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Kaboul: Après la compassion...

Publié le 20 août 2008 à 6h50 par Marie DESNOS

Dans la nuit de lundi à mardi, dix soldats français sont morts dans une embuscade tendue par les taliban dans le centre de l'Afghanistan. Mardi, le ministre de la Défense, Hervé Morin, est revenu sur ce drame, réaffirmant toutefois que les troupes françaises poursuivraient leur mission. Nicolas Sarkozy est arrivé à Kaboul mercredi matin pour rendre hommage aux soldats victimes.

Hervé Morin, tout comme Nicolas Sarkozy, a réaffirmé que les troupes françaises resteraient en Afghanistan. - Reuters
Hervé Morin, tout comme Nicolas Sarkozy, a réaffirmé que les troupes françaises resteraient en Afghanistan. (Reuters)


Dans une conférence de presse commune, le ministre de la Défense, Hervé Morin, et le chef d'Etat major des armées, Jean-Louis Georgelin, ont donné des précisions sur les circonstances dans lesquelles dix soldats français sont morts en Afghanistan, dans la nuit de lundi à mardi. Ils menaient une mission conjointe avec les forces spéciales américaines et l'armée nationale afghane dans le district de Surobi, dans la région Centre, quand ils ont été pris dans une "embuscade de grande ampleur lancée par une petite centaine de taliban", en début de soirée, rapporte le ministre.

Vingt-et-un soldats français ont été blessés dans l'attaque. Leur état est "stable", selon Hervé Morin, et "leur pronostic vital n'est pas engagé." Ils ont été transférés à l'hôpital militaire français de Kaboul, et certains devraient être rapatriés dès aujourd'hui. Aucun mort n'a en revanche été signalé dans les rangs américain et afghan. Côté taliban, une trentaine d'insurgés ont péri. Les soldats français appartenaient au 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMA, 8 morts) basé à Castres (Tarn), au 2e Régiment étranger de parachutistes basé à Calvi (Haute-Corse, un mort), et au Régiment de marche du Tchad (2 morts). Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat chargé de la Défense et des anciens combattants, devait se rendre dans chacun de ces régiments mardi après-midi.

"Notre détermination est restée intacte"

Les combats ont duré toute la nuit – à 2h30, tous les membres du régiment étaient regroupés, les corps des victimes y compris - mais "l'ensemble des morts et des blessés l'ont été dans les premiers instants", a précisé Jean-Louis Georgelin. Les combats ont été "durs, intenses", a souligné Hervé Morin, et "nos soldats se sont battus avec courage et ténacité." Le ministre a par ailleurs tenu à "saluer leur mémoire", et à dire à leur famille et à leurs proches toute la "tristesse et la compassion de la communauté toute entière". Cet incident "nous rappelle de façon tragique la spécificité du métier des armes, (...) qui peut conduire jusqu'au sacrifice", a-t-il souligné. "Dès ce soir, j'accompagnerai le président à Kaboul pour rappeler à nos forces que la Nation est derrière elles."

Mais en dépit de leurs "pensées", "soutien" et "compassion", Hervé Morin, Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner ont chacun réaffirmé leur "détermination" à agir dans la région. "Notre détermination est restée intacte", a déclaré le ministre de la Défense. Selon lui, paraphrasant un communiqué de la présidence publié quelques heures plus tôt, ce "combat est nécessaire", car il défend une "cause juste". Celle des droits de l'Homme, des droits de la femme - "bafoués dans ce pays" - mais aussi celle de la sécurité en Afghanistan. La "pleine souveraineté" de ce pays, "qui se situe dans une zone fragile", (il est frontalier de l'Iran et du Pakistan), sa "stabilité", sont nécessaires pour "notre propre sécurité", a-t-il fait valoir. "A travers le retour de la paix en Afghanistan se joue une partie de la sécurité du monde." Et de dire son "entière confiance dans le professionnalisme de nos militaires."

Le renforcement du contingent français en Afghanistan contesté

Il s'agit de la plus lourde perte de l'armée française depuis le début de son intervention en Afghanistan en 2001, dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), sous commandement de l'Otan. Elle intervient de surcroît après une série d'attaques menées par les insurgés contre les forces de l'Otan. Interrogé sur ce regain de violence, Hervé Morin a estimé que la situation était "contrastée". Il a fait valoir une "nette amélioration" globale entre 2002 et 2005-2006, mais a avoué qu'aujourd'hui, s'il constatait une "amélioration très sensible dans certaines régions", il notait malheureusement une "dégradation dans d'autres secteurs". Du côté des progrès, il a notamment souligné l'augmentation du nombre d'enfants scolarisés et le meilleur accès aux soinx. Et si la situation s'est détériorée dans certains secteurs, c'est, explique-t-il, parce que les "taliban ont amélioré leur tactique". De même, Jean-Louis Georgelin a noté une "plus grande capacité des talibans à s'organiser".

Hervé Morin a par ailleurs tenu à souligner que les combats avaient eu lieu dans le district de Surobi, dans la région Centre, "et non dans la région Est, là où nous venons de nous installer". La région de Kapisa – celle où Nicolas Sarkozy avait annoncé un renforcement troupes lors du dernier sommet de l'Otan – est en effet sous commandement français depuis le 5 août. Le ministre espérait peut-être ainsi devancer les critiques. L'envoi de 700 hommes supplémentaires dans l'Est afghan, le 3 avril dernier, avait en effet été vivement contesté.

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