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Italie: L'armée contre le crime

Publié le 04 août 2008 à 17h56 par

Ce sont près de 3000 soldats qui ont pris lundi leurs quartiers dans les plus grandes villes italiennes. Afin de lutter contre l'insécurité, et pour éliminer les "peurs" de ses concitoyens, Silvio Berlusconi a décidé de mettre ses troupes dans les rues. Adoptée par la majorité des parlementaires affiliés au président du Conseil, la mesure crée la polémique à gauche et dans la société.

En Italie, quelque 3000 soldats vont investir les rues des grandes villes pour assurer la sécurité des habitants. - Reuters
En Italie, quelque 3000 soldats vont investir les rues des grandes villes pour assurer la sécurité des habitants. (Reuters)


Les bottes vont claquer cette semaine en Italie. Pour assurer la sécurité dans les plus grandes villes de la Péninsule, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi a mis son armée dans les rues. Moins d'une semaine après la promulgation d'un décret le 29 juillet par les ministres de l'Intérieur et de la Défense, quelque 3000 soldats ont notamment investi, lundi, les villes de Rome, Naples, Milan ou encore Turin. Ce déploiement sera progressif et se déroulera sur l'ensemble de la semaine. Les soldats ne devraient se retirer que d'ici un an. Habillés en "tenue de ville" -pantalon, et chemise d'uniforme-, équipés d'armes de poing, un millier d'entre eux vont patrouiller avec des policiers dans les plus grandes cités du pays. Un autre millier est chargé de protéger 71 sites "sensibles": le "Duomo de Milano" (la cathédrale de la cité lombarde), les ambassades des délégations arabes notamment, les consulats, les gares ou encore certaines églises.

Enfin, un dernier contingent doit remplacer la police pour surveiller l'extérieur des centres de rétention pour immigrés. Exemple: l'île sicilienne de Lampedusa qui voit arriver chaque jour des centaines de clandestins et où plus de 70 soldats de l'armée de l'air vont suppléer les gendarmes actuellement en poste. Rome sera la ville où le déploiement sera le plus important. En tout, 1000 hommes en armes vont investir la capitale. Mais le centre historique de la ville éternelle, déjà bien fourni en carabiniers, sera épargné. Personne ne devrait donc voir de pelotons devant le Colysée ou le Panthéon. Les militaires seront postés en "périphérie" et sur des sites dits "secondaires". Les touristes de l'esplanade de la basilique Saint-Jean-de-Latran ont déjà eu la surprise, lundi matin, de voir débarquer quelques militaires.

"Démagogie"

Pour beaucoup de responsables, cette opération est avant tout symbolique. Silvio Berlusconi l'a lui même expliqué, il s'agit essentiellement d'apaiser "les peurs" de ses compatriotes. "En 1992, 20 000 hommes avaient été déployés rien qu'en Sicile" afin d'ôter une épine du pied à la police, chargée de lutter de toutes ses forces contre la mafia, rappelle le général Mario Buscemi dans le quotidien La Repubblica. Alors, les trois petits contingents envoyés dans les rues de la grande botte ne représentent qu'un soutien "mineur", explique-t-il. Pour le ministre de l'Intérieur et membre du parti populiste de la Ligue du Nord, Roberto Maroni, c'est l'"exigence de donner aux citoyens une meilleure perception de la sécurité" qui impose cette opération. Le "postfasciste" Ignazio La Russa, membre de l'Alliance nationale et ministre de la Défense, avait déjà annoncé il y a plus d'un mois que, pour des "missions spécifiques et exceptionnelles de prévention de la criminalité", des militaires seraient mis à disposition des préfets. A droite, personne ne tique et l'ensemble des députés du camp Berlusconi, toujours droits dans leurs bottes, a donné son accord.

Par contre, à gauche et même dans la société, la polémique enfle. "Démagogie", "militarisation des villes", les accusations fusent de toutes parts. "Berlusconi poursuit une politique d'affaiblissement de la légalité", explique Franco Barbato, député d'un parti de l'opposition. Il voit dans cette opération "l' énième mise en scène du gouvernement". C'est même "inutile et sans effet" pour le sénateur et opposant Achille Serra. "Je vous rappelle que nous ne sommes pas à Beyrouth. Je me demande ce qu'un soldat fera face à un cambrioleur ou à un voyou", s'interroge-t-il. Antonio di Pietro, du parti de l'Italie des valeurs, va plus loin dans la caricature : "Nous aurons un militaire pour dix communes et que voulez-vous qu'il fasse à part aller au café avec le policier du coin ? On se moque de nous. Un militaire ne peut même pas faire un procès-verbal", dénonce-t-il.

Dans les villes, les nouveaux arrivants sont accueillis de manières très diverses. Les touristes sont soit inquiets, soit curieux. Déjà, dans la capitale, une pancarte "Free Rome" ("libérez Rome", en Français) peinte en noir et rouge, a été placardée en face du Colysée.

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