Moscou pousse son avantage
Publié le 10 août 2008 à 22h07 par
La journée de dimanche n'a pas marqué d'apaisement en Ossétie du Sud. Pourtant, les troupes géorgiennes, acculées, ont annoncé leur retrait de la région aux velléités indépendantistes et Tbilissi a proposé un cessez-le-feu. Mais Moscou maintient la pression et appelle au départ de Mikhaïl Saakachvili. Les Etats-Unis, de leur côté, haussent le ton à l'encontre de la Russie.

Les militaires russes ont pris le contrôle de la capitale d'Ossétie du Sud. (Reuters)
La tension reste vive entre Moscou et Tbilissi. La Géorgie a bien essayé de calmer le jeu, mais l'armée russe pousse son avantage et maintient la pression sur son adversaire. Ainsi, les bombardements n'ont pas cessé ce dimanche. Un raid aurait visé l'aéroport international de Tbilissi, information démentie par Moscou. En mer, une vedette géorgienne a été coulée par la flotte russe. L'escalade continue donc, et pas seulement dans les paroles. Dimanche, les Russes avaient le contrôle de Tskhinvali, la capitale d'Ossétie du Sud, alors que les Géorgiens avaient battu en retraite et proposé un cessez-le-feu.
Pendant que les combats, qui ont fait près de 2000 morts et des milliers de sans-abri selon la télévision russe, se poursuivent, la communauté internationale s'active pour trouver une issue diplomatique à la crise. Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, accompagné de son homologue finlandais Alexander Stubb, est arrivé dimanche à Tbilissi. Il doit se rendre lundi à Moscou. Nicolas Sarkozy a lui aussi multiplié les contacts téléphoniques. Le président français se rendra dans la capitale russe dans les jours prochains.
Région stratégique
Dans une interview à un journal allemand, le président géorgien accuse Moscou de vouloir reprendre son pays, ancienne république soviétique, pour contrôler une région stratégique pour l'approvisionnement en hydrocarbures. "Ils veulent l'ensemble de la Géorgie", a insisté Mikhaïl Saakachvili. Par ailleurs, Tbilissi affirme que son adversaire bloque le port de Poti, sur la Mer noire. Moscou a démenti, tout en se réservant le droit de contrôler les navires qui veulent s'y rendre.
Paris, comme Washington, a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour au statu quo ante. Les Etats-Unis prévoient de déposer devant le Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution condamnant les mesures militaires de Moscou. Parallèlement, Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine, s'est entretenue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov.
Renverser Saakachvili?
Lors de cet entretien, le ministre russe des Affaires étrangères a appelé au départ du président géorgien. "Un homme qui a donné l'ordre de commettre des crimes de guerre ayant abouti à la mort de milliers de civils pacifiques ne peut être considéré par la Russie comme un partenaire", a répété Lavrov à des journalistes. Il a toutefois précisé que la démission de Mikhaïl Saakachvili n'était pas une condition au règlement de la crise.
Cette déclaration a toutefois fait monter la pression aux Nations unies. Lors d'une réunion du Conseil de sécurité, l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU a regardé l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine droit dans les yeux en lui demandant: "Le but de la Fédération russe est-il de changer les dirigeants de Géorgie?" Son homologue n'a pas répondu directement. "Un changement de régime est une pure invention américaine", a-t-il ensuite affirmé à des journalistes, en ajoutant: "Nous sommes tous pour la démocratie en Géorgie." Lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, le président américain a fait part de sa profonde préoccupation concernant la "réaction disproportionnée" de Moscou. "J'ai été très ferme avec Vladimir Poutine", a précisé lundi George W. Bush.
En suscitant la réaction violente des Russes, Tbilissi a réveillé la très ancienne rivalité entre les deux anciennes super puissances de la Guerre froide. Le retrait des troupes géorgiennes d'Ossétie du Sud n'a pas suffi à calmer ces tensions. Après un conflit ouvert sur le terrain, les passes d'armes ne faiblissent pas sur la scène diplomatique.
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