Israël: Bush joue les prophètes
Publié le 15 mai 2008 à 22h01 par
Au deuxième jour de sa visite d'Etat en Israël, George Bush s'est exprimé jeudi devant la Knesset. Après avoir réaffirmé l'attachement de son pays à l'Etat hébreu, le président américain a donné une vision totalement idyllique du Proche-Orient dans une soixantaine d'année. Ceci alors que les Palestiniens célèbrent avec tristesse le 60e anniversaire de leur "Nakba" ("Catastrophe").

George Bush a réaffirmé devant la Knesset l'amitié entre Israël et les Etats-Unis. (Reuters)
George Bush semble avoir l'optimisme chevillé au corps. Devant la Knesset, le président américain, au lendemain de son arrivée en Israël, s'est projeté dans l'avenir. "Ainsi, alors que nous marquons les 60 ans écoulés depuis la création d'Israël, essayons d'envisager la région dans soixante ans", a-t-il lancé devant les députés israéliens, avant de proposer, selon ses propres termes, "une vision audacieuse dont certains diront qu'elle ne pourra jamais se réaliser". Un euphémisme, tant celui qui quittera la Maison blanche en janvier 2009 a donné dans l'idyllique.
"Israël fêtera son 120e anniversaire en tant que l'une des plus grandes démocraties du monde" et "les Palestiniens auront une patrie, un Etat démocratique régi par la loi, qui respectera les droits de l'homme et rejettera le terrorisme", a-t-il lancé. "Du Caire à Ryad et de Bagdad à Beyrouth, on vivra dans des sociétés libres et indépendantes". L'Iran et la Syrie "seront des pays pacifiques, où l'oppression actuelle ne sera plus qu'un souvenir". Les islamistes d'Al-Qaïda, du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien "seront vaincus à mesure que les musulmans de la région constateront la vacuité de la vision des terroristes."
Un discours lyrique que les parlementaires israéliens ont accueilli par des applaudissements nourris. D'autant que George W. Bush a réaffirmé avec force le soutien des Etats-Unis à l'Etat hébreu. "Certains laissent entendre que si les Etats-Unis rompaient les liens avec Israël, tous les problèmes du Proche-Orient disparaîtraient, a déclaré le président américain. C'est là un argument éculé qui nourrit la propagande des ennemis de la paix et que l'Amérique rejette absolument." Puis, en référence au site de Massala, où quelque 960 zélotes juifs, hommes, femmes et enfants, se suicidèrent aux alentours de l'an 70 plutôt que de se rendre aux troupes romaines, George Bush s'est enflammé, sous l'ovation de la Knesset : "Sur ce site historique, les soldats israéliens font le serment que "Massada ne retombera jamais!". Citoyens d'Israël, Massada ne retombera jamais et l'Amérique se tiendra à vos côtés."
Dans le même temps, dans les territoires palestiniens, l'heure est à une autre célébration, beaucoup moins festive. A Ramallah, où siège l'Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée, la vie s'est arrêtée pendant deux minutes en souvenir de la "Nakba" ("Catastrophe"), qui désigne l'éviction de 700.000 Arabes en 1948, date de la création d'Israël. "Deux peuples vivent sur cette terre bien-aimée - l'un célèbre l'indépendance et l'autre se souvient avec souffrance de sa Nakba. Il est temps de mettre un terme à la Nakba du peuple palestinien", a déclaré dans un discours Mahmoud Abbas, le président palestinien.
Malgré les déclarations de bonne volonté dans les deux camps, les négociations entre Israéliens et Palestiniens, bien réelles, ne donnent pas de progrès tangibles. Surtout que le climat, d'un côté comme de l'autre, n'est pas propice. Côté Etat hébreu, les menaces judiciaires qui pèsent sur le Premier ministre Ehoud Olmert occultent tout. Côté palestinien, la partition de fait entre la Cisjordanie, dirigée par le Fatah du président Mahmoud Abbas, et la bande de Gaza, que contrôlent les islamistes du Hamas, beaucoup plus radicaux, brouille le message. Pour l'heure, la visite de George W. Bush dans la région n'a rien arrangé.
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