L'Arche de Zoé joue en défense
Publié le 07 novembre 2007 à 20h09 par
Les avocats des membres de L'Arche de Zoé inculpés et détenus au Tchad mettent en place leur défense. Mercredi, ils ont plaidé la bonne foi, expliquant que l'association n'avait pour but que de "sauver des enfants". Ils ont aussi critiqué les propos de Nicolas Sarkozy, qui a promis de ramener les accusés en France. Mots dont la France et le Tchad ont tenté de minimiser la portée.

Me Mario Stasi et Gilbert Collard plaident la bonne foi de leurs clients. (Reuters)
Après la "première" étape, qui a consisté à déterminer l'implication des uns et des autres, et débouché sur la libération de trois journalistes français et quatre hôtesses espagnoles, vient le coeur de l'affaire "Arche de Zoé". Celui qui va conduire au procès des dix personnes toujours inculpées par la justice tchadienne: les six membres français de l'association, les trois membres d'équipage espagnols, et le pilote belge. Mercredi, leurs avocats, arrivés à N'Djamena la veille, ont donc lancé leur stratégie de défense, en plaidant essentiellement la bonne foi. Après avoir essuyé de multiples condamnations orales pour leur geste, les membres de L'Arche de Zoé auront, vraisemblablement, des difficultés à défendre le déroulement de l'opération. "Ils sont peut-être au-delà des formes classiques", a ainsi reconnu leur avocat, Me Gilbert Collard. Mais, "vraiment, leur seul but était de sauver des enfants de l'horreur et de la mort, a-t-il ajouté. Ils restent convaincus que l'objectif était celui-là ."
Sur place, c'est d'ailleurs sous le nom de "Children Rescue" (Sauvetage d'enfants, ndlr) qu'ont opéré les humanitaires français. Aussi l'avocat essaie-t-il de plaider la bonne foi, et leur engagement pour une cause. "Ils espèrent vraiment pouvoir s'expliquer, pour démontrer que les charges n'existent pas et ils réaffirment (...) qu'ils ont agi dans un but humanitaire", a-t-il encore dit, à la sortie du tribunal de la capitale tchadienne. Un autre avocat, Me Mario Stasi, a quant à lui souligné qu'ils avaient bénéficié du concours de plusieurs agences onusiennes. Il a invité le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et l'Unicef à expliquer pourquoi ils avaient fourni tentes, vivres et moyens de transport à l'association. "De bonne foi, nous leur avons tendu la main. Parce que le but de leur mission, telle qu'il nous l'ont expliquée, était d'aider des enfants dans le besoin", a répondu Serge Male, responsable du HCR au Tchad interrogé par l'agence Reuters.
Fillon calme le jeu
Outre le plaidoyer en faveur de leurs clients, les avocats ont tenté de minimiser la polémique déclenchée par les propos de Nicolas Sarkozy, très critiqué, notamment, par l'opposition. Mardi, alors que le ministre tchadien de l'Intérieur prévenait que la justice serait rendue au Tchad, le chef de l'Etat déclarait qu'il irait personnellement "chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait". "Nous venons ici dans un rôle d'avocat, indépendamment de toute démarche politique qui nous est étrangère et qui, peut-être, ne nous aide pas dans la défense que nous avons à assumer", a souligné Me Stasi sur France Info. Le ministre tchadien de la Justice a également joué l'apaisement, s'en référant aux accords judiciaires existants, alors que la France tentait, en l'absence de Nicolas Sarkozy, de calmer le jeu. David Martinon, porte-parole de l'Elysée, a déclaré qu'un procès en France était souhaité, mais que cela "dépendait d'une décision des autorités judiciaires tchadiennes". Le Premier ministre, François Fillon, a également pris part au débat: "Ce que Nicolas Sarkozy a dit hier, au fond, avec ses mots, c'est que la France leur accorderait une protection totale." Et de souligner que des procédures ont aussi été engagées en France, pour "exercice illégal de la profession d'intermédiaire en vue de l'adoption". Pour celle-ci, les avocats ne pourront pas plaider la bonne foi.
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