JO: Contrôle accru sur les médias
Publié le 05 août 2008 à 13h31 par
A trois jours du lancement des Jeux olympiques de Pékin, les autorités chinoises ont décidé de renforcer la sécurité dans le pays. La police a ainsi arrêté deux journalistes japonais qui enquêtaient sur la région du Xinjiang, où 16 policiers sont morts lundi dans un attentat. De quoi alimenter de nouvelles tensions avec les autorités nippones. Pékin a ensuite annoncé que l'accès à la place Tiananmen pour les journalistes étrangers serait fortement contrôlé.

Les autorités chinoises ont renforcé les mesures de sécurité, notamment sur la place Tiananmen. Ce lieu reste sensible depuis les affrontements de 1989. (Reuters)
Trois jours avant le lancement des Jeux olympiques à Pékin, les autorités chinoises ont annoncé un renforcement de leurs mesures de sécurité. Une décision qui intervient au lendemain de l'attentat qui a causé la mort de seize policiers dans la province du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays. Selon le bureau des transports, une campagne de contrôle des camions, bus, voies ou terminaux de transports, stations-services, a été lancée. Le site Internet de la région indique que "l'ensemble du réseau de transport de la région doit créer une atmosphère de sécurité", ajoutant qu'il s'agit d'une "directive urgente" émanant du gouvernement. Une réunion des responsables locaux s'est tenue pour "mettre en place les conditions globales et détaillées de la stabilité et de la sécurité du système de transport".
En effet, la région, qui abrite une communauté musulmane ouïgoure de huit millions de personnes, a été touchée par une violente attaque, lundi soir. Deux assaillants ont surgi d'un camion et lancé des bombes artisanales sur des policiers, tuant 16 d'entre eux, et blessant 16 autres. La minorité ouïgoure, qui souhaite obtenir l'établissement d'un "Turkestan oriental" indépendant, est présentée par Pékin comme une des principales menaces contre les Jeux olympiques qui s'ouvrent vendredi. Les deux hommes, un chauffeur de taxi et un marchand de légumes, militants séparatistes selon la chaîne de télévision CCTV, ont ainsi été arrêtés. L'un d'eux est hospitalisé après avoir eu un bras arraché par des explosifs qu'il manipulait.
Selon Shi Dagang, secrétaire du parti communiste chinois à Kashgar, "pour ces gens-là, la religion est plus importante que leur propre vie (...), alors ils veulent mener le djihad". CCTV ajoute que la police a ensuite saisi neuf bombes artisanales, un fusil et du matériel de propagande "prônant le djihad". Par ailleurs, dix-huit "agitateurs étrangers" ont été arrêtés, a déclaré le numéro un local du parti, lors d'une conférence de presse. Mais les mesures prises par les autorités chinoises ne semblent pas viser uniquement les auteurs de l'"incident".
Nouvelles tensions
Le soir même, alors qu'ils effectuaient un reportage dans la région du Xinjiang, deux journalistes japonais ont subi une interpellation musclée. Les deux hommes, un reporter et un photographe, travaillent pour une chaîne de télévision nippone. Selon les porte-parole de leurs employeurs, ils auraient été arrêtés près du poste de police de Kashgar, avant d'être placés en garde à vue. Les deux hommes disent avoir été battus au cours de leur détention qui a duré deux heures.
Les autorités japonaises ont aussitôt protesté contre ce cas présumé de bavure policière, faisant connaître leur indignation et leur volonté d'en référer à Pékin. Le porte-parole du gouvernement nippon, Nobutaka Machimura, a ainsi déclaré mardi, lors d'une conférence de presse: "Notre ambassade collecte actuellement des informations sur cette affaire. A mon sens, aucune erreur n'a été commise par les journalistes, et c'est pourquoi nous entendons protester vivement".
Accès contrôlé
Le renforcement de la sécurité à Pékin, ce sont aussi de lourdes mesures de précaution. Ainsi, l'accès des médias à la tristement célèbre place Tiananmen sera strictement encadré. Les autorités chinoises ont annoncé que les journalistes étrangers doivent s'inscrire 24 heures à l'avance pour filmer ou réaliser des interviews sur ce lieu pendant les Jeux olympiques. La municipalité a précisé, par ailleurs, que les médias étrangers devront se déplacer avec une escorte obligatoire et pénétrer sur la place par un accès situé sur le côté est.
Ces mesures ont été prises au lendemain de manifestations qui ont eu lieu sur la place. Une vingtaine de personnes expulsées de leur logement en 2003 du Centre de Pékin en prévision des Jeux olympiques ont protesté lundi. Ils n'ont toujours pas été indemnisés depuis, ou très faiblement. Un des manifestants a ainsi témoigné : "Nous ne nous opposons pas aux Jeux Olympiques. Mais détruire nos maisons pour ça, c'est mal". La police était alors arrivée sur place sans intervenir. La place Tiananmen reste un lieu sensible pour les autorités chinoises, notamment depuis la violente répression qui a eu lieu en 1989 contre les étudiants qui manifestaient en faveur de la démocratie.
Après le blocage de l'accès à certains sites Internet, il s'agit d'une nouvelle forme de censure pour les journalistes étrangers, en faveur de "reportages objectifs", selon les termes de Pékin. Mais alors que Pékin a annoncé avoir levé la censure sur tous les sites Internet pendant la durée des JO, Radio France International (RFI) a annoncé que la version en mandarin de son site n'était disponible dans le Centre de presse qu'en "accès limitée". En effet, selon la chaîne de radio, les internautes "peuvent uniquement télécharger la page d'accueil et écouter les émissions". Les sites Internet de la BBC et de la Deutsche Welle sont, pour leur part, totalement débloqués depuis le week-end dernier.
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