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Mugabe, président de droit divin

Publié le 29 juin 2008 à 12h00 par

D'une voix lasse, le prêtre souffle les mots, qui ont le goût acre du désespoir: "Robert Mugabe veut prouver que son pouvoir est légitime, alors ils ont forcé les gens à voter. Ils ont écarté tous les témoins gênants. Et maintenant qu'il a gagné, il va vouloir détruire complètement l'opposition." Cela fait plusieurs jours que l'homme d'Eglise ne s'est pas rendu dans son diocèse.

Le dictateur Robert Mugabe devrait être investi dimanche. Il dirige le Zimbabwe depuis 1980. - Reuters
Le dictateur Robert Mugabe devrait être investi dimanche. Il dirige le Zimbabwe depuis 1980. (Reuters)


Plusieurs jours qu'il se calfeutre dans cette villa fleurie du centre de Harare, la capitale zimbabwéenne. En début de semaine, il a reçu la visite des hommes du Zanu-PF, le parti de Robert Mugabe, le dictateur zimbabwéen de 84 ans au pouvoir depuis 1980. Ils lui ont intimé l'ordre de se rendre aux urnes vendredi pour participer à cette parodie d'élection que représentait le second tour de cette présidentielle où seul le chef de l'Etat était en lice.

Pourtant, le curé de Harare ne s'est pas déplacé. Hier, il n'a pas plus accepté les cris de victoire des partisans de Mugabe. Et aujourd'hui, il n'applaudira pas la cérémonie d'investiture au cours de laquelle le vieil autocrate devrait prêter serment. Le signe qu'une résistance est encore possible dans l'une des plus dures dictatures du continent africain? L'homme semble y croire. "Je pense que le nombre de gens qui sont dégoûtés par le régime est bien plus élevé que l'année dernière. Et je vois, petit à petit, la fin du régime actuel. Je pense que le parti va se désintégrer quand Mugabe décidera de quitter le pouvoir."

Inflation de 165 000 des voix au premier tour du 29 mars dernier, était, hier, toujours réfugié dans l'ambassade des Pays-Bas.

Harare, elle, demeure une ville traumatisée. Dès la nuit tombée, les larges avenues de la ville se vident. Les habitants, craignant d'être passés à tabac par les jeunes miliciens à la solde du Zanu-PF, restent terrés chez eux. Certains racontent les pressions qu'ils ont subies ces derniers jours. Comme cette femme, dont le bus a été arrêté quelques heures avant le scrutin par des miliciens: "Ils nous ont dit de faire comme ils l'ordonnaient: voter Mugabe." Les premiers effets économiques de cette élection se font aussi sentir : depuis le scrutin, la plupart des prix des produits courants ont déjà doublé alors que le pays connaît déjà une inflation affolante de 165000%.

Lundi, Robert Mugabe se rend en Egypte pour participer au sommet de l'Union africaine. Ses homologues pourraient lui demander de négocier un partage du pouvoir avec l'opposition. L'opposition les y encourage: "Le sommet doit adopter une position de fermeté à propos de la transition que nous recherchons. Il ne faut pas attendre un bain de sang et l'anarchie", a soutenu hier le porte-parole du MDC. Mugabe, lui, n'y semble prêter aucune attention : "Certains pays africains ont fait des choses encore pires... J'aimerais que les leaders africains qui font ces remarques me montrent du doigt et nous verrons si leurs doigts sont plus propres que les miens", avait-il ironisé lors de son ultime meeting politique jeudi dernier.


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