Les "approximations" de Yade ?
Publié le 29 octobre 2007 à 17h39 par
La toute jeune secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme entre de plain pied dans les subtilités de la politique. Après un premier "cafouillage" à l'occasion du squat d'Aubervilliers, un nouveau dossier plus que sensible échoit à Rama Yade: l'Arche de Zoé. La secrétaire d'Etat s'est quelque peu "contredite" dans une affaire complexe où il est difficile de démêler le faux du vrai.

Rama Yade recevait lundi des ONG humanitaires travaillant au Darfour pour évoquer l'affaire de l'Arche de Zoé. (Maxppp)
On la dit pétrie de qualités et faite pour la politique. Il faut dire que Rama Yade, 30 ans, est tombée dedans quand elle était petite: son père était le secrétaire particulier du président sénégalais Léopold Sédar Senghor... Femme de caractère et soucieuse, selon son discours, de certaines valeurs qu'elle ne partage pas avec la droite traditionnelle, Rama Yade avait ainsi été rappelée à l'ordre au mois de septembre par le Premier ministre, François Fillon, lors de l'expulsion des squatters d'Aubervilliers qu'elle avait visités et défendus.
Au mois d'octobre, Rama Yade s'était rendue au Soudan et au Darfour pour encourager la recherche d'une paix bien illusoire, jugée comme une priorité par la secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'homme. "Dans les camps, les gens ont peur. Leur situation ne change pas ou si peu, les ONG ont du mal à travailler et la tension est extrême", commentait Yade à son retour à Paris. Un voyage qui prend une résonnance particulière au moment où l'affaire de l'Arche de Zoé éclate.
"L'enfer est pavé de bonnes intentions"
Véritable imbroglio juridique, politique et diplomatique, la tentative par l'ONG d'exfiltrer 103 enfants tchadiens a tourné au fiasco le plus complet. Devant la complexité de l'affaire où il semble difficile de démêler le vrai du faux, les accusations tranchées de "trafic d'enfants" du président tchadien Idriss Déby et l'incompréhension de l'opinion publique, Rama Yade est montée au créneau en tant que directrice de la cellule d'urgence créée pour l'occasion. Dimanche, Rama Yade a déclaré que la France "avait tout fait pour que l'opération n'ait pas lieu et si elle a eu lieu, c'est de la manière la plus clandestine qui soit. Il y a eu des procédés de dissimulation évidents".
Dans le même temps dimanche, Rama Yade laissait entendre que c'était grâce aux informations fournies par la France que le gouvernement tchadien a pu empêcher, vraisemblablement, l'exfiltration des enfants, malgré donc les "procédés de dissimulation". La tentative de l'ONG a été qualifiée "d'illégale et d'inacceptable" par le président de la République et l'ensemble du gouvernement. Pour autant, la France, Rama Yade en tête, s'est engagée à tout faire pour "protéger ses ressortissants impliqués malgré les erreurs commises".
"L'action humanitaire nécessite un minimum de sérieux et de retenue. Il ne faut pas se lancer dans des opérations comme ça, même avec les meilleures intentions du monde", a déclaré Rama Yade sur Europe 1 lundi. "L'enfer est pavé de bonnes intentions et il est important qu'il y ait une responsabilité individuelle de ceux qui se lancent dans de telles d'opérations. La France étant bonne mère, nous serons auprès de ces ressortissants français pour les protéger au maximum, pour garantir leurs droits, et jamais nous ne les lâcherons", a dit Rama Yade qui, finalement, malgré des approximations qui le sont du fait de l'extrême sensibilité de l'affaire et du "coup d'éclat" fomenté par l'Arche de Zoé en contradiction avec les règles de l'adoption internationale, semble avoir plutôt bien maîtrisé son discours.
Une exploitation politique?
La garde à vue des neuf Français - six membres de l'association Arche de Zoé et trois journalistes - et des sept Espagnols détenus dans l'est du Tchad depuis jeudi prendra fin lundi soir. Rama Yade quant à elle, a tenu une réunion de travail avec les ONG et les organisations internationales humanitaires actives dans le domaine de la protection des enfants du Darfour, afin de faire le point sur les conséquences de l'affaire Arche de Zoé sur le travail humanitaire.
Selon Maître Gilbert Collard, avocat de l'ONG, toute cette affaire tient de "l'exploitation politique", N'Djamena l'utilisant pour retarder le déploiement d'une force internationale sur son territoire qu'a toujours refusé Idriss Déby. Dans cette affaire, le gouvernement français a "une marge de manoeuvre très étroite, il est comme ligoté", a estimé Gilbert Collard lors d'une conférence de presse à Marseille. "Dès l'instant où l'on est dans une situation d'exploitation politique, tout est possible. Tout le monde savait que cela allait se faire et il s'est passé quelque chose d'ordre politique", a-t-il ajouté.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, quant à lui, a mis en garde lundi les autorités françaises contre une instrumentalisation de l'affaire de L'Arche de Zoé par le président tchadien Idriss Déby. "Il faut faire attention de ne pas être sous la pression du président tchadien, qui joue peut-être une autre partie à cette occasion-là, qui prend cette affaire avec des finalités qui ne sont pas simplement qu'humanitaires", a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien avec le président Sarkozy, consacré au "traité simplifié" sur les institutions européennes.
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