Liban: L'armée prend le relais
Publié le 23 novembre 2007 à 21h06 par
L'élection d'un nouveau président libanais a été une nouvelle fois reportée, au 30 novembre. Le mandat de l'actuel chef d'Etat, Emile Lahoud, a expiré à minuit vendredi. Craignant les "dangers de l'état d'urgence", le président du pays a confié la sécurité du pays à l'armée. Une décision qui n'est pas du goût de la majorité anti-syrienne, qui revendique l'intérim.

Le mandat d'Emile Lahoud à la tête du Liban expire vendredi à minuit. (Reuters)
Et de cinq. La séance parlementaire censée permettre l'élection d'un nouveau chef d'Etat, prévue vendredi, a de nouveau été reportée. Les députés de l'opposition pro-syrienne ont boycotté le scrutin, rendant impossible une élection où les deux-tiers du Parlement doivent être réunis pour voter.
La nouvelle date retenue est le 30 septembre. Mais cette fois-ci, ce nouveau report a des conséquences sans précédent: depuis vendredi soir minuit, le Liban n'a plus de président. Le mandat d'Emile Lahoud a en effet expiré. Craignant "les dangers de l'état d'urgence", provoqué de fait par la situation, le président Lahoud a annoncé vendredi en début de soirée que l'armée allait assurer la sécurité du pays. Le communiqué demande aux militaires de "soumettre les mesures qu'elle prendra au gouvernement, dès qu'il y en aura un qui sera constitutionnel".
Une décision perçue comme un revers pour le gouvernement de Fouad Siniora, qui comptait assurer les fonctions présidentielles jusqu'à ce qu'un nouveau chef de l'Etat soit désigné. Mais l'opposition pro-syrienne, à laquelle appartient Emile Lahoud, ne l'entend pas ainsi: elle considère le gouvernement Siniora, soutenu par Washington, comme illégitime, l'ensemble des ministres chiites ayant démissionné il y a un an.
La majorité anti-syrienne a immédiatement dénoncé la décision du président, la qualifiant de "non valable". La Constitution libanaise prévoit en effet que le chef de l'Etat demande l'accord du gouvernement avant de décréter l'état d'urgence. Le porte-parole du président Lahoud a justifié cette décision par un état d'urgence qui s'impose de fait, sans proclamer officiellement la mesure: "Le président de la République a pris cette décision parce qu'un état d'urgence existe sur l'ensemble du pays à partir du 24 novembre 2007".
Bientôt deux gouvernements ?
Une situation qui reflète la tension entre les différentes factions libanaises. Mais les dirigeants espèrent tout de même parvenir à un accord d'ici le 30 novembre. L'objectif reste le même: trouver le candidat du compromis, entre pro-syriens, soutenus par le Hezbollah, et anti-syriens.
Le projet de compromis présenté par le chrétien Michel Aoun jeudi soir n'a donc pas permis de trouver une issue à la crise. Le général allié au Hezbollah chiite pro-syrien propose de retirer sa candidature au poste de président - qui revient traditionnellement à un chrétien maronite, selon les termes du Pacte national libanais - en faveur d'un candidat neutre qui effectuerait un mandat écourté à deux ans, au lieu de six, et démissionnerait après les législatives en 2009. Mais la majorité parlementaire anti-syrienne a rejeté cette solution, qualifiée d'inconstitutionnelle.
Plusieurs scénarios sont désormais possibles. La vacance du pouvoir pourrait entraîner la formation de deux gouvernements rivaux. Dans cette hypothèse, la coalition au pouvoir appellerait les députés à se réunir pour élire un nouveau président, considérant que la majorité peut élire un nouveau chef de l'Etat sans nécessairement que le quorum des deux-tiers des députés soit atteint. De son côté, l'opposition pro-syrienne pourrait bâtir son propre gouvernement. Certains évoquaient la possibilité que le président Lahoud mette un militaire à sa tête. Le pays du Cèdre a déjà connu une telle situation, au cours des deux dernières années de la guerre civile (1975-1990). Les risques de violences sont élevés.
Samedi, le gouvernement de Fouad Siniora s'est employé à dédramatiser. "Il n'y a pas lieu de s'inquiéter", a martelé le Premier ministre, qui revendique l'intérim. "En cas de vacance (...), les pouvoirs de la présidence reviennent au cabinet (lequel est) légitime et constitutionnel", a fait valoir Siniora. Une lecture de la constitution que ne partage pas l'opposition. Dans les rues, l'armée a relâché le dispositif de sécurité mis en place le jour de l'élection.
Cette situation marque l'échec de la médiation internationale, assurée notamment par la France, l'Espagne et l'Italie. Vendredi soir, Paris dit "continuer à espérer" qu'un accord intervienne avant le 30 novembre. Reste que ce soir, "le miracle" souhaité par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, n'a pas eu lieu.
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