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Medvedev attise le feu

Publié le 26 août 2008 à 13h29 par Benjamin BONNEAU

Le président russe Dmitri Medvedev a reconnu mardi l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Une décision qui était attendue après la signature par les deux chambres du parlement d'une motion non contraignante qui l'invitait à le faire. De quoi raviver à nouveau les tensions entre Moscou et les puissances occidentales. La Géorgie dénonce une "annexion flagrante".

Dmitri Medvedev a reconnu mardi l'indépendance des deux provinces séparatistes géorgiennes. - Reuters
Dmitri Medvedev a reconnu mardi l'indépendance des deux provinces séparatistes géorgiennes. (Reuters)


Dmitri Medvedev a franchi le Rubicon. Lundi, Les deux chambres du Parlement russe approuvaient à l'unanimité une motion invitant le président russe à reconnaître l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Une motion non contraignante. Medvedev n'a pas mis bien longtemps à prendre sa décision. Et il n'a surpris personne en annonçant officiellement, mardi, qu'il reconnaissait l'indépendance des deux provinces séparatistes géorgiennes. "J'ai signé les décrets sur la reconnaissance par la Russie de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. La Russie appelle les autres Etats à suivre son exemple", a-t-il dit dans une déclaration solennelle à la télévision russe. Une déclaration assimilée "à une annexion flagrante" pour la Géorgie. Et qui va encore un peu plus isoler Moscou dans le jeu diplomatique international.

Lundi, les Etats-Unis avaient déjà jugé "inacceptable" le vote par le Parlement russe de la déclaration appelant à une reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. "Pour nous, c'est inacceptable. La Russie doit respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté de la Géorgie", avait déclaré un porte-parole du département d'Etat, Robert Wood. Une prise de position qui n'a pas pour autant impressionné le nouveau locataire du Kremlin, qui attend même sereinement les probables sanctions de l'Otan.

La communauté internationale condamne

Le successeur de Vladimir Poutine, très discret au début du conflit, a également trouvé la parade pour justifier son choix. Pour lui, la faute en revient exclusivement aux Géorgiens: "Tbilissi a fait son choix dans la nuit du 7 au 8 août (en lançant une offensive militaire contre l'Ossétie du Sud, ndlr). Saakachvili a choisi le génocide pour atteindre ses objectifs politiques", a lancé le président russe, ajoutant: "Il a ainsi fait une croix sur tous les espoirs de cohabitation pacifique des Ossètes, Abkhazes et Géorgiens dans un même état". Une argumentation qui a toutefois du mal à passer auprès de la communauté internationale. Mais qui convainc complètement les principaux intéressés, Ossètes et Abkhazes: "Nous sommes heureux. Nous avons tous les larmes aux yeux. Nous sommes fiers de notre peuple", a dit Aïda Goubaz, avocate de 38 ans. "Après tout ce que nous avons enduré, nous avons maintenant notre récompense."

Peu de temps après l'annonce de la décision russe, les réactions ne se sont pas faites attendre. Du côté de la Grande-Bretagne, pas question de reconnaitre l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie: "Nous rejetons ceci catégoriquement et réaffirmons la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie", a déclaré une porte-parole du Foreign Office. "Ceci est contraire aux obligations auxquelles la Russie s'est à plusieurs reprises engagée dans des résolutions du conseil de sécurité (des Nations unies). Cela n'améliore en rien les perspectives de paix dans le Caucase", a-t-elle ajouté. Paris n'est pas en reste, et a vite emboîté le pas de Londres: "Nous considérons qu'il s'agit d'une décision regrettable et je rappelle notre attachement à l'intégrité territoriale de la Géorgie", a ainsi déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. La Suède et l'Italie, par la voix de leurs ministres des Affaires étrangères, ont eux aussi fait savoir qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a réagi en personne, qualifiant d'"inacceptable" la position des dirigeants russes. Peu après la réaction allemande, la secrétaire américaine d'Etat, Condoleezza Rice, en visite en Cisjordanie, a jugé de son côté "regrettable" la décision russe.

Acculée, isolée, stigmatisée, la Russie de Medvedev maintient toutefois le cap qu'elle s'est fixée. Et elle ne semble pas vouloir en démordre. Plus que tendue ces derniers jours, la relation entre Moscou et Washington pourrait bien s'envenimer encore un peu plus avec la dernière déclaration du maître du Kremlin. Et le spectre de la guerre froide plane chaque jour un peu plus.


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