"Il a été vu comme un sauveur"
Publié le 22 juin 2008 à 14h00 par
Déjà , à Neuilly-sur-Seine, il était le chouchou de la communauté. Le département des Hauts-de-Seine, que Nicolas Sarkozy a longtemps présidé, compte une très importante communauté juive. Attitude "clientéliste", comme l'affirme un de ses opposants sur place? Pas seulement. Sarkozy a toujours su séduire les électeurs juifs plus qu'aucun autre dirigeant de la Ve République.

Les relations de Nicolas Sarkozy avec la communauté juive de France ont toujours été bonnes. (Reuters)
Son grand-père maternel, Benedict Mallah, était un juif grec de Salonique, mais sa mère ne l'est pas. Contrairement à l'insistante rumeur véhiculée par les milieux d'extrême droite, Nicolas Sarkozy n'est donc pas juif. Mais il n'a jamais caché une certaine proximité. En 1995, dans son livre Au bout de la passion, l'équilibre, il écrivait: "Je suis de religion catholique et je me sens proche de la communauté juive [...]. J'aime l'attachement des minorités à leur culture, à leur famille." Autant de déclarations d'amour qui ont amené une bonne partie de la communauté à voter pour lui en 2007. "Elle s'est donnée complètement à Nicolas sans qu'il ait eu besoin de la draguer", s'est ainsi félicité le député (UMP) de Paris, Pierre Lellouche.
Après Neuilly, c'est au ministère de l'Intérieur que le futur président a consolidé sa relation avec les quelque 500 000 juifs de France, la troisième plus grande communauté au monde après Israël et les Etats-Unis. Au début des années 2000, la deuxième Intifada s'invite en France. Des juifs sont agressés, les portes de leurs appartements sont taguées de croix gammées. Des enfants sont bousculés à la sortie des écoles malgré les consignes des enseignants qui leur demandent de ranger leur kippa dans leur sac. De très nombreux juifs ont le sentiment d'être abandonnés par le gouvernement de Lionel Jospin, accusé de ne pas mesurer leur peur, ni de prendre les mesures appropriées.
"Une passion qui échappe à la raison"
"La communauté a alors pu penser qu'elle ne faisait plus partie de la nation française", se souvient l'universitaire Raphaël Draï, professeur de sciences politiques à Aix-Marseille et auteur de Sous le signe de Sion, le nouvel antisémitisme est arrivé. Nommé à l'Intérieur en 2002, Sarkozy saura restaurer la confiance et profiter du malaise ambiant. Il reçoit les autorités religieuses et administratives juives, visite les associations victimes d'actes antisémites. "Plus qu'un homme politique, il a été vu comme un sauveur, suscitant une passion qui échappe à la raison", reconnaît l'ancien président de l'Union des étudiants juifs de France, Patrick Klugman. "Il y a eu une passion juive à son égard qui a culminé en mai 2007", concède un influent membre de la communauté classé à gauche.
Elu président de la République, Nicolas Sarkozy continue de rassurer des électeurs traumatisés par les révélations sur le passé vichyste de François Mitterrand et la politique dite pro-arabe de Jacques Chirac. Certes, le premier avait aussi prononcé un discours mémorable à la Knesset en 1982. Et le second, à peine élu en 1995, reconnaissait dans son "discours du Vel'd'Hiv" que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français".
Mais son successeur est porté au pinacle. Il apporte le soutien de la France à la création d'un musée des juifs de Pologne à Varsovie. La visite d'Etat de Shimon Peres, président de la République d'Israël, est la première du quinquennat. En février dernier, Sarkozy est le premier Président à s'inviter au dîner annuel du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France. La tradition veut que le Premier ministre en soit chaque année l'invité d'honneur. C'est lors de cette réception que Nicolas Sarkozy fait sensation, en proposant que chaque enfant de CM2 porte la mémoire d'un enfant mort en déportation.
Officiellement abandonnée cette semaine et sévèrement critiquée à l'époque, notamment par Simone Veil, l'initiative vient fragiliser la belle histoire d'amitié. Déjà , la visite du colonel Kadhafi à Paris, "totalement incompréhensible" selon David Fuchs, secrétaire général du cercle Bernard-Lazare, a laissé des traces. La réception en grande pompe d'un des pires ennemis d'Israël a choqué. "S'ajoutent à cela l'étalage de la vie privée du président, Cécilia, Carla, la baisse du pouvoir d'achat, les hésitations, autant de thèmes qui déplaisent évidemment tout autant aux juifs qu'au reste de la population", relève Raphaël Draï.
Puis survient l'invitation du président syrien Bachar al-Assad aux cérémonies du 14-Juillet. Celle de trop? "Je m'interroge, confie Richard Prasquier, le président du Crif. Après Kadhafi, el-Assad... Peut-être cette initiative aidera-t-elle au rapprochement entre Israël et la Syrie ? Peut-être le président syrien est-il le nouveau Sadate ? Je suis sceptique mais je ne demande qu'à me tromper. Mais si al-Assad trône dans la tribune officielle le 14-Juillet puis rentre en Syrie en se targuant de n'avoir pas dit un mot aux Israéliens, ridiculisant tout le monde, comme Kadhafi avec le projet d'Union méditerranéenne, cela coûtera cher à la France en termes d'image." Et à Nicolas Sarkozy, en termes de popularité et de crédibilité.
Articles sur le même thème
Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.

Il n'y a pas de commentaires pour le moment.