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Karadzic toujours impassible

Publié le 29 août 2008 à 17h33 par Vivien VERGNAUD (avec Reuters)

Au cours de sa deuxième comparution devant le tribunal pénal international de La Haye, Radovan Karadzic a réaffirmé qu'il se défendrait seul. Surtout, il a refusé de dire s'il plaidait coupable ou non coupable. Suivant son règlement, le TPIY a décidé pour lui et plaidera non coupable en son nom. L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie fait tout pour gagner du temps.

Radovan Karadzic a comparu vendredi pour la deuxième fois devant le Tribunal pénal international de La Haye. - Reuters
Radovan Karadzic a comparu vendredi pour la deuxième fois devant le Tribunal pénal international de La Haye. (Reuters)


Après un mois de réflexion, Radovan Karadzic n'a pas changé de position. L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie avait demandé et obtenu lors de sa première audience devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), le 31 juillet, un délai pour décider s'il plaiderait coupable ou non coupable. Invité vendredi à donner enfin sa réponse, Karadzic n'a pas fait durer ce faux suspense, puisque tout était couru d'avance. Le président du tribunal, Iain Bonomy, a lu le premier chef d'accusation pour génocide et a demandé au prévenu s'il avait décidé de plaider. "Je ne plaiderai pas conformément à mon point de vue en ce qui concerne ce tribunal", a sobrement répondu ce dernier. Prié de préciser si cette position s'appliquait à toutes les charges, Karadzic a répondu: "Tout à fait".

En conséquence, le magistrat a plaidé non coupable en son nom comme le prévoit le règlement du TPIY et cette décision s'applique sur l'ensemble des 11 chefs d'accusation pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. "Puis-je vous prendre au mot (...) en déduisant que je ne suis pas coupable?" a ironisé Karadzic. "Nous verrons en temps voulu", a répondu le magistrat britannique et forcément flegmatique. Au-delà de cet échange, l'ancien président des Serbes de Bosnie a confirmé son intention d'assurer lui-même sa défense et a encore une fois dénoncé un système "judiciaire illégitime". Et c'est ainsi que l'audience s'est terminée, après seulement une demi-heure d'échange.

Vers un procès fleuve?

Désormais, le procès va se concentrer sur des questions de procédures. Les procureurs ont annoncé leur intention de présenter un nouvel acte d'accusation. L'acte d'accusation qui a été utilisé vendredi date de 2000 et les magistrats souhaiteraient l'amender. Une version finale devrait être présentée fin septembre. Si c'est le cas, de nouvelles comparutions devront avoir lieu pour demander à Karadzic de plaider, retardant d'autant le début des audiences proprement dites. Pour sa part, Iain Bonomy a déclaré que toute modification de l'acte d'accusation devrait être présentée bien plus tôt, reflétant ainsi la volonté du TPIY d'éviter un procès-fleuve comme celui de l'ancien président serbe Slobodan Milosevic, transféré à La Haye en 2001 et mort en détention en 2006 avant la conclusion des audiences.

Pour aller plus vite, il faudra lutter contre Radovan Karadzic. Il s'efforcera sans doute, comme Milosevic, de retarder le début du procès et d'utiliser les audiences comme tribune pour présenter sa propre version du conflit. Avec son équipe d'"associés", l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie a mis au point sa défense et en avait déjà donné un avant-goût le 31 juillet, au cours de la première audience, qui avait duré plus d'une heure. Karadzic avait alors affirmé avoir passé il y a plus de dix ans un accord secret avec l'Américain Richard Holbrooke, ancien secrétaire d'Etat adjoint et principal architecte des accords de paix de Dayton en 1995 mettant fin à la guerre de Bosnie (1992-1995). Cet accord assurait à Karadzic l'impunité s'il acceptait de ne plus apparaître en public, avait-il expliqué. Holbrooke a vigoureusement démenti l'existence d'un tel pacte. Radovan Karadzic devrait revenir sur ce pacte au cours des prochaines audiences.


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