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L'Union européenne mot à maux

Publié le 01 juillet 2008 à 21h30 par

La présidence française de l'Union européenne débute dans un climat de doute après le "non" irlandais au traité institutionnel de Lisbonne et la valse-hésitation polonaise. "La présidence française s'ouvre dans un contexte qui n'est pas facile", a admis Nicolas Sarkozy à l'issue d'un entretien avec José Manuel Barroso au Palais de l'Elysée. Le chef de l'Etat a six mois pour convaincre.

La France a pris pour six mois la présidence de l'Union européenne. - Reuters
La France a pris pour six mois la présidence de l'Union européenne. (Reuters)


"Dans une Europe une nouvelle fois à l'épreuve, nous devons plus que jamais faire l'Europe par la preuve", a déclaré José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Le président polonais Lech Kaczynski avait fait savoir dans la matinée qu'il n'entendait pas signer le traité de Lisbonne, pourtant approuvé par la Diète - une incertitude qui s'ajoute aux hésitations de la République tchèque. Nicolas Sarkozy, qui a négocié âprement en 2007 avec Lech Kaczynski le futur traité, a dit ne pas imaginer que son homologue de Varsovie "puisse remettre en cause sa propre signature" et confirmé qu'il prendrait prochainement contact avec lui.

Les dirigeants européens doivent assumer les choix qu'ils ont fait, a pour sa part déclaré José Manuel Barroso: "Vingt-sept Etats membres ont signé le traité de Lisbonne, c'est donc à 27 que nous devons achever ce que nous avons entrepris. Ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui, c'est de courage politique et d'un langage de vérité, et le président Sarkozy ne manque ni de l'un, ni de l'autre", a-t-il dit. Il a glissé dans sa déclaration un message à l'adresse de Nicolas Sarkozy, qui reprochait encore lundi soir sur France 3 à la Banque centrale européenne de trop se préoccuper de lutte contre l'inflation et pas assez de croissance économique. "Le courage politique, c'est aussi de ne pas céder à la tentation de rendre Bruxelles responsable de tous les maux à la moindre difficulté politique", a poursuivi José Manuel Barroso, qui a aussi insisté sur la nécessité de lutter contre l'inflation, "première menace qui pèse sur le pouvoir d'achat des citoyens".

Pas de marche nuptiale entre Mandelson et Sarkozy

Il a cependant assorti ce message d'un hommage à la volonté montrée, selon lui, par le président français d'"établir un autre type de relations avec les institutions communautaires. Ça ne veut pas dire qu'on soit toujours d'accord, mais je tiens à souligner l'esprit nouveau qu'il y a maintenant dans le rapport entre la France et les institutions européennes." Le président français a pour sa part salué l'"autorité" et la "compétence" du président de la Commission avec qui il a dit partager la même analyse "sur l'essentiel des dossiers. Je veux redire ma confiance personnelle dans le président Barroso", a dit Nicolas Sarkozy, qui a assuré "parfaitement" connaître la règle du jeu qui veut que la présidence de l'Union "soit au service de toute l'Europe et pas simplement du pays qui, provisoirement, préside l'UE."

Tous deux ont ensuite rejoint sous l'Arc de triomphe décoré aux couleurs de l'UE le président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering, le Haut-Représentant pour la politique étrangère Javier Solana, le gouvernement français, et les commissaires européens venus à la mi-journée de Bruxelles en Thalis. Tous les commissaires sauf un: le Britannique Peter Mandelson, chargé du commerce, avait déjà repris le train pour Marseille, qui accueille mercredi la 7e conférence des ministres du Commerce de la région euro-méditerranéenne. La "bête noire" de Nicolas Sarkozy a également boudé le dîner offert mardi soir par le chef de l'Etat aux commissaires européens à l'Elysée.

Dans la journée, Peter Mandelson avait poursuivi par l'intermédiaire de son porte-parole sa joute verbale avec le président français. Mardi soir, Nicolas Sarkozy a accusé le commissaire, et le directeur général de l'OMC, le Français Pascal Lamy, de vouloir accepter un accord sur le commerce international qui se solderait par une réduction de 20% de la production agricole européenne. Cette "nouvelle attaque" est "décevante", a répliqué Peter Power, porte-parole de Mandelson. "Une telle critique est erronée et injustifiée. A un moment difficile dans les négociations commerciales internationales, l'UE doit rester unie." Interrogé sur l'absence du Britannique à son dîner, Nicolas Sarkozy a ironisé : "Il devait avoir un calendrier chargé (...) C'est quelqu'un que je connais depuis bien longtemps, qui doit certainement être ravi de la publicité que je n'hésite pas à lui faire quand je suis en désaccord avec lui. J'aurais été ravi d'accueillir M. Mandelson", a-t-il ajouté.

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