Ajax-loader-form

Géorgie: L'UE sous observation

Publié le 01 octobre 2008 à 11h57 par Marianne ENAULT

Près de deux mois après le déclenchement des hostilités en Géorgie, les premiers observateurs de l'Union européenne ont commencé à se déployer mercredi. Objectif: veiller au respect du cessez-le-feu. Mais leur mission s'annonce difficile: Moscou refuse de les laisser pénétrer sur les territoires qu'elle contrôle, à savoir l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, pourtant théâtre des principaux combats.

Moscou l'a dit et répété: les observateurs européens ne sont pas autorisés à entrer en Abkhazie et en Ossétie du Sud. - Reuters
Moscou l'a dit et répété: les observateurs européens ne sont pas autorisés à entrer en Abkhazie et en Ossétie du Sud. (Reuters)


Surveiller la paix en Géorgie. Telle est la mission des quelque 200 observateurs de l'Union européenne déployés sur le terrain mercredi. Près de deux mois après le déclenchement des hostilités, ils doivent notamment veiller au retrait des troupes russes des deux "zones de sécurité" définies à l'intérieur du territoire géorgien. L'échéance fixée expire le 10 octobre.

Et c'est là que le bât blesse. Conclu sous médiation française, l'accord signé le 8 septembre dernier par Tbilissi et Moscou s'illustre par son manque de précision. La zone géographique du déploiement des observateurs n'est en effet pas précisée. "L'Union européenne, en tant que garante du principe de non-recours à la force, prépare activement le déploiement d'une mission d'observation en complément des mécanismes d'observation existants", peut-on lire dans ce texte.

Etant donné le contexte et les enjeux de pouvoir au Caucase, les interprétations sont forcément différentes. Côté français, on estime que les observateurs ont "vocation à entrer en Abkhazie et en Ossétie du Sud pour observer, pour raconter et pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets", avait déclaré Nicolas Sarkozy le 8 septembre. Côté russe, on répond par la négative. Moscou, qui a reconnu l'indépendance des deux régions, a souligné à plusieurs reprises que les observateurs ne seraient pas autorisés à opérer à l'intérieur des deux provinces. Une position qui diminue fortement l'intérêt – et l'efficacité – de la mission européenne: si l'UE ne peut pas aller en Ossétie du Sud ou en Abkhazie, Tbilissi, ou d'autres - les Etats-Unis, les pays Baltes, l'Ukraine... – pourraient l'accuser de légitimer, par défaut, la présence russe dans ces deux régions.

La question de la zone tampon

Autre problème, la zone tampon de six kilomètres située au sud de l'Ossétie du Sud. Le texte prévoit que les observateurs s'y déploient en lieu et place des militaires russes. Mais mercredi, le porte-parole des forces russes de maintien de la paix, le colonel Vitali Manouchko, a déclaré que les observateurs ne seraient pas dans l'immédiat autorisés à entrer dans cette zone tampon, selon des propos rapportés par les agences de presse russes Interfax et RIA-Novosti. A Bruxelles, le Haut représentant pour la politique étrangère, Javier Solana, ne préfère pas commenter ces nouvelles restrictions. Et attend de voir. Sur le terrain, la situation est confuse mercredi. Selon Reuters, un premier groupe d'observateurs a finalement été autorisé à pénétrer dans cette zone tampon. Mais on ignore pour l'heure si cette première incursion préfigure une autorisation d'accès pour tous.

"Nous avons reçu de la partie russe des assurances au niveau politique que nous pourrions effectuer ces patrouilles (ndlr, dans les zones tampon)", a toutefois assuré le diplomate allemand Hansjörg Haber, qui dirige la mission d'observation. Il a toutefois précisé qu'au "niveau militaire, c'est compris différemment". Les militaires russes, eux, disent vouloir repousser la présence des observateurs dans cette zone afin de mieux garantir leur sécurité. Ou mieux contrôler une région où de nombreux villages géorgiens se trouvent à proximité des villages ossètes. Dans ces conditions, la mission européenne s'annonce pour le moins difficile. Et la victoire diplomatique revendiquée par l'UE le 8 septembre dernier pour le moins relative.


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.