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Géorgie: La crise bloquée à l'ONU

Publié le 20 août 2008 à 7h10 par Marianne ENAULT

Impasse aux Nations-unies. La Russie, qui dispose d'un droit de veto au Conseil de sécurité, a rejeté le projet de résolution sur la Géorgie présenté par la France. Motif invoqué: le texte ne mentionne pas les six points de l'accord de paix accepté par Moscou et Tbilissi. Du côté du Kremlin, c'est surtout la mention du respect de "l'intégrité territoriale de la Géorgie" qui gêne. La crise s'enlise.

Selon Moscou, le retrait russe de Géorgie pourrait prendre encore quelques jours. - Reuters
Selon Moscou, le retrait russe de Géorgie pourrait prendre encore quelques jours. (Reuters)


Entre la Géorgie et la Russie, le blocage est total. Sur le terrain, d'abord. Les troupes russes sont toujours présentes sur le territoire géorgien. Sous la pression internationale, le président russe, Dmitri Medvedev, a toutefois précisé mardi soir, après un entretien avec Nicolas Sarkozy, que ce retrait s'effectuerait dans les jours qui viennent. Une quarantaine de camions militaires russes ont quitté mercredi l'Ossétie du Sud pour la Russie mais ni blindés ni pièces d'artillerie n'ont repassé la frontière et rien n'est venu confirmer le retrait total exigé par les Occidentaux. La Maison blanche, par la voix de son porte-parole Gordon Johndroe, a estimé que ces "premiers signes" d'un départ des Russes n'étaient "pas significatifs et devaient s'accroître". Au niveau diplomatique, ensuite. Le projet de résolution présenté par la France au Conseil de sécurité des Nations unies s'est heurté au refus de Moscou. Le texte, très court et destiné à donner une valeur contraignante au plan de paix présenté par Nicolas Sarkozy, exige "le respect complet et immédiat de l'accord de cessez-le-feu auquel les parties ont souscrit", ainsi que "le retrait immédiat des forces russes derrière les lignes qu'elles tenaient avant le déclenchement des hostilités et le retour des forces géorgiennes à leurs cantonnements habituels".

"La Fédération de Russie ne sera pas en mesure de la soutenir", a simplement commenté le représentant permanent de la Russie à l'ONU, Vitali Tchourkine. Moscou estime que la résolution telle que présentée par Paris ne comprend pas les six points du plan de paix accepté par la Géorgie et la Russie. Ce plan prévoit l'arrêt du recours à la force, la cessation définitive des hostilités, la libre circulation de l'aide humanitaire, le retour des forces géorgienne et russe sur leurs positions antérieures au conflit et enfin l'ouverture de discussions internationales destinées à assurer la sécurité de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud.

Moscou "étonné" par le revirement français

Le plan de paix présenté par le président français la semaine dernière à Moscou et Tbilissi ne mentionne pas le respect de la souveraineté géorgienne. Problème, pour faire accepter cette absence à son homologue géorgien, Mikhaïl Saakachvili, Nicolas Sarkozy lui aurait assuré que la disposition figurerait dans la résolution votée à l'ONU. Le projet présenté par Paris mentionne donc le respect "de l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues". Un concept qui n'a pas manqué de faire tiquer Moscou. La Russie juge la notion d'intégrité territoriale géorgienne dépassée, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie refusant de réintégrer le giron géorgien.

L'appel au retrait "immédiat" des forces russes a également déplu du côté du Kremlin. Vitali Tchourkine s'est ainsi dit "très étonné" par le revirement de la France sur ce sujet. Selon Moscou, le plan de paix présenté par Nicolas Sarkozy prévoit d'abord "le retrait des troupes géorgiennes dans leurs cantonnements, puis le retrait progressif des troupes russes du territoire géorgien, accompagné de la prise par celles-ci de mesures de sécurité additionnelles" en Ossétie du Sud en attendant la mise en place d'un mécanisme international. La Russie, qui profite de la rédaction plutôt floue du plan de paix, estime donc que sa présence en Géorgie est légitime.

La réunion du Conseil de sécurité s'est donc achevée sans que le texte soit soumis à un vote, l'ONU craignant qu'un veto russe n'enlise encore un peu plus la crise. Le blocage diplomatique est total. Et le ton monte entre la communauté internationale et Moscou. Réunis en urgence à Bruxelles mardi, les pays membres de l'Otan ont décidé de suspendre les "affaires habituelles" avec la Russie tant que les troupes russes seront présentes sur le territoire géorgien. Entre Washington et Moscou, la guerre des mots se poursuit. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a estimé mardi que la Russie se comportait en "hors-la-loi". "Les soldats russes agissent de façon complètement inappropriée dans un Etat voisin (...) la réputation de Moscou pourrait se détériorer encore davantage", a-t-elle déclaré lors d'un entretien accordé à CBS News depuis Bruxelles. Et l'escalade verbale ne devrait pas s'arrêter là, puisque Condoleezza Rice se rend mercredi en Pologne pour signer l'accord sur le déploiement d'un bouclier antimissile, autre sujet de discorde entre la Maison blanche et le Kremlin.

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