La guerre est lancée en Ossétie

Publié le 08 août 2008 à 08h06

Au lendemain du cessez-le-feu proposé par le président Saakachvili, la situation se détériore en Ossétie du Sud. Dans la nuit de jeudi à vendredi, les forces armées géorgiennes ont lancé une opération de grande envergure vers l'enclave indépendantiste. Les blindés encerclent déjà la capitale et sept autres villages ont été pris. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence.

Les blindés géorgiens encerclent la capitale d'Ossétie du Sud. - Reuters
Les blindés géorgiens encerclent la capitale d'Ossétie du Sud. (Reuters)


Pékin se fait voler la vedette. A quelques heures de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, la communauté internationale a les yeux tournés vers l'Ossétie du Sud. Dans la journée de jeudi, plus d'une dizaine de personnes ont trouvé la mort, ce qui poussait la Géorgie à solliciter des négociations pour ce vendredi. Changement de cap dans la nuit avec l'annonce par les médias géorgiens d'une attaque militaire d'envergure. Du côté des séparatistes, on crie à la trahison.

"Nous sommes obligés de rétablir l'ordre constitutionnel dans l'ensemble de la région". Mamouka Kourachvili, le commandant des forces de maintien de la paix géorgiennes en Ossétie du Sud, ne nie pas l'opération militaire lancée aux environs de 3 heures du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi. Alors que le président Mikhaïl Saakachvili plaidait la veille pour "arrêter cette folie", la Géorgie a décidé de passer à l'action. En cause, selon Tblissi, la poursuite des bombardements de villages géorgiens par les séparatistes ossètes. La Géorgie a donc décidé d'envoyer les blindés dans cette enclave qui a fait sécession en 1992, avec la bénédiction de Moscou. Et c'est ce dernier point qui inquiète la communauté internationale.

Ce conflit national laisse en effet planer le spectre d'un retour d'une guerre entre Russes et Géorgiens. Très tôt dans le conflit, les séparatistes ossètes ont toutefois annoncé ne pas avoir besoin du soutien de leur allié russe. Ce qui n'empêche pas Moscou de s'inviter dans le scénario, le ministère russe des Affaires étrangères accusant jeudi la Géorgie de "se préparer à la guerre". Si la Russie est pour le moment dans l'attente, le président de l'Abkhazie, autre province séparatiste de Géorgie, a quant à lui très vite annoncé "son soutien" à son voisin, dépêchant "des centaines" de volontaires pour se rendre sur place et se battre contre Tbilissi. Des volontaires russes ont également fait le déplacement. Et l'Ossétie risque d'en avoir besoin.

La Russie et les Etats-Unis appellent au calme

Selon les journalistes présents sur place, les combats sont en effet d'importance. Certains font même état d'explosions rouges et bleues, signe que les autorités géorgiennes utilisent des roquettes Katioucha. Des tirs nourris d'armes lourdes sont entendus ça et là. Si le bilan est plus que provisoire, au moins une vingtaine de personnes auraient déjà trouvé la mort. Un bilan qui devrait s'alourdir dans les heures à venir si les indépendantistes ne rendent pas les armes.

En quelques heures, l'armée géorgienne a ainsi réussi à encercler la capitale, Tskhinvali, puis à entrer dans le centre de la ville où des combats font rage. Sept villages ossètes sont également sous contrôle et des avions géorgiens continuent de bombarder des positions tenues par les séparatistes. Une escalade dans la violence qui a incité Moscou à sortir de sa réserve: "Il n'est pas trop tard pour empêcher un énorme bain de sang et de nouvelles victimes", a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. "La Russie va poursuivre ses efforts pour empêcher un bain de sang et ramener la paix en Ossétie du Sud". "Nous espérons que nos partenaires étrangers ne resteront pas impartiaux dans ce moment difficile où le sort de centaines de milliers de personnes est en jeu", poursuit le communiqué. "Les autorités géorgiennes devraient (...) retrouver des manières civilisées de résoudre des problèmes compliqués". Et quelques heures après le communiqué, les autorités géorgiennes annonçaient que trois avions russes avaient violé leur espace aérien et "largué des bombes"...

Sotchi, ville russe qui accueillera les Jeux olympiques de 2014, se trouvant à proximité de cette région, Moscou a pourtant tout intérêt à jouer l'apaisement. C'est dans cette optique qu'il a sollicité, et obtenu, que les membres du Conseil de sécurité de l'ONU se réunissent en urgence à New York. Débutée à 5 heures ce vendredi matin, la réunion n'a encore abouti sur aucune déclaration commune. Seuls les Etats-Unis ont appelé Moscou à faire pression sur les dirigeants d'Ossétie du Sud pour qu'ils cessent les combats. Une requête qui est vite tombée à l'eau. Après l'annonce de bombardements russes, Mikhaïl Saakachvili a réagi en mobilisant ses réservistes. Un signe clair. Et de son côté, depuis Pékin où il assistera à la cérémonie d'ouverture des Olympiades, Vladimir Poutine a déclaré que "la direction géorgienne a recouru à des actions très agressives en Ossétie du Sud; en fait elle a lancé une guerre en utilisant blindés et artillerie lourde", ce qui va impliquer "une réponse de la Russie". Une joute verbale qui inquiète. Sur demande de la Croix-rouge internationale, les autorités géorgiennes ont même ouvert un couloir humanitaire pour évacuer les civils. Et la guerre ne fait peut-être que commencer.

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