La Russie inflexible
Publié le 12 août 2008 à 8h29 par
Tandis que le conflit s'est étendu à l'Abkhazie et que, sous la pression russe, les forces géorgiennes ont reculé pour se poster autour de Tbilissi, le Kremlin reste sourd aux Occidentaux. Le cessez-le-feu que Nicolas Sarkozy entend proposer ce mardi à Moscou a d'ores et déjà été rejeté à l'ONU. Entre George Bush et Vladimir Poutine, c'est l'escalade verbale...

Sous la pression russe, les troupes géorgiennes se replient. (Reuters)
Lundi soir, c'était la débandade pour les troupes géorgiennes contraintes de se replier face une armée russe dont la puissance est sans commune mesure avec celle des troupes de l'Etat caucasien. Le conflit s'est élargi mardi à l'aube à l'Abkhazie, l'autre province géorgienne séparatiste. Des combattants rebelles ont en effet lancé une offensive pour chasser les forces géorgiennes de la vallée de Kodori, point d'entrée vers son territoire. "L'opération pour libérer la vallée de Kodori a commencé. Nos troupes progressent. Nous espérons une victoire.", a déclaré le ministre abkhaze des Affaires étrangères Sergueï Chamba.
Mises sur le reculoir, les troupes géorgiennes ont pris position autour de la capitale, Tbilissi, pour s'opposer à une éventuelle offensive russe. A en croire, George W. Bush, celle-ci est programmée. Le président américain a accusé en effet Moscou de vouloir renverser le gouvernement géorgien. Un responsable américain, parlant sous le sceau de l'anonymat, a quant à lui évoqué une "invasion" de la Géorgie. Selon le locataire de la Maison blanche, les forces russes auraient ainsi l'intention d'attaquer l'aéroport international de Tbilissi. "La Russie a envahi un Etat voisin souverain et menace un gouvernement démocratique élu par son peuple. Un tel acte est inacceptable au XXIe siècle", a déclaré Bush. "Les actions de la Russie cette semaine ont soulevé des doutes sérieux quant à ses intentions en Géorgie et dans la région. Ces actions ont substantiellement porté atteinte à la réputation de la Russie dans le monde. Et ces actions mettent en péril les relations de la Russie avec les Etats-Unis et l'Europe", a-t-il ajouté.
Poutine réplique à Bush
Tandis que des responsables russes affirmaient qu'ils n'avaient pas l'intention d'occuper le territoire géorgien en dehors de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, Vladimir Poutine n'est pas resté insensible à cette escalade verbale américaine. "La Guerre froide est terminée depuis longtemps mais la mentalité de la Guerre Froide s'est maintenue solidement dans l'esprit de plusieurs diplomates américains. C'est une honte", a répliqué le Premier ministre russe en première ligne sur ce dossier brûlant. Poutine qui reproche aux Occidentaux dans leur ensemble de faire une mauvaise lecture du conflit estimant que les agresseurs étaient les Géorgiens et que Washington se trompait de cible dans ses critiques contre la Russie et prenait les victimes pour des agresseurs.
Sur le plan diplomatique, le plan européen accepté lundi par la Géorgie semble mal parti. Le représentant russe au Conseil de sécurité de l'ONU l'a jugé inacceptable en l'état. "Je ne peux pas imaginer que nous acceptions ce projet de résolution", a déclaré Vitali Tchourkine insistant sur ses insuffisances, notamment l'absence de références à "à l'agression géorgienne ou aux atrocités géorgiennes". Il a toutefois dit que des modifications pourraient rendre ce plan acceptable par Moscou.
Marathon diplomatique pour Sarkozy
C'est ce que va tenter de faire Nicolas Sarkozy ce mardi à Moscou où il doit rencontrer Dmitri Medvedev avec l'espoir d'obtenir un accord de cessez-le-feu entre les deux pays. Après sa visite à Moscou, le président français doit se rendre, plus tard dans la journée, en Géorgie, pour un marathon diplomatique. Lundi, Bernard Kouchner avait obtenu l'accord du président Saakachvili pour le plan de sortie de crise français prévoyant la cessation des hostilités, le déploiement d'une force de maintien de la paix russo-géorgienne et le retour des troupes sur les positions antérieures au conflit.
De son côté, la Géorgie qui, par la voix de son président, Mikhail Saakachvili a affirmé que jamais elle ne se rendrait, est toutefois plus disposée à entendre les solutions diplomatiques, étant donnée sa situation militaire, même si le responsable par intérim de l'ambassade géorgienne à Londres appelle de ses voeux une intervention d'une force internationale de maintien de la paix, "qu'ils aient un mandat de l'ONU, ou idéalement de l'Union européenne". Difficile toutefois d'imaginer l'envoi de casques bleus dans la Caucase sachant que la Russie membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU y mettrait son veto.
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