La violence s'invite en Thaïlande
Publié le 29 août 2008 à 13h36 par Marie DESNOS (aver Reuters)
Au quatrième jour de la crise politique que traverse la Thaïlande, des heurts entre les policiers et les membres de l'Alliance populaire pour la démocratie (APD) ont été signalés et le siège du gouvernement est toujours occupé. La situation semble échapper au Premier ministre Samak Sundaravej - que les manifestants veulent renverser - bien qu'il essaie de prouver le contraire.

Des affrontements entre policiers et manifestants ont éclaté vendredi en Thaïlande. (Reuters)
Le bras de fer entre l'Alliance populaire pour la démocratie (APD) et le gouvernement se poursuit en Thaïlande. Quatre jours après le début de l'occupation du bâtiment qui abrite les bureaux du Premier ministre, les manifestants ne désarment pas. Ils accusent Samak Sundaravej d'être manipulé par son prédécesseur, Thaksin Shinawatra, et demandent sa démission. Selon l'APD, fervent défenseur de la royauté thaïlandaise, Thaskin - encore très influent dans le pays malgré le coup d'Etat qui l'a chassé du pouvoir en 2006 et son exil à Londres - cherche à instaurer la république. L'opposition veut donc renverser le gouvernement avant que le roi Bhumibol Adulyadej ne le soit.
Depuis mardi, ses membres occupent donc le siège du gouvernement, en dépit de la décision de justice prononcée mercredi, les enjoignant de quitter les lieux. Vendredi, cette décision a d'ailleurs été affichée dans l'enceinte du bâtiment occupé, et les policiers ont forcé trois des cinq grilles qu'avaient cadenassées les protestataires, a rapporté un journaliste de Reuters. Mais Samak Sundaravej continue d'affirmer que les forces de l'ordre ne recourront pas à la force. "La police s'en tient à mon ordre précédent. Ils sont allés sur place seulement pour délivrer l'injonction, non pour disperser les manifestants", a-t-il déclaré vendredi.
Bientôt l'Etat d'urgence?
La violence semble pourtant s'immiscer dans les manifestations, qui se multiplient à travers le pays. A tel point que certains conseillers du Premier ministre lui ont conseillé de décréter l'Etat d'urgence, qui permettrait à l'armée de rétablir l'ordre. Une option jugée excessive par le chef de l'armée, Anupong Paochinda, qui a lancé un appel au calme. "Un coup de force ne résoudrait rien. Cela ternirait l'image du pays et aggraverait la situation intérieure", a-t-il déclaré.
Plusieurs affrontements entre rebelles et forces de l'ordre ont été signalés, et la police a eu recours à des gaz lacrymogènes, selon des témoins. Dans l'après-midi, environ deux milliers de protestataires ont en outre pris d'assaut le QG de la police avant d'y être chassés. Sur un pont conduisant au bâtiment occupé, des centaines de policiers équipés de boucliers et de matraques avaient auparavant fait face à une barricade érigée par les partisans du PAD. Une quinzaine de manifestants ont été brièvement interpellés. Des mandats d'arrêt ont par ailleurs été émis à l'encontre de neuf personnes considérées comme les meneurs de cette manifestation antigouvernementale. Les manifestants s'en prenant aussi aux lignes ferroviaires et bloquant les routes, l'aéroport de Phuket, une destination touristique très prisée dans le Sud du pays, a été fermé, a fait savoir la compagnie Thai Airways.
"C'est le Jugement dernier. C'est la Révolution du peuple et nous devons gagner", a lancé Sondhi Limthongkul, dirigeant de la PAD, depuis une plateforme surplombant la "Maison du gouvernement". Deux ans après le putsch qui avait fait suite à plusieurs mois chaotiques, ce pays de la péninsule indochinoise semble à nouveau s'enfoncer dans la crise.
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