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Géorgie: Moscou fait cavalier seul

Publié le 10 août 2008 à 12h29 par

La Russie est restée sourde aux appels au calme de la communauté internationale. Dans la nuit, l'aviation russe a intensifié ses frappes, visant des cibles près de Tbilissi. Dimanche, un nouveau front s'est ouvert à l'ouest de la Géorgie, en Abkhazie. Sous le feu russe, l'armée géorgienne se retire progressivement de l'Ossétie du Sud. Aucune résolution n'a encore été votée à l'ONU.

Les soldats géorgiens ont quitté dimanche la capitale de l'Ossétie du Sud. La Russie a pris le contrôle de la ville. - Reuters
Les soldats géorgiens ont quitté dimanche la capitale de l'Ossétie du Sud. La Russie a pris le contrôle de la ville. (Reuters)


Tbilissi fait un pas, Moscou recule de deux. Dimanche, l'armée géorgienne a annoncé son retrait d'Ossétie du Sud. Les soldats ont d'abord commencé par évacuer la "capitale", Tskhinvali. Le retrait du reste de la région se fait progressivement. La ville de Gori, située à la "frontière" entre l'Ossétie du Sud et la Géorgie, est encore le théâtre d'intenses combats entre soldats russes et géorgiens. Moscou a confirmé que le retrait était engagé. "La Russie a encore intensifié son agression dans la nuit utilisant des armes à une échelle sans précédent. Dans ces conditions, nos forces ont conduit un redéploiement", a commenté le chef du Conseil, Alexandre Lomaia, pour expliquer le retrait géorgien. Tbilissi précise toutefois que celui-ci n'est en rien synonyme de défaite et que ses soldats continueront à se battre en territoire ossète.

La Russie, elle, durcit son emprise. Selon Tbilissi, l'armée russe a désormais pris le contrôle de Tskhinvali. La flotte russe a quant à elle instauré un blocus maritime de la Géorgie. Selon l'agence de presse russe Interfax, le croiseur lance-missiles Moskva et plusieurs bâtiments de la flotte de la Mer Noire ont été déployés pour empêcher tout acheminement d'armes vers la côte géorgienne. Dans la nuit de samedi à dimanche, Moscou a intensifié ses attaques, bombardant l'aérodrome militaire situé non loin de la capitale géorgienne. Aucune victime n'est à déplorer. Par ailleurs, selon le gouvernement géorgien, 10 000 soldats russes supplémentaires ont été envoyés en Géorgie. Tbilissi a par ailleurs démenti tout accord humanitaire avec la Russie sur la création de deux couloirs destinés à évacuer les blessés.

Nouveau front à l'ouest

Dimanche matin, les autorités géorgiennes disaient craindre une "nouvelle agression" en Abkhazie, autre région de Géorgie aux velléités indépendantistes. Des craintes confirmées quelques heures plus tard. A la mi-journée, l'aviation russe, soutenue au sol par les séparatistes abkhazes, a lancé l'assaut contre la vallée de Kodori, où se trouvent les positions géorgiennes, dans l'ouest du pays. Le dirigeant abkhaze, Sergueï Bagapch, a mobilisé les réservistes et placé ses soldats en état d'alerte. Déjà samedi, des séparatistes abkhazes, soutenus par Moscou, avaient lancé une attaque aérienne et terrestre contre les forces géorgiennes, aussitôt repoussée.

Dans ce contexte, Tbilissi dit redouter une "catastrophe humanitaire". Dimanche, la Géorgie a demandé aux Etats-Unis de faire office de médiateurs dans la crise avec la Russie. La communauté internationale craint désormais l'extension du conflit. Et même l'exacerbation des tensions entre pro-occidentaux et pro-russes. Alors que samedi, Moscou avait accusé l'Ukraine de soutenir la Géorgie, dimanche, Kiev a fait savoir qu'elle se réservait le droit d'interdire aux navires russes dépêchés en Géorgie de revenir dans leur port d'attache ukrainien de Sébastopol, et ce, "tant que le conflit ne sera pas résolu".

Le risque d'embrasement semble réel. Et ce d'autant plus, qu'au niveau diplomatique, rien ne bouge. Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se sont une nouvelle fois quittés sans qu'aucune résolution n'ait été votée. Un projet de déclaration appelant à l'arrêt des hostilités a été élaboré mais les pays membres ne sont pas parvenus à surmonter leurs profondes divisions. La Russie, qui dispose d'un droit de veto à l'ONU, s'est notamment opposée à toute résolution appelant à un cessez-le-feu. Entre Moscou et Washington, le ton monde. Le vice-représentant permanent des Etats-Unis à l'ONU, Alejandro Wolff, a laissé entendre que la Maison blanche considérait la Russie comme responsable de l'escalade du conflit dans la région. "La principale cause est l'escalade massive provoquée par des forces extérieures", a-t-il ainsi déclaré. Dimanche, les Etats-Unis ont mis en garde la Russie du danger de voir leurs relations se détériorer. Réponse de Moscou, via son représentant à l'ONU: l'opération militaire russe en Ossétie du Sud est autant légitime que l'intervention de l'Otan au Kosovo en 1999. Le dialogue de sourds se poursuit.

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