Géorgie: Le grand détournement
Publié le 09 septembre 2008 à 11h48 par Christophe ISRAËL
Si Nicolas Sarkozy a obtenu de Moscou des garanties de retrait de Géorgie, Dmitri Medvedev est resté inflexible sur la présence des forces russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Des négociations "tendues" à l'issue desquelles Tbilissi a exprimé son espoir de voir le plan de paix du 12 août mis en oeuvre intégralement. Le sort des régions séparatistes semble pourtant plus que jamais incertain.

Après d'âpres négociations, Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy sont repartis satisfaits. Pas pour les mêmes raisons... (Reuters)
"Il y a eu des moments tendus." La déclaration sibylline de la présidence française, lâchée entre Moscou et Tbilissi, le confirme. Les discussions qui se sont tenues pendant quatre heures au château de Mayendorff, à 20 km à l'ouest de Moscou, n'ont pas été qu'un simple échange de courtoisie. Elles ont même failli tourner court lorsque Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie, et le reste de la délégation russe, ont voulu supprimer du document de travail le fragment de phrase engageant Moscou à retirer ses forces "sur leurs positions antérieures au début des hostilités." Selon la présidence française, Nicolas Sarkozy s'est alors levé et a dit: "On s'en va, ce n'est pas négociable, on ne peut pas accepter l'invasion d'un pays par un autre." Les membres de la délégation russe sont allés chercher Dmitri Medvedev, qui avait quitté la pièce. "On se calme", aurait dit le président russe avant de poursuivre les discussions jusqu'à la conclusion de l'accord.
Au final, si Medvedev a concédé le retour des forces armées russes sur les positions antérieures au 7 août, il est resté inflexible sur sa présence en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Pourtant, à en croire les déclarations du président géorgien, l'accord est satisfaisant. Quelques heures plus tard, Mikhaïl Saakachvili a en effet exprimé sa satisfaction quant aux garanties de retrait des forces russes du territoire géorgien. "Je pense ce soir qu'un pas en avant a été accompli, un pas en avant sur la voie d'une mise en oeuvre intégrale des six points négociés le 12 août par le président (Nicolas) Sarkozy", a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien à Tbilissi avec son homologue français. Le désaccord quant à la reconnaissance officielle de ce que nous appelons encore les "régions séparatistes" n'a pas été levé, et la délégation européenne, Nicolas Sarkozy l'a martelé, a réaffirmé sa condamnation de Moscou sur ce point.
Deux nouveaux Etats
Il n'en reste pas moins que la satisfaction affichée tant par Nicolas Sarkozy que par José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, et Mikhaïl Saakachvili lundi soir résonne comme un aveu d'impuissance face à l'apparition de ce que Medvedev a entériné comme constituant deux "nouveaux Etats". Le silence officiel de Saakachvili laisse lui penser qu'au-delà de l'aveu d'impuissance, les deux territoires ont été laissés à leur sort. A l'issue de la réunion, le président russe a en effet répété que la reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie et de l'Abkhazie par Moscou était "finale et sans retour". "L'acte de reconnaissance a eu lieu. Du point de vue du droit international (...) deux nouveaux Etats sont apparus", a-t-il ainsi dit... à qui voulait bien l'entendre. Mardi matin, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, le même qui souhaitait faire rester ses soldats en Géorgie, précisait même que les forces russes resteront "longtemps" en Abkhazie et Ossétie du Sud, officiellement afin d'empêcher toute nouvelle violence.
Il est vrai que l'annonce par Moscou de l'ouverture de négociations sur la question géorgienne, incluant le retour des réfugiés, à permis de calmer les esprits et de rassurer les Européens. C'est oublier un peu vite que dans le même temps, la Russie a aussi annoncé qu'elle nouerait mardi des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs avec l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, à qui elle entend proposer une aide militaire, humanitaire et matérielle. Une intention certes louable, mais qui revient une nouvelle fois à affirmer la souveraineté des ces deux entités: on ne noue pas de "relations diplomatiques" avec des séparatistes dont on ne reconnaît pas la légitimité. Avec des Etats, même non reconnus par le reste de la communauté internationale, oui. Sur ce point en particulier, le soutien affiché par plusieurs anciennes républiques soviétiques à l'égard de Moscou pourrait aller dans ce sens. Après tout, les cas de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, au-delà d'un combat de fond pour le respect des principes de souveraineté des Etats, méritent-ils vraiment d'envenimer davantage des relations européo-russe déjà dans leur pire état depuis la fin de la guerre froide? Apparemment, non.
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