Kadhafi, visite et polémique
Publié le 08 décembre 2007 à 18h59 par
A moins de 48 heures de l'arrivée en France de Mouammar Kadhafi, la visite d'Etat du dirigeant libyen en France continue d'alimenter la polémique. Après Ségolène Royal ou François Bayrou vendredi, d'autres voix se sont élevées samedi pour dénoncer la venue de celui qui a critiqué la "dictature" de l'ONU. Nicolas Sarkozy, lui, s'est dit "heureux" de le recevoir.

Samedi, Nicolas Sarkozy s'est dit heureux d'accueillir Mouammar Kadhafi. (Reuters)
Rarement visite d'Etat aura autant prêté à polémique. Lundi, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi doit arriver à Paris, pour un séjour qui le verra s'entretenir, notamment, avec le président Nicolas Sarkozy et les députés de la majorité. Samedi, en marge du sommet euro-africain de Lisbonne, le président français a fait part de sa joie à deux jours de cette visite. "Je suis très heureux de vous recevoir à Paris", a dit Nicolas Sarkozy en arrivant dans la salle de conférence où étaient réunis les dirigeants des deux continents.
Une position que le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, avait déjà exprimée vendredi, expliquant que cette visite "marquera une étape significative dans le retour progressif de la Libye au sein de la communauté internationale qui a été rendu possible par un certain nombre de gestes politiques très importants". Des propos tenus avant que Kadhafi ne s'exprime depuis Lisbonne, pour se rendre l'auteur d'une déclaration très critique envers la diplomatie internationale. Vendredi soir, le dirigeant libyen a ainsi condamné la "dictature" du Conseil de sécurité des Nations unies. "Pourquoi réclamer la démocratie pour les Etats alors que la dictature règne aux Nations unies et qu'on ne peut l'instaurer au parlement mondial ?", a-t-il lancé, expliquant que ce déséquilibre nourrit les tensions internationales et le terrorisme, à l'image des attaques du 11 septembre 2001 sur les Etats-Unis. "C'était un acte fou mais ceux qui l'ont commis ne l'étaient pas", a-t-il plaidé. "Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait une réaction (...) Si nous n'affrontons pas la réalité, il faut en payer le prix."
Villepin: "Vigilants et responsables"
Des propos d'autant plus retentissants que les principales critiques envers Kadhafi s'articulent autour du terrorisme. "Grand terroriste" selon Ségolène Royal, "coupable d'actes de terrorisme parmi les plus cruels" selon François Bayrou (lire par ailleurs), le Guide de la révolution libyenne a de nouveau subi les foudres de l'opposition ce samedi. L'ancien Garde des sceaux Robert Badinter a ainsi regretté que la France accorde les honneurs officiels à Kadhafi. "Le colonel Kadhafi, c'est un terroriste, c'est un homme qui s'est inscrit dans l'histoire comme responsable d'un nombre importants d'attentats terroristes", a-t-il déclaré sur RTL. "Faire des affaires avec le colonel Kadhafi, c'est la loi économique mondiale, on est en période de globalisation, il faut que les affaires se poursuivent. Une chose est de passer des accords commerciaux, une autre chose est de recevoir chez soi en grande pompe, avec les plus grands honneurs le colonel Kadhafi, ça je le regrette", a-t-il ajouté. De son côté, le député socialiste Pierre Moscovici a estimé que la visite de Kadhafi était la contrepartie réelle à la libération des infirmières bulgares.
L'organisation Amnesty international a quant à elle demandé au président français de condamner les propos du dirigeant libyen, les relations entre les deux pays ne devant pas "occulter les violations graves des droits humains qui persistent dans ce pays". Après que l'UMP, par la voix de son secrétaire aux Affaires étrangères Thierry Mariani, eut demandé du "respect" pour Mouammar Kadhafi, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a également tenté de désamorcer la polémique. "Je n'oublie pas toutes les victimes de l'attentat du DC10 de l'UTA (dans lequel la responsabilité de la Libye a été reconnue par la justice, ndlr), je n'oublie pas l'épisode dramatique des infirmières bulgares (...) il faut donc être vigilants et responsables, en même temps accompagner l'ouverture de la Libye", a-t-il dit, concluant: "Je crois qu'il est tout à fait juste de le recevoir". Un avis que toute la classe politique ne partage pas.
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