L'Ossétie du Sud sème le trouble
Publié le 11 septembre 2008 à 16h57 par Nicolas MOSCOVICI
Le leader de l'Ossétie du Sud a émis jeudi le souhait pour son territoire d'être rattaché à la Russie. Des propos qu'il a rapidement démentis avant que Moscou ne fasse de même. La Russie, en froid avec ses partenaires occidentaux après avoir reconnu l'indépendance de cette province géorgienne (et de l'Abkhazie), n'a pas souhaité aller plus loin dans la provocation.

Edouard Kokoïty a visiblement parlé trop vite. (Reuters)
La déclaration aurait pu mettre le feu aux poudres. "Sans aucun doute, nous ferons partie de la Russie et nous n'avons pas l'intention de créer une quelconque Ossétie indépendante", s'était épanché jeudi matin Edouard Kokoïty, leader de la province géorgienne séparatiste aux agences de presse russes - et proches du Kremlin -, Interfax et Ria Novosti. Des propos qui semblaient donc valider le projet d'un rapprochement avec les "frères" russes d'Ossétie du Nord, mais finalement corrigés quelques heures plus tard. "On m'a visiblement mal compris. Nous n'avons pas l'intention de renoncer à notre indépendance, obtenue au prix de sacrifices colossaux et l'Ossétie du Sud n'a pas l'intention d'entrer dans la Fédération de Russie", a-t-il expliqué dans une troublante volte-face.
Il faut dire qu'entre les deux séquences, Sergueï Lavrov avait fait part de son incrédulité: "L'Ossétie du Sud ne souhaite pas être rattachée à quiconque", avait affirmé le ministre russe des Affaires étrangères en conférence de presse. "Je ne sais pas d'où vous tenez cette information." Plus offensif, Vladimir Poutine est à son tour monté au créneau un peu plus tard en affirmant que son pays "n'a et n'aura aucune des ambitions impérialistes dont on essaie de nous accuser". "Nous n'avons aucune envie et aucune raison d'empiéter sur la souveraineté des anciennes républiques de l'URSS", a-t-il ajouté. Et de conclure, visiblement radouci: "Nous n'avons aucune divergence idéologique, aucune raison pour une guerre froide. Au contraire, nous avons beaucoup de problèmes communs, qu'on ne peut régler de façon efficace que par des efforts communs."
Des bases russes en Abkhazie?
Les dirigeants géorgiens et occidentaux peuvent donc souffler. Après le vent de panique qui avait suivi, le 26 août dernier, la reconnaissance par Moscou de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, le Kremlin ne semble finalement pas disposé à franchir un nouveau pas dans la provocation. Mais campe toutefois fermement sur ses positions. Mardi, après avoir reçu une délégation européenne emmenée par Nicolas Sarkozy, Dmitri Medvedev avait exclu de revenir sur la reconnaissance de l'indépendance des deux régions géorgiennes. "Nous avons fait un choix définitif et immuable", avait déclaré le chef de l'Etat russe.
Des propos qui coïncidaient avec l'instauration le même jour de relations diplomatiques et économiques entre son pays et les deux provinces. "Nous avons des tâches d'envergure à remplir: assurer le redressement post-conflictuel de l'Ossétie du Sud, garantir le fonctionnement de son économie et de celle de l'Abkhazie, et améliorer le niveau de vie de leur population", avait alors décliné l'incontournable Sergueï Lavrov, ajoutant que de troupes régulières russes – plus de 7000 hommes au total - seront, à la demande des administrations abkhaze et sud-ossète, stationnées sur place. Ce jeudi, l'Abkhazie a fait savoir que des bases militaires russes pourront même être installées sur son sol. de quoi ouvrir la voie à de nouvelles tensions avec Tbilissi, la capitale géorgienne, alors que dans le même temps, des associations humanitaires affirment que les Géorgiens de souche sont persécutés en Ossétie du Sud.
Quoi qu'il en soit, cajolées par Moscou, les deux provinces imaginent déjà pour elles un avenir radieux. "Le processus de reconnaissance (à l'ensemble de la communauté internationale, ndlr) s'amplifiera avec le temps", avait déclaré en ce sens, mardi toujours, Sergueï Chamba, le ministre abkhaze des Affaires étrangères. Or, ce chemin est le seul qui soit privilégié par le Kremlin. Car si la diplomatie russe déployée ces derniers mois dans le Caucase tend à offrir de solides gages à ses nouveaux "partenaires", elle est d'abord tournée vers un autre objectif, autrement plus capital: contrer les velléités "occidentales" de certains pays de l'ex-URSS, Géorgie et Ukraine en tête. Et dans ce cadre-là , l'intégration de nouveaux territoires apparaît pour l'instant inutile. N'en déplaise aux candidats potentiels.
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