Ajax-loader-form

Liban: "J'ai peur que la situation dérape"

Publié le 25 novembre 2007 à 12h00 par

Le Liban vit des heures difficiles. La crise politique est arrivée à un point crucial avec la vacance de la présidence. En effet, Emile Lahoud a quitté son fauteuil présidentiel vendredi et les parlementaires n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le nom d'un remplaçant. Dans les rues, l'inquiétude est vive et le spectre d'une nouvelle guerre civile refait surface.

Dans ce salon de coiffure de Beyrouth, on essaye d'oublier un quotidien difficile. - Jeroen Kramer
Dans ce salon de coiffure de Beyrouth, on essaye d'oublier un quotidien difficile. (Jeroen Kramer)
Le Liban vit des heures difficiles. La crise politique est arrivée à un point crucial avec la vacance de la présidence. En effet, Emile Lahoud a quitté son fauteuil présidentiel vendredi et les parlementaires n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le nom d'un remplaçant. Dans les rues, l'inquiétude est vive et le spectre d'une nouvelle guerre civile refait surface.

"Ce que je ressens aujourd'hui ? Le vide absolu en moi." Devant le salon de coiffure Rony, à Achrafieh, quartier chrétien de Beyrouth, Viviane tire sur sa cigarette. Une petite pause sous le soleil d'automne, sur le trottoir, le temps que prenne la teinture appliquée sur les racines de ses cheveux. Hier matin, Viviane, comme tous ses compatriotes, s'est réveillée dans un Liban sans président. Vendredi, les députés ont échoué à élire un successeur à Emile Lahoud, faute d'entente entre la majorité anti-syrienne et l'opposition sur un candidat de consensus. Le parlement a été de nouveau convoqué vendredi prochain. Ce cinquième report de vote en deux mois était toutefois particulièrement critique, le mandat du président sortant, Emile Lahoud, s'achevant vendredi à minuit. Selon la Constitution, en cas de vacance de la présidence de la République, le pouvoir exécutif revient au Conseil des ministres. Le gouvernement de Fouad Siniora est toutefois considéré comme illégitime par l'opposition, dirigée par le Hezbollah chiite, depuis la démission des ministres chiites en novembre 2006. Un pays sans président doté d'un gouvernement rejeté par une large partie de la population, le cocktail est des plus explosifs.

Alors que les deux camps, radicalement polarisés, s'accusent mutuellement d'armer des milices, de nombreux Libanais redoutent que l'affrontement politique descende dans les rues. "Vendredi soir, la tension était très forte ici", explique Khaled, 33 ans, un sunnite de Tarik Jdidé, un quartier où les partisans de la majorité ont célébré le départ d'Emile Lahoud vendredi soir, à grand renfort de feux d'artifices. "Là ça va, mais tout peut basculer en cinq minutes", ajoute le jeune homme. Devant la mosquée sunnite du quartier, des hommes en arme montent la garde. "En plus, tout le monde est armé. Moi-même, j'ai un semi-automatique à la maison", renchérit Khaled, devant son magasin d'articles pour voitures, dont la façade est ornée d'un portrait du leader sunnite Rafic Hariri, assassiné en février 2005.

"Nous devons prêter allégeance à un leader, juste pour pouvoir manger"

Quelques kilomètres plus loin, à Haret Hreik, bastion du Hezbollah chiite, si on ne partage pas les mêmes idées politiques que Khaled, on formule les mêmes craintes. "Hier, j'ai décidé de déplacer ma famille ici, à Haret Hreik. Nous habitons dans une banlieue de Beyrouth sunito-chiite. Et j'ai peur que la situation dérape", explique Hani Diab, un pharmacien d'une quarantaine d'années, partisan du Hezbollah. Sur la suite des événements, Hani, courte barbe et marque grise sur le front, symbole des musulmans très pratiquants, n'est pas vraiment optimiste. "Aujourd'hui, je suis désespéré. Cette crise est très complexe, et trop d'acteurs, notamment étrangers, interfèrent. De toutes les manières, même si les députés parviennent à élire un président vendredi prochain, la crise reprendra avec la formation d'un nouveau gouvernement", explique-t-il, en accusant la majorité d'être responsable de cette situation. "Ils ne travaillent pas pour l'intérêt du Liban, ils sont trop liés aux puissances étrangères, alors que nous, nous donnons notre sang pour le Liban."

Khaled, lui, balaye plus large dans sa critique des leaders libanais. "Honnêtement, ils me rendent tous malades. Mais, le Liban étant divisé en tant de communautés, et la situation économique étant mauvaise, nous devons prêter allégeance à un leader, juste pour pouvoir manger", explique le jeune homme qui, après quelques années passées à Sydney, à dû revenir au Liban pour s'occuper de sa mère et de sa soeur.

Malgré tout, la vie suit son cours. Tarik Jdidé et Haret Hreik grouillent de monde, le salon Rony bourdonne telle une ruche. "Depuis l'indépendance, le Liban a régulièrement vécu ce type de crise, en raison de l'équilibre précaire qui existe entre les grandes communautés religieuses. Alors, on est habitué", explique Rony, le jeune patron du salon de coiffure, un pinceau couvert de teinture à la main. "En début de semaine, les clientes étaient plus stressées. Aujourd'hui, je sens une résignation calme."


Il n'y a pas de commentaires pour le moment.

Écrire un commentaire

Copyright ©2008 Newsweb. Tous droits réservés.