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Karadzic décidé à se défendre

Publié le 31 juillet 2008 à 19h32 par

Première audience pour Radovan Karadzic jeudi devant le Tribunal pénal international. Se défendant seul, l'ancien chef des Serbes de Bosnie a déjà dénoncé des irrégularités dans son arrestation ou dans sa comparution devant la Cour de La Haye. Il a aussi évoqué le rôle des Etats-Unis, et notamment du négociateur Holbrooke, vis-à-vis de la surprenante clémence dont il a bénéficié entre 1995 et aujourd'hui.

Radovan Karadzic s'est présenté seul, sans avocat, à sa première audience au TPIY. - Maxppp
Radovan Karadzic s'est présenté seul, sans avocat, à sa première audience au TPIY. (Maxppp)


Enfin, il s'est exprimé. Et de façon sereine, de plus. Treize ans après sa dernière apparition en public, dix jours après son arrestation le 21 juillet dernier, Radovan Karadzic a comparu vendredi après-midi à la première audience de son procès au Tribunal pénal international (TPIY) de La Haye (Pays-Bas). La barbe rasé, les cheveux coupés et coiffés en arrière, les traits tirés, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie a écouté calmement le juge néerlandais Alphons Orie égrainer les onze chefs d'inculpation (de génocide, crimes de guerre et crime contre l'humanité, notamment) retenus depuis 1995 contre lui.

"Ces actions ont été accomplies en vue de détruire tout ou partie des populations civiles. Vous n'avez pas pris toutes les mesures raisonnables et nécessaires pour éviter ces crimes", a lancé le magistrat. "Je vous demande d'indiquer comment vous avez l'intention de plaider", a ensuite demandé le juge. Sans surprise et comme il l'avait annoncé, Radovan Karadzic a répondu qu'il se défendra seul, sans avocat à ses côtés. "J'ai un conseiller invisible mais j'ai décidé de me défendre moi-même", a-t-il expliqué, dans un sourire. Il a demandé à avoir accès au nouvel acte d'accusation que le parquet est en train de préparer pour l'étudier avant d'annoncer s'il plaide coupable ou non-coupable des charges retenues contre lui. Un délai légal lui accorde un mois pour annoncer sa décision.

Karadzic mouile les Etas-Unis

Après avoir répondu aux questions d'usage sur son état civil ou encore sur ses proches, l'ancien héros du nationalisme serbe a dénoncé le caractère de son arrestation. "A Belgrade, j'ai été arrêté illégalement, j'ai été kidnappé pendant trois jours par des civils inconnus. Je n'avais pas le droit à un appel téléphonique ni même à un SMS", a-t-il dit. Puis il a surenchérit en évoquant les "irrégularités de procédures" concernant sa comparution devant le TPIY. Toutefois, il a assuré contester "nullement ce tribunal".

Radovan Karadzic s'est justifié à propos de ces "irrégularités" en évoquant un "accord" passé avec le négociateur américain Richard Holbrooke lors de la signature des accords de Dayton (1995), qui ont mis fin à la guerre de Bosnie. "Mon engagement était de me retirer de la vie publique, même de la vie littéraire (...). En échange, les Etats-Unis rempliraient leurs obligations", a expliqué Karadzic, sous-entendant que Holbrooke lui avait alors promis de ne pas le livrer au TPIY. Ceci explique pourquoi les 60000 soldats de l'Otan alors basés en Bosnie-Herzégovine n'ont jamais interpellé l'ancien chef politique des Serbes de la région. A l'époque, il vivait au grand jour à Pale, capitale autoproclamée de la république serbe. Interrogé sur ces déclarations, le porte-parole du département d'Etat américain Sean McCormack a déclaré: "l'ambassadeur Holbrooke a déjà démenti de telles allégations par le passé". "C'est une vieille accusation que Karadzic a commencé à lancer en 1996", a confirmé Holbrooke. "Un tel accord aurait été immoral et contraire à l'éthique."

Sa sécurité menacée

Karadzic a accepté d'évoquer cet épisode dès sa première audience, sans pour autant en oublier les conséquences. Il a dit craindre pour sa sécurité et a expliqué que sa "mort est toujours souhaitée (...). Si Holbrooke veut ma mort et regrette qu'il n'y ait pas de condamnation à mort dans ce tribunal, je veux savoir si son bras est assez long pour m'atteindre ici", a-t-il dit. Cependant, il refusé que le procès se déroule à huis-clos. "Ma santé est parfaite, je n'ai pas besoin de huis-clos", a-t-il ajouté.

Le procureur en chef du TPIY, Serge Brammertz, a insisté sur sa volonté d'éviter un nouveau procès-fleuve, assurant que des leçons avaient été tirées depuis le procès de l'ancien président serbe Slobodan Milosevic, mort en détention en 2006 avant la conclusion des audiences. "Bien sûr, il faudra plusieurs mois avant que l'accusation et la défense soient prêts à commencer. Ce sera un procès complexe, mais nous sommes pleinement conscients de l'importance d'être efficaces", a-t-il déclaré mercredi à des journalistes. L'avocat de Karadzic a confirmé qu'il utiliserait bien les trente jours auxquels il a droit pour décider s'il plaide coupable ou non coupable. La prochaine audience est donc fixée au 29 août.

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