La Géorgie tance Moscou
Publié le 07 novembre 2007 à 21h03 par
Au sixième jour de manifestation de l'opposition, le président Saakachvili a proclamé l'état d'urgence dans tout le pays. "Nous avons eu affaire à une tentative de mener un coup de force et de semer le désordre", a précisé son Premier ministre. Un peu plus tôt, un rassemblement de 3 000 personnes avait été dispersé dans la violence. Le pouvoir géorgien y voit la main de la Russie.

A Tbilissi, les 3 000 manifestants ont été dispersés dans la violence. (Reuters)
Le pouvoir géorgien a trouvé mercredi soir sa réponse aux manifestations de l'opposition, qui paralysent depuis six jours la capitale Tbilissi: la proclamation de l'état d'urgence. L'annonce a été faite par le Premier ministre, Zourab Nogaïdéli, à la télévision nationale. Le ministre de l'Economie, Georgui Arveladze, a par la suite précisé que la mesure concernait l'ensemble du pays et ce, pour une durée de 15 jours. Tous les programmes d'information émanant des chaînes de télévision indépendantes ont été suspendus. Justifiant cette initiative, le Premier ministre a déclaré : "Nous avons eu affaire à une tentative de mener un coup de force et de semer le désordre." Peu avant, dans une allocution télévisée, le chef de l'Etat, Mikhail Saakachvili, avait lui évoqué une "très grave menace de troubles".
Les deux hommes font référence à la manifestation de l'après-midi, dispersée dans la violence par les forces de l'ordre. Près d'un millier de policiers, armés de matraques et de grenades lacrymogènes ont d'abord délogé la centaine de grévistes qui campaient devant l'Assemblée avant de s'en prendre aux 3 000 manifestants, venus dénoncer la dérive autoritariste du président pro-occidental Mikhail Saakachvili. Selon le ministre de la Santé, 250 personnes ont dû être admises dans les hôpitaux.
"Une provocation", selon Moscou
Le pouvoir géorgien voit derrière la mobilisation de l'opposition, la main de la Russie. "Des responsables de haut rang au sein des services spéciaux russes sont responsables de tout cela", a ainsi estimé le chef de l'Etat. Une déclaration qui n'est pas passée inaperçue à Moscou. Les relations entre les deux pays sont très tendues. Tbilissi a rappelé son ambassadeur en Russie, convoqué l'ambassadeur russe en Géorgie et expulsé trois diplomates russes. "A Moscou, nous considérons cette initiative de l'administration géorgienne comme une provocation. Une réponse adéquate y sera apportée", a réagi le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a par ailleurs dénoncé l'"hystérie antirusse" qui règne selon lui à Tbilissi.
De leur côté, les chefs de file de l'opposition géorgienne, qui, s'ils dénoncent les dérives de Saakachvili, n'ont jamais remis en cause sa ligne pro-occidentale, ont jugé ces allégations stupides et infondées. Ils ont par ailleurs déploré le recours à la force, preuve selon eux de la dérive autoritaire du régime. Mais l'opposition n'entend pas se démobiliser. Et ce d'autant plus que le président géorgien a annoncé dimanche qu'il excluait d'organiser des élections législatives anticipées, comme elle l'exigeait. Inquiète, l'Union européenne a fait savoir qu'elle dépêchait son émissaire spécial dans le sud du Caucase, Peter Semneby, en Géorgie pour y rencontrer toutes les parties concernées.
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