Géorgie: Le quiproquo UE-Russie
Publié le 10 septembre 2008 à 16h57 par Marianne ENAULT
L'accord UE-Russie sur la Géorgie - le deuxième du genre depuis le déclenchement des hostilités le 7 août - bat déjà de l'aile. Mercredi, le chef de la diplomatie russe a accusé les dirigeants européens d'avoir dénaturé ce texte en évoquant un déploiement des observateurs internationaux sur "tout le territoire géorgien". Or, Moscou estime que le texte initial exclut l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Apparemment, les couples Barroso-Sarkozy et Medevev-Lavrov n'ont pas compris la même chose lundi. (Reuters)
A peine signé déjà enterré? "Cet accord représente le maximum de ce que l'on pouvait faire." Lundi, la déclaration de Nicolas Sarkozy laissait deviner les difficultés qui ont précédé la signature de l'accord entre Union européenne et Russie sur la Géorgie. Les révélations sur la teneur de la discussion – et les menaces du président français de quitter la table - l'ont confirmé. Sa mise en oeuvre un peu plus.
Deux jours à peine après sa signature, les premières divergences de vues - ou d'interprétation - apparaissent. Mercredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé les dirigeants de l'Union européenne d'avoir dénaturé l'accord. Pierre d'achoppement: le déploiement des observateurs internationaux dans la région. Selon le texte signé par les différentes parties lundi, 200 observateurs de l'UE doivent être déployés sur le terrain, en plus de ceux de l'ONU et de l'OSCE présents depuis 1992. Un point considéré comme une avancée dans les négociations, Moscou rechignant jusqu'à présent à envoyer des observateurs supplémentaires. Cette question réglée, reste le débat sur la zone de déploiement de ces observateurs.
Quelle zone géographique?
Selon Sergueï Lavrov, la version de l'accord présentée lundi soir à Tbilissi par Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso - et signé par le chef d'Etat géorgien, Mikhaïl Saakachvili -, diffère sur ce point de celle - difficilement - acceptée par Moscou. Le document incriminé stipule que l'UE "se tient prête à déployer les observateurs sur tout le territoire géorgien". Or, la Russie croyait avoir obtenu que ceux-ci ne soient pas envoyés en Ossétie du Sud et en Abkhazie, régions que Moscou considèrent désormais comme indépendantes.
Pour Sergueï Lavrov, "c'est une tentative éhontée de ne pas expliquer honnêtement au président géorgien Mikhaïl Saakachvili les engagements pris par la Russie et l'Union européenne". Et de préciser: les observateurs "seront déployés juste autour de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, et non pas à l'intérieur de ces territoires où seront déployés ceux de l'ONU et de l'OSCE en nombre égal à celui d'avant le 7 août (date du début du conflit, ndlr)". La conclusion du chef de la diplomatie russe est sans appel: "Ce qui s'est passé à Tbilissi et ce qui a été dit à Tbilissi n'a absolument pas d'importance."
Un message clairement adressé à Nicolas Sarkozy. Lundi, le président français avait assuré que "dans l'esprit du texte" négocié avec la Russie, les 200 observateurs avaient "vocation à entrer en Abkhazie et en Ossétie du Sud pour observer, pour raconter et pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets". Une position réaffirmée mardi, via le Quai d'Orsay. "Il n'y a pas besoin de feu vert des Russes (...) C'est acquis. La question c'est à quel moment exact", a ainsi commenté le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eric Chevallier.
Une joute verbale qui trouve son origine dans les lacunes même du texte signé lundi. La zone géographique de déploiement n'est pas précisée. "L'Union européenne, en tant que garante du principe de non-recours à la force, prépare activement le déploiement d'une mission d'observation en complément des mécanismes d'observation existants", peut-on lire dans la version signée à Moscou. Interrogé mercredi après-midi sur ce point, Javier Solana, le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, n'a pu que reconnaître cet "oubli", confirmant que la question n'avait pas été débattue lundi. Elle est pourtant fondamentale: si l'UE ne peut pas aller en Ossétie du Sud et en Abkhazie, Tbilissi, ou d'autres - les Etats-Unis, les pays Baltes, l'Ukraine... - pourraient l'accuser de légitimer, par défaut, la présence de la Russie dans ces deux régions. Nicolas Sarkozy n'a semble-t-il pas pu - ou pas su - retenir la leçon du précédent accord. Celui-ci ne mentionnait pas le respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie. Les agissements des troupes russes qui s'en sont suivis ont révélé, avec force, les conséquences potentielles de l'absence de précision.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.