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Géorgie: L'Otan suit Washington

Publié le 19 août 2008 à 16h09 par Marianne ENAULT

Réunis en urgence à Bruxelles, à la demande des Etats-Unis, les pays membres de l'Otan ont durci le ton face à Moscou. Dans une déclaration commune, ils entendent étudier les implications du conflit russo-géorgien sur les relations entre la Russie et l'Alliance atlantique. Première conséquence: l'Otan rompt tout contact avec le Kremlin tant que les soldats russes seront en Géorgie.

Le secrétaire général de l'Otan a annoncé la création d'une commission destinée à resserrer les liens avec Tbilissi. - Reuters
Le secrétaire général de l'Otan a annoncé la création d'une commission destinée à resserrer les liens avec Tbilissi. (Reuters)


Une colonne de chars russes a quitté Gori mardi matin. Peut-on pour autant parler d'un retrait des troupes russes? Oui, répond Moscou, qui précise que ses soldats ont reçu l'ordre de regagner l'Ossétie du Sud - où ils interviennent sur mandat international - et ajoute que le retrait prendra "trois ou quatre jours". Dans la soirée, un communiqué conjoint de de Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy diffusé par l'Elysée confirme d'ailleurs que "le retrait des troupes russes sera achevé les 21 et 22 août". Non, répond Tbilissi, pour qui ce départ n'est qu'un "show" destiné à faire croire au retrait total. Du côté de l'Otan, on préfère rester prudent. Son secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, a déclaré que pour le moment, il n'y avait "aucun signe de retrait russe".

Départ ou pas, la patience de l'Alliance atlantique semble avoir atteint ses limites mardi. Réunis en urgence à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Otan ont vertement critiqué l'attitude de Moscou depuis le début du conflit avec la Géorgie. L'intervention en territoire géorgien, d'abord, au-delà de sa mission de force de paix en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Sa décision de maintenir ses soldats en territoire géorgien ensuite, et ce, malgré l'obligation faite aux deux parties dans le plan de paix proposé par Nicolas Sarkozy de retirer leurs troupes sur leurs positions antérieures au conflit.

Création d'une commission Otan-Géorgie

Une attitude qui ne restera pas sans conséquence. Les pays membres de l'Otan ont parlé d'une seule voix mardi, annonçant qu'ils allaient étudier "sérieusement" les implications du conflit russo-géorgien sur les relations entre Moscou et l'Alliance atlantique. Autre décision: la création d'une commission destinée à resserrer les liens avec la Géorgie, candidate à l'entrée dans l'Otan. Un revers pour le Kremlin qui par cette intervention armée espérait retrouver un peu de son influence dans le Caucase et réduire à néant les velléités pro-occidentales de Tbilissi. Le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a toutefois précisé qu'elle fonctionnerait de façon analogue à un dispositif mis en place il y a onze ans avec l'Ukraine, sans préjuger des perspectives d'adhésion de la Géorgie à l'Alliance atlantique.

Peu avant, c'est le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, qui soulignait l'unité entre les pays de l'Otan. "Il n'y pas eu de division aujourd'hui. Pour les membres de l'Otan, il est évident que la Russie a violé le droit international aussi bien que les règles du jeu international", a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Sky News, évoquant de "graves conséquences" sur les relations avec Moscou.

L'Otan ne peut pas poursuivre "ses affaires habituelles"

Mais la déclaration commune des membres de l'Otan demeure relativement floue. Seule mesure concrète, la décision de rompre tout contact régulier avec le Kremlin tant que les troupes russes n'ont pas entièrement quitté la Géorgie. "Nous avons décidé que nous ne pouvions pas continuer comme si de rien n'était", indiquent les 26 pays membres de l'Alliance dans une déclaration conjointe, précisant qu'en l'état, l'Otan "ne peut pas poursuivre ses affaires habituelles" avec Moscou. En la matière, l'organisation a donc suivi la voie tracée par les Etats-Unis, à l'origine de cette réunion d'urgence. Sans pour autant être aussi catégorique. L'Otan se prononce en effet pour l'arrêt des "affaires habituelles" avec la Russie, là où Washington avait demandé aux membres de l'Alliance atlantique de suspendre les réunions ministérielles régulières avec la Russie, sans poser de limitation de cette mesure à un retrait russe du territoire géorgien. "Nous n'avons assurément pas l'intention de fermer toutes les portes", a ainsi déclaré le secrétaire général de l'Otan.

Car la fermeté prônée par Washington ne fait pas l'unanimité au sein de l'Otan.
"Je ne suis pas de ceux qui croient qu'isoler la Russie soit la bonne réponse à ses méfaits. Je pense que la bonne réponse, c'est de s'engager en gardant la tête froide", a ainsi déclaré David Miliband. Une position partagée par Paris et Berlin, soucieux de ne pas s'aliéner Moscou, qui fournit à l'Europe une part essentielle de ses hydrocarbures. En revanche, certains membres de l'Alliance, essentiellement des pays d'Europe de l'Est, soutiennent la position américaine.

Depuis le début du conflit, Washington a tenu un langage très ferme à Moscou, considérant la Russie comme étant la principale responsable des violences, et ce, dès les premiers heurts. "La Russie ne peut pas agir comme elle l'aurait fait pendant la guerre froide et en même temps attendre qu'on la traite comme un allié responsable", a commenté la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, mardi. Si l'Otan hésite, les Etats-Unis, eux, ont choisi leur camp depuis longtemps. La Russie, elle, critique. Après avoir accusé Washington de "couvrir les provocations" géorgiennes, Moscou dénonce une déclaration de l'Otan ni "objective" ni "partiale", qui vise à secourir "le régime criminel" de Tbilissi. Chacun campe sur ses positions.

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