Le Tchad veut punir les Français
Publié le 28 octobre 2007 à 17h22 par
Après l'ouverture d'une cellule de crise en France concernant la polémique déclenchée par l'Arche de Zoé, la justice locale s'est saisie de l'affaire. Les neuf Français en garde à vue avec sept Espagnols devront répondre de leurs actes devant un juge tchadien. Si Paris a établi le contact avec les autorités, le président Idriss Déby est toujours décidé à punir "sévèrement".

Certains témoignages d'enfants confortent les craintes d'une opération illégale. (Reuters)
Coup dur pour les membres de l'association l'Arche de Zoé, toujours gardés à vue au Tchad, depuis jeudi. Dimanche, l'ambassadeur de France à N'Djamena, Bruno Foucher, a déclaré que les neuf Français soupçonnés de trafic d'enfants répondraient de leurs actes devant la justice tchadienne. Unanimement condamnée, l'action polémique de l'association pourrait valoir aux responsables une lourde peine. Idriss Déby a prévenu: les coupables seront "sévèrement punis". Le président tchadien s'est d'ailleurs entretenu avec son homologue français en fin d'après-midi. Selon David Martinon, le porte-parole de l'Elysée, Nicolas Sarkozy "a condamné cette opération qu'il a qualifiée d'illégale et d'inacceptable".
"Je pense que cette situation est scandaleuse. Nos efforts et ceux du gouvernement français se sont concentrés sur ces enfants emmenés de leurs villages et visent à ce que ceci ne se reproduise plus. C'était une opération totalement illégale", a déclaré pour sa part Foucher. Samedi, Bernard Kouchner a chargé Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme et aux Affaires étrangères, de diriger une cellule de crise. "Nous sommes complètement en accord avec le président (tchadien) Déby pour dire que cette opération n'avait pas lieu d'être", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse au Quai d'Orsay. Le bras droit du chef de la diplomatie française, qui a annulé sa visite en Asie, devra suivre de près les conséquences humanitaires de l'opération et devra veiller à l'état psychologique et sanitaire des 103 enfants supposés enlevés, dont certains sont toujours dans l'incompréhension totale.
"Les Blancs sont venus prendre des enfants de notre village"
"Mes parents étaient partis travailler dans les champs. Nous étions en train de jouer quand des Tchadiens sont venus et nous ont dit 'voilà des friandises, suis-nous jusqu'à Adré – au Tchad- et nous te ramènerons à la maison'. On nous a emmenés à l'hôpital d'Adré", a déclaré Osmane, un jeune garçon faisant partie du groupe.
Mariam, dix ans, a également raconté le déroulement de l'affaire. "Une voiture est venue avec deux Blancs et un Noir qui parlait arabe. Le conducteur a dit 'viens avec moi, je te donnerai de l'argent et des gâteaux puis je te ramènerai chez toi'. On nous a emmené dans la maison des Blancs et on nous a donné des médicaments, des petites pilules blanches, alors que je n'étais pas malade. Tous les enfants ont eu des médicaments. Ils nous ont dit que nous ne pourrions plus rentrer à la maison", a-t-elle dit. Idem pour Hamsa Brahim qui affirme quant à lui avoir quitté le village avec la bénédiction de son père, pour aller à l'école. "Les blancs sont venus, ils ont dit qu'ils nous inscriraient à l'école. Ils sont venus quatre fois prendre des enfants de notre village, beaucoup sont partis avec eux".
Même si l'Arche de Zoé continue de justifier son acte par la volonté de sauver des orphelins du conflit meurtrier du Darfour, les premiers témoignages des enfants confortent les craintes des observateurs et notamment de l'Unicef, qui recueille les déclarations des jeunes enfants depuis leur prise en charge à l'aéroport d'Abéché jeudi.
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