L'ONU aboie, Mugabe passe
Publié le 25 juin 2008 à 12h29 par
Malgré des déclarations d'intention et une résolution non contraignante de l'ONU, la communauté internationale ne semble avoir ni l'intention ni les moyens d'imposer à Robert Mugabe un véritable processus démocratique. Malgré le retrait de l'opposition, le second tour de l'élection présidentielle devrait donc se tenir vendredi au Zimbabwe.

Mugabe ne semble pas inquiété par l'intense agitation diplomatique internationale. (Reuters)
Le Zimbabwe s'enfonce dans la crise. Sous les yeux du monde, mais dans une indifférence presque totale. Et ce n'est pourtant pas faute d'informations. Le leader du Mouvement démocratique citoyen (MDC), qui a brièvement quitté mercredi l'ambassade des Pays-Bas à Harare où il s'était réfugié dimanche, a fait parvenir au quotidien britannique The Guardian une lettre exhortant l'ONU à "aller plus loin que sa récente résolution", en envoyant une "force qui protège le peuple".
Seule la "droiture d'une force militaire" pourrait selon lui soutenir efficacement les "paroles d'indignation" des "dirigeants de la planète", en déployant un "bouclier protecteur autour du processus démocratique auquel aspire le Zimbabwe" et en mettant en oeuvre un " isolement actif du dictateur Mugabe". Dans l'après-midi, Tsvangirai a en outre appelé l'Union africaine et la SADC de "mener une initiative étendue soutenue par l'Onu pour superviser (...) un processus de transition". A ses appels à la communauté internationale, Tsvangirai n'a pour l'instant récolté pour toute réponse qu'une série de déclarations.
Ban Ki-moon a pour sa part prévenu que les conditions de la "tenue d'élections libres et justes" n'étant pas réunies, le résultat du second tour organisé ce mercredi serait pour le secrétaire général des Nations unies considéré comme illégitime. Et ne serait en conséquence pas reconnu par la communauté internationale. Une position confirmée dans l'après-midi pour la France par le porte-parole du quai d'Orsay. A Washington, George W. Bush se félicitait mardi de la "résolution forte" qui a selon lui permis à la communauté internationale de parler "très clairement, d'une même voix et dans l'unité". Et, déplorant les agissements du gouvernement zimbabwéen, d'imputer "sans hésiter toute la faute au président Mugabe". Une belle leçon de diplomatie pour l'heure aussi active que verbale.
Dans la foulée de son président, l'ambassadeur américain à Harare, James McGee, a lui engagé les pays d'Afrique australe à déclarer "illégitime" le régime Mugabe si le deuxième tour avait lieu. Les dirigeants de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) ont convoqué en urgence ce mercredi un sommet de crise à Mbabane, capitale du Swaziland, pour trouver une position commune et "tenter d'aider le Zimbabwe à sortir de son état conflictuel". Un sommet de crise auquel ni le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur régional dans le conflit entre gouvernement et opposition zimbabwéen, ni le Zambien Levy Mwanawasa, pourtant président de la SADC, n'ont participé. La SADC, à l'issue de cette réunion, a néanmoins elle aussi appelé Mugabe à reporter le second tour de l'élection.
Le Kenya a quant à lui plaidé pour une intervention étrangère, affirmant que le Zimbabwe risquait de connaître un scénario similaire à celui du Rwanda. "Le Zimbabwe est à ce stade une catastrophe en devenir", a prévenu le Premier ministre kényan Raila Odinga. L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel de la paix, a lui aussi milité pour l'envoi de soldats de maintien de la paix. Mugabe "s'est transformé en quelque chose d'assez incroyable. Il est vraiment devenu une sorte de Frankenstein pour son peuple", a lâché le prélat anglican sur la chaîne de télévision australienne ABC. La Grande-Bretagne, l'ex-puissance coloniale, a annoncé de son côté qu'elle préparait des sanctions contre un certain nombre de membres du gouvernment. A titre symbolique, déjà , Mugabe a été déchu mercredi par la reine Elizabeth II de son titre honoraire de chevalier de l'Empire britannique qui lui avait été décerné en 1994.
Beaucoup de bruit et d'agitation diplomatique qui ne semblent pas pour autant déboucher sur des mesures concrètes dans l'immédiat. Ni du côté des Nations unies, ni du côté des Etats africains. Le Zimbabwe est pour les premiers une preuve supplémentaire des limites de la diplomatie internationale, pour les seconds un énième terrain d'affrontements partisans. Simple hasard ou curiosité, Jacob Zuma, le président de l'ANC qui s'est prononcé pour une intervention rapide de l'ONU et de la SADC, est en Afrique du Sud un rival de Thabo Mbeki. Ban Ki-Moon ne croit pas si bien dire lorsqu'il déclare que les "enjeux dépassent largement les frontières du Zimbabwe". Mugabe a donc encore de beaux jours devant lui. A 84 ans, lui-même semblait bien serein devant ses partisans mardi: "L'Occident peut crier tant qu'il veut, l'élection aura lieu".
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