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Les Taliban pressent le Pakistan

Publié le 21 août 2008 à 16h33 par Gaël VAILLANT

Un double-attentat a fait une soixantaine de morts dans le plus grand complexe militaro-industriel du Pakistan. Une attaque terroriste revendiquée par des taliban très actifs en ces temps de troubles politiques. Après la démission du président Pervez Musharraf lundi, la coalition s'entre-déchire déjà pour prendre sa place. L'armée reste attentive aux événements.

Le double-attentat a eu lieu à Wah, à une centaine de kilomètres des zones tribales tenues par les taliban. - Reuters
Le double-attentat a eu lieu à Wah, à une centaine de kilomètres des zones tribales tenues par les taliban. (Reuters)


A l'heure où les Pakistanais doivent trouver un successeur à Pervez Musharraf, qui a démissionné lundi dernier, les taliban semblent vouloir forcer leur choix. Ils ont revendiqué un double-attentat suicide qui a fait 59 morts, selon le dernier bilan des autorités. "Il y a aussi une soixantaine de blessés, dont un grand nombre sont dans un état critique", a dit Sardar Shahbaz, responsable de la police. Les kamikazes s'en sont pris au principal site militaro-industriel du pays, situé à Wah, à 30 km au nord-ouest de la capitale Islamabad. Le complexe emploie 25 000 personnes, réparties sur quinze usines. Selon les premiers éléments de l'enquête, les deux terroristes se fait explosé au milieu des ouvriers, qui quittaient les lieux à la fin de leur journée de travail. Mohid Ahmed, un étudiant qui était non loin d'un des lieux du drame, a décrit la situation à la BBC: "Les deux explosions ont eu lieu à dix minutes d'intervalles, aux deux sorties opposées d'une usine. Il y avait de la fumée, des corps et du sang partout."

Le fléau de l'instabilité politique

Les taliban pakistanais ont rapidement revendiqué la double-attaque, intiment liée au contexte politique. Les terroristes protestent contre les raids de l'armée contre les islamistes, qui ont lieu à Bajaur (nord-ouest), à la frontière afghane. Ces derniers jours, l'armée a tué une vingtaine de terroristes dans de violents combats avec des membres d'Al-Qaïda et des taliban. "Si les opérations militaires ne cessent pas, nous continuerons à commettre des attentats comme ça", a averti un porte-parole taliban, Maulvi Omar. Les activistes islamistes avaient déjà revendiqué l'attentat suicide contre l'hôpital de Dera Ismaïl Khan (nord-ouest) qui a eu lieu mardi. L'explosion avait alors fait 23 morts. Ces derniers mois, ils ont multiplié les attaques dans une période de troubles politiques. Lundi dernier, la démission de Musharraf lundi dernier est en partie due à l'absence de progrès dans sa lutte contre les terroristes. D'après leur porte-parole, les taliban comptent bien continuer leurs actions pour maintenir la pression sur le prochain président.

Malgré la joie du peuple pakistanais et le bond des marchés financiers (+4%) à l'annonce de la démission de Pervez Musharraf, la situation politique reste critique. Le Nord est divisé entre des zones tribales aux mains des taliban et la région du Cachemire toujours disputée par les Indiens. Le reste du pays se divise entre plusieurs personnalités politiques qui veulent toutes la place du calife. Le président du Sénat n'assurera pas l'intérim très longtemps, et dans trente jours, un nouveau président devra être en place. Pas moins de sept prétendants sont sur les rangs.

Coalition éclatée

Les candidats potentiels sont membres des grands partis qui forment la coalition jusqu'à présent au pouvoir. Asif Ali Zardari, le veuf de l'ex-premier ministre Benazir Bhutto, assassinée fin 2007, qui dirige le Parti du peuple pakistanais (PPP), n'a pas fait mystère de son souhait d'accéder aux plus hautes fonctions du pays. Autre prétendant de poids: l'ex-premier ministre Nawaz Sharif, dirigeant de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) et chassé du pouvoir par Pervez Musharraf en 1999. S'il n'a pas encore fait cas de ses ambitions, il reste une figure populaire et présidentiable.

Parmi les autres candidats potentiels et issus de la coalition: Mehmud Khan Achakzaï et Aftab Shoban Mirani, deux figures politiques des provinces du Sud; Fehmida Mirza, la présidente très respectée de l'Assemblée nationale; et la soeur d'Asif Ali Zardari. Le nom Asfandar Wali Khan, leader du Parti libéral, circule également. L'élection devrait se produire dans le calme, et l'armée, trop occupée à lutter contre les taliban dans le Nord, a déjà indiqué qu'elle ne devrait pas intervenir. Une précision importante au regard du rôle des militaires dans la vie politiques des années 2000. En effet, l'armée est plusieurs fois intervenue en faveur de Pervez Musharraf, ancien chef des armées. Mais le général Kayani, actuel chef d'état-major, a réaffirmé sa "volonté de ne pas mêler l'institution militaire à la vie politique". Afin d'apaiser certaines tensions internes, il a retiré de nombreux officiers de postes civils de l'administration et de certains ministères. La communauté internationale compte en partie sur cet homme discret pour rétablir un équilibre politique dans le pays... sans faire intervenir ses troupes.

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