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New York, le gouverneur ébranlé

Publié le 11 mars 2008 à 12h26 par

Le gouverneur de l'Etat de New York, Eliot Spitzer est au centre d'un scandale qui pourrait lui coûter son poste. Etoile montante du parti démocrate, ce partisan d'Hillary Clinton aurait en effet été identifié comme client d'un réseau de prostitution. Spitzer, connu comme le "shérif de Wall Street" alors qu'il était procureur de New York, s'était engagé à moraliser la vie politique.

La mine coupable d'Eliot Spitzer, devant la presse lundi. - Reuters
La mine coupable d'Eliot Spitzer, devant la presse lundi. (Reuters)


M. Propre pris à son propre piège. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le destin d'Eliot Spitzer, gouverneur démocrate de l'Etat de New York, au centre d'un scandale qui pourrait lui coûter sa place. Depuis deux jours, Spitzer a abandonné contre son gré le surnom qui lui avait été attribué lorsqu'il était procureur, "le shérif de New York", pour devenir "le client n°9". C'est ainsi que ce partisan d'Hillary Clinton et étoile montante du parti démocrate est identifié dans les documents saisis par la police fédérale américaine, lors de la mise au jour d'un vaste réseau de prostitution de luxe nommé Emperor's Club VIP. Les éléments de l'enquête ont été transmis la semaine dernière à la justice, et quatre personnes sont poursuivies.

Ce n'est pas le cas, pour l'instant, de Spitzer. Mais selon les éléments révélés par le New York Times, son implication en tant que "client" du réseau ne fait pas de doute. Spitzer a été piégé par des écoutes téléphoniques. Des discussions au cours desquelles il tentait de fixer un rendez-vous et de négocier les tarifs pour les services d'une prostituée – 1000 à 5500 dollars de l'heure, selon les standards du réseau – ont été interceptées par le FBI. Les documents officiels, qui ne donnent pas le nom d'Eliot Spitzer, signalent que ce même client avait déjà eu recours aux prestations du réseau dans les semaines précédentes. Les détails ne laissent cependant que peu de doutes sur son identité: les éléments déposés au tribunal font état d'une rencontre, le 13 février, entre une prostituée nommé Kristen et le désormais fameux "client n°9", à Washington, où se trouvait Spitzer.

Un client "difficile"

Tous deux se seraient retrouvés dans la chambre 871 du Mayflower Hotel. Ce soir là, la chambre était réservée au nom de George Fox, un ami proche de Spitzer. Selon des sources proches de l'enquête, citées par le NYT, plusieurs membres actifs du réseau ont affirmé connaître Spitzer sous le nom de George Fox. Les détails de l'enquête enfoncent un peu plus le gouverneur. Dans une conversation enregistrée après la rencontre, la dénommée Kristen rapporte à son "responsable" que le rendez-vous s'est bien passé et qu'elle n'a pas trouvé le client "difficile", contrairement à ce qu'auraient rapporté d'autres filles.

A cette heure, Spitzer n'a pas démenti formellement son implication. Mais il s'est fendu d'une déclaration, soutenu par son épouse qui se tenait à ses côtés. "J'ai agi d'une manière contraire à mes obligations envers ma fille et à toute notion du bien et du mal", a-t-il dit. "Je présente mes excuses d'abord et avant tout à ma famille. Je m'excuse auprès du public, à qui j'avais promis mieux", a-t-il ajouté. Des propos qui, selon l'opposition républicaine, prenne la forme d'un aveu.

Probité et indépendance

Le scandale est d'autant plus commenté, outre-Atlantique, que Spitzer était considéré jusqu'ici comme un homme de principes, parfois très dur. Elu en 2006 gouverneur de l'Etat, grâce à sa réputation de probité et d'indépendance, il avait auparavant occupé les fonctions de procureur général de l'Etat, équivalent d'un ministre de la Justice. Il s'était fait connaître pour son intransigeance, et avait notamment supervisé le travail de l'unité de lutte contre le crime organisé, qui avait démantelé deux réseaux de prostitution en 2004.

Figure du parti démocrate, promis à un brillant avenir, Eliot Spitzer n'aurait pas pu chuter à un pire moment. Car le scandale s'ajoute aux difficultés déjà rencontrées dans la gestion de l'Etat, qui accuse une dette de 4,4 milliards de dollars et peine à boucler son budget. Après avoir été élu, il avait promis le changement dès le premier jour. Pris dans un bourbier politique, il a dû reporter la plupart de ses projets, et a commencé à pâtir d'une nouvelle réputation, celle d'un homme tempétueux qui s'est même mis à dos certains des démocrates. Ces dernières semaines, il avait repris le dessus, laissant entrevoir aux démocrates le gain du Sénat de l'Etat de New York pour la première fois depuis quarante ans. Las, s'il n'en a pas dit mot, il est fort probable que son mandat prenne fin dans les jours, voire les heures, à venir. Le vice-gouverneur David A. Paterson devrait alors lui succéder, devenant le premier gouverneur noir de New York.


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