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Iran : Pas de bombe en vue

Publié le 29 octobre 2007 à 12h19 par

La menace iranienne aurait-elle été surestimée? Oui, selon Mohammed El Baradei. Pour le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, rien ne prouve en l'état que le régime iranien cherche à se doter de l'arme nucléaire. Et quand bien même ce serait le cas, la menace n'interviendrait qu'"entre 3 et 8 années". Les Américains sont donc invités à tempérer leurs ardeurs.

Pour Mohammed El Baradei, directeur de l'AIEA, rien ne prouve que l'Iran cherche à se doter de la bombe atomique. - Maxppp
Pour Mohammed El Baradei, directeur de l'AIEA, rien ne prouve que l'Iran cherche à se doter de la bombe atomique. (Maxppp)
La menace iranienne aurait-elle été surestimée? Oui, selon Mohammed El Baradei. Pour le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, rien ne prouve en l'état que le régime iranien cherche à se doter de l'arme nucléaire. Et quand bien même ce serait le cas, la menace n'interviendrait qu'"entre 3 et 8 années". Les Américains sont donc invités à tempérer leurs ardeurs.

Après l'Irak, l'Iran? Déjà pointés du doigt en raison de l'absence d'armes de destruction massive en Irak – l'argument principal de l'intervention militaire américaine dans le pays de Saddam Hussein -, les Etats-Unis sont invités à se montrer plus regardants sur la réalité du programme nucléaire iranien. Présenté comme la nouvelle terreur mondiale eu égard à son programme d'enrichissement d'uranium visant, soi-disant, à se doter de l'arme nucléaire, l'Iran ne serait finalement pas aussi coupable que ne veulent bien le laisser croire les Américains. C'est en tout cas ce qu'a déclaré dimanche Mohammed El Baradeï, sur la chaîne de télévision américaine CNN. Selon le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), il n'a "reçu aucune information sur un programme nucléaire militaire concret et en activité à ce jour."

Mohammed El Baradei a décidé de taper du poing sur la table. Après le raid israélien visant un site soupçonné d'abriter des activités nucléaires en Syrie, le prix Nobel de la paix avait fait connaître sa vive réprobation. "Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas reçu la moindre information sur des activités nucléaires (en Syrie), des activités nucléaires clandestines (...) Nous avons un système, si des pays ont des informations selon lesquelles un pays travaille sur un programme lié au nucléaire, ils doivent venir nous voir. Mais bombarder d'abord et poser des questions ensuite, je pense que cela mine le système et n'apporte aucune solution", déclarait-il alors, visiblement très contrarié. Et après Israël, c'est au tour des Etats-Unis d'être gentiment rappelés à l'ordre.

El Baradeï: "Avons-nous vu un programme actif de militarisation du nucléaire ? Non"

"Je veux détourner les gens de l'idée que l'Iran sera une menace dès demain, et que nous nous trouvons maintenant devant la question de savoir s'il faut bombarder l'Iran ou le laisser avoir la bombe. Nous ne sommes pas du tout dans cette situation", a déclaré M. El Baradeï, avant d'en remettre une couche, histoire que les choses soient bien claires pour tous: "Il y a toujours beaucoup de points d'interrogation. Mais avons-nous vu en Iran les éléments nucléaires qui peuvent être rapidement transformés en arme ? Non. Avons-nous vu un programme actif de militarisation du nucléaire ? Non". Il a ensuite tenu à préciser que l'Iran ne sera pas une "menace dès demain" et qu'il faudrait "entre trois et huit années" à Téhéran pour se doter de l'arme atomique. Un temps suffisant selon lui "pour utiliser tous les outils de la diplomatie" et ne pas en arriver à une action militaire d'envergure. D'ailleurs, les récentes menaces américaines de voir s'enclencher prochainement une troisième guerre mondiale ne font que jeter "de l'huile sur le feu".

Ancien chef des inspecteurs de l'ONU en Irak, Hans Blix abonde dans le sens d'El Baradeï: "Les Etats-Unis ne disposent d'aucun document permettant de prouver une ingérence iranienne dans les affaires intérieures de l'Irak ni une dérive militaire du programme nucléaire iranien", a-t-il affirmé dans un entretien accordé à la chaîne de télévision arabe Al-Jazeera. Des voix discordantes se font toutefois entendre, et pas seulement venant de Russie.

Lors d'une conférence de presse organisée à Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, Hervé Morin, ministre de la défense, a en effet contredit El Baradeï car "nos renseignements, corroborés par ceux d'autres pays, nous donnent le sentiment contraire", a-t-il expliqué, s'inscrivant ainsi sur les traces de Bernard Kouchner, avant de préciser que "si Baradeï a raison, il n'y a aucune raison que l'Iran n'autorise pas l'AIEA à effectuer des contrôles" de ses installations nucléaires. Si "la perspective de la guerre est une perspective qui, pour la France, n'existe pas", Morin demande toutefois que "de nouvelles sanctions financières soient adoptées tant par l'ONU que par l'UE", sans exclure "des sanctions unilatérales." Lundi, le directeur général adjoint de l'AIEA, Olli Heinonen est arrivé à Téhéran pour poursuivre les discussions. Autant dire qu'il marche sur des oeufs.


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