurs feux, est préoccupant. "Nous recevons des rapports selon lesquels une politique de nettoyage ethnique est menée dans des villages d'Ossétie du Sud, le nombre de réfugiés augmente, la panique s'étend, les gens tentent de sauver leur vie", a annoncé le ministre russe de la Défense. "Mille quatre cents personnes environ ont péri", a indiqué Edouard Kokoity, président de la province séparatiste. "Nous allons vérifier ce chiffre mais il est de cet ordre, sur la foi d'informations émanant des familles des victimes".
En milieu d'après-midi, la Géorgie a annoncé l'ouverture d'un couloir humanitaire pour permettre aux femmes et enfants "et à tous les citoyens pacifiques" de quitter Tskhinvali, la capitale de la province sécessionniste d'Ossétie du Sud. Un porte-parole de l'ONU, citant les autorités russes, a rapporté que que 2000 personnes venues d'Ossétie du Sud s'étaient réfugiées jeudi soir en Ossétie du Nord, province faisant partie de la Fédération de Russie. "Selon des sources officieuses, 400 personnes ont également quitté l'Ossétie du Sud pour d'autres parties de la Géorgie", a ajouté Ron Redmond.
Russie et Géorgie en appellent à la communauté internationale
La communauté semble décidé à réagir. Un communiqué de la présidence française de l'UE a fait savoir vendredi que des émissaires des Etats-Unis, de l'Union européenne et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) allaient se rendre en Géorgie dans le cadre d'une mission conjointe visant à rétablir le calme dans la région géorgienne séparatiste d'Ossétie du Sud. Une initiative pas assez tranchante selon le ministre géorgien pour la Réintégration des territoires séparatistes, Temour Iakobachvili, qui a réclamé vendredi un "signal clair" des pays occidentaux à Moscou dans un entretien au Figaro. Après les violents combats de jeudi et vendredi, "beaucoup dépendra de la réaction des Occidentaux. Resteront-ils à bronzer sur la plage? Ou donneront-ils un signal clair à la Russie pour qu'elle ne franchisse pas certaines limites", ajoute-t-il.
Dans ce qui ressemble à un jeu de dupes, la Russie a de son côté demandé vendredi soir aux Etats-Unis d'intervenir contre ce qu'il qualifie d'"agression" de la Géorgie. Dans un communiqué publié vendredi sur son site internet, le ministère indique que Lavrov a parlé à trois reprises à Condoleezza Rice à l'initiative de la secrétaire d'Etat américaine. "Il faut souligner qu'il est désormais urgent d'obtenir (des Américains) qu'ils mettent un coup d'arrêt aux agissements illicites de la partie géorgienne, que Tbilissi retire ses troupes de la zone en conflit et qu'on revienne à la mise en oeuvre des accords antérieurs", a déclaré Lavrov à son homologue américaine. Les Etats-Unis et l'Union européenne devraient apporter leur soutien à la Géorgie, pays stratégique, situé au coeur du Caucase, point de passage d'importants oléoducs et lieu de tensions entre les influences russe et occidentale.
Voir une vidéo des combats:
Copyright 2008 © leJDD.fr
Articles sur le même thème
Thèmes abordés dans cet article : Ossétie du Sud, guerre russie géorgie
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.
Sujets les plus populaires
- Edvige: Quand MAM tance Morin 07/09/08
- Agression antisémite à Paris? 07/09/08
- UMP: Fillon passe à l'attaque 07/09/08
- Transport: Contribution chahutée 07/09/08
- Moncoutié, neuf ans après! 07/09/08
Sujets les plus commentés
- La Russie seule contre tous 28/08/08
- M6 va lancer son 20 heures 05/09/08
- Pakistan: L'après Musharraf 05/09/08
- Ramadan: Un procès ajourné 05/09/08
- Afghanistan: Le choc des photos 04/09/08
Thèmes de la rubrique
- 10 soldats français morts
- 16 morts dans un attentat
- Abkhazie
- Afghanistan
- Caucase
- Cessez-le-feu
- Coup d'Etat
- Dalai-lama
- France
- Guerre
- Géorgie
- Israël
- Mauritanie
- Medvedev
- Nicolas Sarkozy
- Ossétie
- Ossétie du Sud
- Pakistan
- Pakistan taliban
- Paris Match
- Russie
- Soldats français tués
- Somalie
- Tsvangirai
- Turquie
- cachemire
- conflit
- crash
- embuscade
- etats-unis
- isaf
- kaboul
- kouchner
- liban
- madrid
- morin
- moscou
- mugabe
- otan
- ouragan
- sarkozy
- sharif
- soldats français
- soudan
- syrie
- taliban
- thailande
- washington
- zimbabwe
- état d'urgence
Copyright © 2007-2008 Magénération Tous droits réservés

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.