Géorgie, le "11-Septembre" russe
Publié le 12 septembre 2008 à 19h25 par Christophe ISRAËL
Le lendemain de l'anniversaire des attentats qui ont frappé les Etats-Unis en 2001, Dmitri Medvedev a comparé vendredi l'intervention géorgienne dans la région séparatiste d'Ossétie du Sud au 11-Septembre. Le 8 août, a déclaré le président russe, le monde a "changé presque immédiatement". Une manière claire de réaffirmer que les enjeux de la question géorgienne dépassent le seul Caucase.

L'intervention géorgienne est pour Dmitri Medvedev comparable au 11-Septembre 2001. (Reuters)
Excessif, Medvedev? Provocateur, tout au moins. Les mots du président russe ne vont pas manquer de faire leur petit effet. Intervenant lors de la réunion annuelle du club Valdaï,qui réunit journalistes et universitaires, le chef de la Fédération de Russie a donné une analyse très personnelle des événements d'août dernier: "Immédiatement après les événements du Caucase, il m'est apparu que le 8 août était pratiquement pour nous ce que le 11-Septembre a été pour les Etats-Unis. (...) On peut parfaitement utiliser (cette comparaison) pour ce qui s'est passé en Russie." "Le monde a changé presque immédiatement" a-t-il précisé, avant d'ajouter : "De nombreux enseignements utiles ont été tirés du 11-Septembre aux Etats-Unis. Moi j'aimerais que le monde tire ses propres enseignements de ce qui s'est passé." Peu avare de détails, le président russe a même poussé l'exercice un peu plus loin, livrant sa propre vision des choses.
Dmitri Medvedev s'en est d'abord à nouveau pris aux projets d'élargissement de l'Otan à la Géorgie et à l'Ukraine. "En se rapprochant des frontières russes, l'Otan ne se renforce pas", a-t-il prévenu, peu impressionné par la possible (théorique) adhésion de la Géorgie à l'Otan: "(...) Que se serait-il passé si la Géorgie avait eu un plan d'action pour l'adhésion? Je n'aurais pas hésité une seconde pour prendre la décision que j'ai prise". Une adhésion géorgienne, a insisté le président russe, qui sera un facteur d'instabilité pour l'Alliance comme pour le Caucase, où "la situation n'est pas équitable pour la Russie, elle est humiliante pour la Russie. Nous ne la tolèrerons pas plus longtemps."
Une déclaration qui ne rassure pas les observateurs, alors que les rapports de Moscou avec l'Union européenne et les Etats-Unis sont de plus en plus tendus. Un message clair en tout cas en direction de Washington, presque un appel à définir ses priorités. Selon Medvedev, les Etats-Unis feraient mieux de "coopérer" avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme plutôt que de développer des relations "avec des régimes pourris". Une allusion à la Géorgie, mais aussi aux Etats baltes. L'Estonie a en effet demandé à l'Otan d'envisager la construction de bases militaires dans la région par la voix de son ministre des Affaires étrangères, réuni avec ses homologues baltes et du président letton autour du secrétaire général de l'organisation, Jaap de Hoop Scheffer.
Pas d'observateurs européens en Ossétie ni en Abkhazie
A la requête lettone de voir élaborés des plans de défense spécifiques à la Baltique, Jaap de Hoop Scheffer a répondu en rejetant l'idée de nouveaux dispositifs. Précisant, à toutes fins diplomatiques: "Nous ne considérons pas Moscou comme une menace." Un discours raisonnable et tempéré, qui répond aux menaces voilées du Kremlin en matière militaire. Dmitri Medvedev a ainsi déclaré que Moscou allait "se concentrer sur les questions de renouvellement de l'équipement militaire en raison de la menace géorgienne". Une décision "sans aucun doute influencée par la crise dans le Caucase, l'agression de la Géorgie et sa militarisation continue", a-t-il tenu à préciser. Sarah Palin peut être rassurée, "garder un oeil" sur la Russie devrait suffire, les Etats-Unis ne sont pas une cible potentielle des Russes.
La relation avec l'Union européenne, et le président français en particulier, ne pointe pas non plus au beau fixe. Depuis lundi dernier, les divergences d'interprétation de l'accord négocié entre la délégation européenne conduite par Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev se multiplient. Le dernier en date concerne le déploiement des observateurs dans les zones séparatistes. Comme l'a réaffirmé jeudi soir le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, les observateurs supplémentaires prévus dans le Caucase n'ont pas vocation à s'y trouver: "Les observateurs internationaux supplémentaires seront déployés exclusivement dans les zones frontalières à l'Ossétie du Sud et à l'Abkhazie", a-t-il répété, avant de souligner que ce sont des contingents militaires russes déployés dans ces régions sécessionnistes qui assurent leur sécurité.
Un nouvel écart, plus que notable, entre ce que Nicolas Sarkozy a déclaré lundi 12 septembre en arrivant à Tbilissi et ce que les Russes veulent bien admettre avoir réellement concédé au médiateur européen. Il n'y a qu'à écouter le président Medvedev lui-même. "La crise géorgienne n'avait pas ouvert une ligne de faille entre la Russie et l'Occident" Nous n'avons pas besoin de cela", a-t-il conclu. L'Occident, non plus.
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