La Géorgie inquiète le monde
Publié le 08 novembre 2007 à 16h36 par
Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence en Géorgie, la communauté internationale est inquiète. Le président Saakachvili justifie cette décision en raison d'une "très grave menace de troubles" et promet d'avancer la présidentielle au 5 janvier. Tbilissi tient Moscou pour responsable de la déstabilisation du pays. Des accusations inacceptables, selon la Russie.

Alors que l'état d'urgence a été proclamé, des policiers surveillent l'entrée du Parlement géorgien. (Reuters)
Au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence en Géorgie, le président Mikhaïl Saakachvili tente de rassurer la communauté internationale. Jeudi, dans un discours à la nation retransmis à la télévision publique, le chef de l'Etat a promis d'avancer l'élection présidentielle au 5 janvier 2008. Il a précisé qu'il organiserait le même jour un référendum pour fixer la date d'élections législatives anticipées. Ce que réclame l'opposition. Depuis une semaine, elle manifeste en ce sens dans les rues de la capitale Tbilissi. Elle reproche à Saakachvili sa dérive autoritaire et son implication dans des affaires de corruption.
Reste que jeudi, le pays était toujours en état d'urgence. La mesure devrait durer quinze jours. Le président de la petite république du Caucase a pris cette décision en raison d'une "très grave menace de troubles". Une référence aux manifestations de l'opposition. Le rassemblement de jeudi avait été réprimé dans la violence, plus de 200 personnes ont dû être hospitalisées.
"Inacceptables"
Jeudi, seule la télévision nationale avait le droit d'émettre. Les troupes ont pris position jeudi dans le centre de Tbilissi. Tous les rassemblements ont été interdits. Des mesures qui inquiètent la communauté internationale. L'Otan a ainsi exprimé sa préoccupation. "La déclaration de l'état d'urgence et la fermeture de médias en Géorgie, un pays partenaire de l'Alliance atlantique avec laquelle elle entretient un dialogue intensifié, sont particulièrement préoccupants et ne correspondent pas aux valeurs euro-atlantiques", a déclaré son secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer.
De son côté, Paris qualifie "d'inacceptables" les violences commises contre l'opposition ainsi que "les atteintes à la liberté de la presse et aux libertés individuelles". "Nous invitons les autorités géorgiennes à ouvrir le dialogue avec l'opposition afin de reprendre le cours du processus démocratique dans ce pays", a déclaré la porte-parole du Quai d'Orsay, Pascale Andréani, appelant les "forces politiques en présence à la retenue et au calme".
Bras de fer avec Moscou
La communauté internationale est d'autant plus inquiète que la situation politique en Géorgie, partie d'une crise interne, se transforme peu à peu en un nouveau bras de fer avec Moscou. Ainsi, mercredi soir, le président Saakachvili a estimé que "des responsables de haut rang au sein des services spéciaux russes" étaient "responsables de tout cela", à savoir des manifestations. Les relations entre Moscou et Tbilissi sont tendues depuis l'accession au pouvoir du pro-occidental Mikhaïl Saakachvili en 2003, porté par la "révolution des roses". Une élection synonyme de remise en cause de plusieurs siècles d'influence russe et de renforcement des liens avec l'Union européenne et les Etats-Unis. La Russie a depuis renforcé son soutien aux régions séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie-du-Sud et imposé un blocus commercial et des transports sur la Géorgie.
Les accusations de Tbilissi marquent donc une nouvelle étape dans ce bras de fer. Et ce d'autant plus qu'elles vont de pair avec des décisions concrètes : la Géorgie a rappelé mercredi son ambassadeur en Russie, convoqué l'ambassadeur russe à Tbilissi et expulsé trois diplomates russes. Des mesures qui n'ont pas manqué de faire réagir la Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a rejeté ces accusations et considéré qu'elles étaient une "provocation irresponsable" destinée à détourner l'attention des problèmes intérieurs". La réponse a été immédiate: trois diplomates géorgiens ont été expulsés de Russie jeudi.
Ironie du sort, Moscou s'est érigé jeudi en défenseur des droits de l'Homme. "Les images en provenance de Tbilissi que le monde entier a vu montrent ce qu'est la démocratie à la géorgienne: c'est la dispersion brutale, violente de manifestations pacifiques, la fermeture de médias libres, les violences contre les journalistes étrangers", a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, appelant la communauté internationale à "exhorter Tbilissi à cesser les violences, à respecter pleinement les droits de l'Homme et à résoudre ses problèmes politiques internes dans le respect de la Constitution". Un appel entendu par Paris, qui a demandé à Tbilissi d'éviter "l'escalade avec Moscou".
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